26/05/2010 12:19:04
Extrême-Nord: Les preneurs d'otages dictent leur loi
Le Messager
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Terrorisées, les premières vagues d’éleveurs et agriculteurs ont déjà quitté l’arrondissement de Gobo (ou ses environs), pour se refugier à Yagoua, chef-lieu du département du Mayo-Danay. La zone transfrontalière avec le Tchad est empestée depuis quelques jours par le retour en force du phénomène de prise d’otages et d’agressions diverses. Des malfrats armés jusqu’aux dents sillonnent les quartiers, investissent sans scrupule les domiciles des villageois. Ainsi menacés d’exécution, les otages ne sont relaxés qu’après rançonnement (2 000 000 Fcfa minimum selon des témoignages). Constat amer : plutôt que d’alerter promptement les forces de l’ordre, les rançonnés préfèrent très souvent coopérer avec les malfrats. Deux raisons permettent d’expliquer cette attitude. Primo, les villageois disent ne plus faire confiance aux forces de l’ordre. « Les coupeurs de route arrêtés, dénonce Soussia, sont mis dehors quelques temps après leurs arrestations. Et ce sont les mêmes qui reviennent pour nous faire du mal ».  Secundo, les ravisseurs n’hésitent pas un seul instant à exécuter les otages dès qu’ils ont l’impression d’être bernés. Ce qui oblige les familles à « ne pas courir le risque ».

A Douroum, bourgade située à une dizaine de kilomètres de Moutourwa (département du Mayo-Kani), les ravisseurs ont sauvagement exécuté un septuagénaire et son fils. Tout se passe sous le regard ahurissant des autres membres de la famille qui n’ont eu la vie que grâce à leur coopération.

Dans la nuit du 16 au 17 mai dernier, un groupe de malfaiteurs fait irruption dans la concession familiale des Tilimi Zaki. Les quatre épouses du père de famille et les enfants sont aussitôt passés à tabac. Les tortionnaires vont ensuite les contraindre à se débarraser de leurs économies. Paires de chaussures, vêtements sont confisqués, toutes les cachettes possibles fouillées. Fouilles au bout desquelles les ravisseurs empochent environ 50 000 Fcfa. Somme jugée insuffisante. Afin de grossir le butin, le gang de malfrat se serait alors déporté dans la chambre à coucher du chef de famille. Les supplices infligés aux maîtres  des lieux (père et fils aîné) n’auraient débouché sur aucune autre cache d’argent. Sacs de mil, matelas et autres dessous de la maisonnette auraient été remués dans l’espoir d’y trouver des espèces sonnantes et trébuchantes. Rien de consistant au final.

Ce qui va irriter davantage les braqueurs. Le vieux Tilimi et son fils Hamidou vont essuyer plusieurs coups de poignards dans le cœur et le bas ventre. Ils décèdent sur le coup. Leurs cris d’agonie alertent des villageois plongés dans le sommeil. Les plus courageux tentent d’intervenir mais ils sont repoussés par des coups de feu tirés dans le vent. Selon des témoignages, « les coupeurs de route étaient accompagnés par des indics qui s’exprimaient très bien en langue guizigua (langue locale, Ndlr) ». Il se dit également que le père de famille éventré aurait encaissé (une semaine plutôt) une grosse somme, issue de la vente du coton.

En cette période de campagne cotonnière, les cotonculteurs sont l’objet de toutes les convoitises. Ce qui écœure, c’est la manière dont les agents de la SODECOTON effectuent leurs paiements : « On appelle ton nom devant tout le monde et c’est tous les villageois qui savent que tel a empoché 2 000 000, 5 000 000 ou 6 000 000. Et comment ne voulez-vous pas que les braqueurs leur rendent visite ? Un malheur ne vient pas seul. Les braqueurs sont informés par des complices dans le village», croit savoir un villageois de Moutourwa.

Les tueurs de Douroum sont toujours en cavale. Les éléments du BIR dans la zone auraient promis de les neutraliser dans un bref délai. Un peu plus loin dans le Mayo-Danay et précisément à Gobo, le sous-préfet a instauré des comités de vigilance nocturne (18h à 06h) et la fermeture des débits de boissons et autres buvettes avant 20H. Ces mesures ne rassurent pas entièrement les populations apeurées. L’exode rural a actuellement le vent en poupe à l’Extrême-Nord.

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