24/06/2009 15:00:10
Togo: Coup d'Etat familial raté, une patate chaude pour la justice
Lomé (AFP) - Pas d'information sur les personnes inculpées, ni sur la procédure judiciaire: l'affaire du coup d'Etat qui aurait été déjoué début avril au Togo, et dans lequel serait impliqué le frère du président, est devenue au fil des semaines une patate chaude pour la justice togolaise.
AFP
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Dix civils ont été placés sous mandat de dépôt et tenus au secret, parmi lesquels un inculpé "vedette": Kpatcha Gnassingbé, frère du chef de l'Etat Faure Gnassingbé et jusqu'alors poids lourd du parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT).

Dix-huit militaires et un officier de police font l'objet de "sanctions disciplinaires" en attendant d'être remis aux autorités judiciaires, selon un communiqué publié début mai par le procureur de la république Robert Bakaï.
Depuis plus de deux mois, les autorités restent totalement muettes: on ne sait pas exactement qui a été arrêté, où ces personnes sont détenues et encore moins l'ampleur du complot présumé.

La seule personne dont l'identité ait été divulguée est le député Kpatcha Gnassingbé, présumé cerveau de ce complot. Le frère du président avait été interpellé le 15 avril devant l'ambassade des Etats-unis à Lomé où il tentait de trouver refuge. Le jour même, il avait été inculpé de "complot" et de "tentative d'attentat contre la sûreté de l'Etat".

Un autre frère du président, Essolizam Gnassingbé, aurait été arrêté selon des sources diplomatiques mais, sa détention n'a jamais été confirmée officiellement.

"L'instruction se poursuit. Le secret de l'instruction s'impose à tout le monde. Nous devons donc éviter des spéculations, surtout que les personnes mises en cause bénéficient toujours de la présomption d'innocence", arguait récemment le procureur.

"Plusieurs éléments de preuve ont été déjà saisis et gardés sous scellés", poursuivait M. Bakaï qui a promis le rapport de la police judiciaire "avant la fin du mois".

De toute évidence, tout le monde au Togo pense à l'affaire, mais personne n'ose en parler, surtout les proches de Kpatcha Gnassingbé de peur d'être pris pour des complices.

Au RPT et dans la haute hiérarchie de l'armée, on garde un silence d'autant plus prudent que l'affaire touche au coeur du pouvoir: la famille Eyadéma. Fondateur du régime et père de Faure et Kpatcha, le général Gnassinbgé Eyadéma avait régné sans partage sur le Togo pendant 38 ans avec le RPT jusqu'à son décès en 2005.
"Je ne veux plus en parler, je ne veux pas me créer de problèmes. Laissons la justice faire son travail", a simplement déclaré à l'AFP un baron du RPT.

Côté médias, des journaux privés qui avaient écrit à longueur de pages sur le dossier ont fini par poser le stylo. L'affaire Kpatcha a disparu de leurs colonnes.

"L'instruction prend du temps et j'ai l'impression que le dossier pèse très lourd pour la justice", estime un avocat, sous couvert d'anonymat. Selon lui, les inculpés encourent théoriquement la peine de mort pour atteinte à la sûreté de l'Etat.

Mais la peine capitale pourrait être bientôt abolie par les députés qui doivent examiner un projet de loi en ce sens, selon des sources proches du Parlement.

Faute de révélations fracassantes, tout le monde attend désormais un hypothétique procès, qui serait public, selon une source proche du dossier.

"Nous voulons un procès juste et équitable. Car il y a trop de zones d'ombres dans cette affaire", estime Alain Azouavi, responsable d'une association de défense des droits de l'Homme.

Emile KOUTON

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