24/05/2010 12:31:18
L'absence de leadership est cause du retard économique de l'Afrique centrale
le Camerounais Paul Simon Handy, professeur à l'Institut des études de sécurité de Pretoria en Afrique du Sud, a soutenu une thèse selon laquelle c'est l'absence de leadership qui est principalement cause du retard économique de l'Afrique centrale.
Xinhua
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YAOUNDE, 23 mai (Xinhua) -- L'un des experts internationaux invités à Yaoundé pour débattre de la problématique "L'Afrique, une chance pour le monde. Réalités et défis", le Camerounais Paul Simon Handy, professeur à l'Institut des études de sécurité de Pretoria en Afrique du Sud, a soutenu une thèse selon laquelle c'est l'absence de leadership qui est principalement cause du retard économique de l'Afrique centrale. Xinhua l'a rencontré.

Question : L'Afrique centrale, commentez-vous, accuse un retard économique sur les autres régions du continent à cause de l' absence d'un leadership. Pouvez-vous donner les précisions de cette thèse ?

Réponse : Pendant de longues années, un pays comme le Cameroun qui est le leader naturel de la région n'a pas véritablement voulu s'engager à prendre une position plus forte non seulement dans la résolution des conflits mais aussi n'a pas très pris au sérieux son rôle d'instigateur de l'intégration et de la coopération ré gionale. Un pays comme le Gabon voulait le faire mais n'en avait pas les moyens et l'appareil diplomatique qui auraient pu lui permettre de prendre cette initiative. Donc, j'étais heureux d' entendre le président Bongo et son compatriote Jean Ping, le pré sident de la Commission de l'Union africaine, dire au président Paul Biya que la région d'Afrique centrale a besoin du leadership du Cameroun et que le président Biya serait bien inspiré de le faire.

Les conséquences sont que, quel que soit le domaine que vous prenez, le domaine de la paix et de la sécurité, le domaine de la libre circulation des biens et des populations, l'Afrique centrale est en retard ; elle est très retard.

Q : A quoi, selon vous, est dû le manque de cette initiative du Cameroun ?

R : Il y a à cela des raisons structurelles très claires, c'est vrai. Mais à mon avis, il y a à ça aussi, à mon avis, l'absence de volonté politique. Apparemment là il y a une nouvelle ère qui s' ouvre entre le Gabon et le Cameroun qui passe au-delà de la petite rivalité qu'il y avait entre eux, rivalité qui n'était d'ailleurs justifiée par aucun véritable phénomène structurel. Aujourd'hui, l' absence de rivalité pourrait donner un coup de pouce à la coopé ration tant économique que de la paix et de la sécurité. Mais ça commence déjà par des choses concrètes. Si on ne peut aller chez son voisin sans visa, alors on ne peut pas parler d'intégration ré gionale. Ça n'a aucun sens pour les commerçants, pour les gens sur le terrain.

Q : L'Afrique centrale, c'est aussi la République démocratique du Congo (RDC) et l'Angola. L'un de ceux pays qui possèdent chacun un potentiel économique plus important n'aurait pas pu jouer ce rô le de leader ?

R : L'Angola sort d'un conflit, la RDC a un pied dedans, un pied dehors et ce sont des pays qui n'avaient ni la volonté ni les moyens de prendre le leadership. Aujourd'hui, un pays comme l' Angola qui est en train de se stabiliser de plus en plus peut le faire, mais il regarde beaucoup du côté du Sud en tant que membre de la SADC qui est la Communauté économique et de développement de l'Afrique australe. Même chose pour la RDC qui a besoin de la puissance sud-africaine pour résoudre le conflit qui persiste à l' Est de ce pays. Donc, je ne pense pas qu'il faille attendre de la RDC et de l'Angola un rôle plus fort en termes de leadership au sein de la CEEAC [Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale]. Ça devra venir du Cameroun, en concertation avec ces deux pays bien sûr.

Q : Ce leadership va-t-il permettre de résoudre les problèmes de criminalité transfrontalière et de piraterie maritime dans cette région ?

R : Tout à fait. Mais de ce côté, il faudrait justement ne pas se concentrer sur la région elle seule. Il est nécessaire d'entrer dans des partenariats stratégiques avec des pays comme le Nigeria. Le Cameroun ne peut pas faire l'économie d'une concertation permanente sur les problèmes de paix et de sécurité avec le Nigeria. Le Nigeria est trop proche de nous. Le golfe de Guinée est trop important et trop stratégique pour que le Cameroun ne regarde que du côté de l'Afrique centrale et néglige l'Afrique de l'Ouest. A vrai dire, le Cameroun a tout à fait intégré dans les circuits migratoires et de banditisme de l'Afrique de l'Ouest. Donc dans ce cas, le Cameroun est vraiment à la charnière. D'où l' importance de prendre son rôle de leader d'Afrique centrale plus au sérieux.

RaphaŽl MVOGO

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