30/01/2015 18:46:52
L'Afrique voit l'émergence de ses premiers mangas « fait maison »
Alors que le festival d'Angoulême vient pour la première fois de consacrer l'œuvre d'un mangaka (auteur de manga) en la personne de Katsuhiro Otomo, créateur d'Akira. Le manga demeure méconnu en Afrique, une situation qui tend peu à peu à se renverser avec l'éclosion de « Mangafrica » et d'« AfroShonen ».
El hadji COLY
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Ils s'appellent Noh Blaghen ou encore Brice Ludovic Bindzi et demeurent des pionniers dans leur domaine : ils représentent la première génération de « mangakas » made in Africa. Dans un art pourtant très codifié, ils sont parvenus à diluer et à adapter leur style.

« Il faut sans cesse innover. Dans le manga, il y a très peu de noirs. J'ai dû inventer un style pour dessiner les corps, la peau, les cheveux crépus, les lèvres… Un style africain ! » Témoigne Noh Blaghen. « Le manga n'appartient pas qu'au Japon ! Il appartient aussi à l'Afrique ! » Lance Brice Ludovic Bindzi.

Cette appartenance a toutefois eu du mal à se matérialiser. « Mes parents étaient contre, il y avait du mépris, de l'incompréhension. À cause du temps passé à dessiner, mes notes ont commencé à chuter. Ma mère m'a menacé de brûler mes dessins. J'ai dû m'exercer en cachette », se souvient Blaghen.


Après des études d'informatique, il s'est accroché à son rêve et a poursuivi le dessin. Il présente aujourd'hui son premier album « Rêve de football africain », l'histoire d'un jeune nigérien qui souhaite devenir footballeur contre l'avis de son père. Un récit quelque peu autobiographique, mais pas seulement.

« Il y a des thèmes d'ici qui pourraient très bien être adaptés, comme le vaudou. Dans les mangas, il y a de la magie, avec des êtres extraordinaires. Le vaudou, c'est ça aussi ! » Renchérit-il.

Brice, 28 ans, a monté la toute première revue dédiée au manga au Cameroun : AfroShonen (120 pages pour 1 000 francs CFA, soit 1,5 euro). Mais la diffusion reste compliquée : le tirage ne dépasse pas les mille exemplaires et la livraison s'effectue au porte-à-porte, dans Yaoundé et les localités avoisinantes. « Ça reste un test », admet le jeune rédacteur en chef.

Le Maghreb : une terre propice au manga

L'essai a pourtant été déjà transformé, notamment au Maghreb où le manga vit ses heures de gloire. Le premier Manga Café algérois a ouvert ses portes en juin. Depuis 2008, les DZ mangas, « 100 % Algériens » (DZ, comme le nom de domaine de l'Algérie sur Internet), publiés par la maison d'édition Z-Link, sont traduits en français, en arabe dialectal et bientôt en berbère.
Le 8 février, Casablanca accueillera le Manga Afternoon, autoproclamé comme le « plus grand rassemblement d'amoureux de mangas, de japanimations, de cosplay et de karaoké au Maroc ». 4 500 fans sont attendus.

Un historique compliqué

Alors pourquoi la mayonnaise ne prend-elle pas partout ? Il semblerait que l'Afrique ait un contentieux avec les mangas. Des personnages comme Mr Popo de Dragon Ball Z ou le pokémon Lippoutou sont des représentations jugées racistes par l'auteure afro-américaine de livres pour enfants Carole Boston Weatherford.
Mais ce n'est pas tout les thèmes japonais, la blancheur des visages, les yeux bridés, les robots, les arts martiaux : tout est trop étranger, trop différent, et rejeté par les rares maisons d'édition et festivals.

Le manga comme vecteur de tolérance

L'opération « Mangafrica » lancée par l'école de Manga Japonais de Montréal tente de remédier à la situation. De concert avec une petite association bretonne appelée Madig, elle a acheminé 180 mangas - en français - jusqu'à Aplahoué au Bénin, pour aider à l'alphabétisation des zones rurales.
« Elles accrochent vraiment ! », s'enthousiasme Delphine Logiou-Nicolas, présidente de l'association. « Le sens de lecture de droite à gauche ne pose aucun problème. Elles sont intriguées par le monde japonais ! Les œuvres d'un certain Noh Blaghen participent à la promotion de cet art.


À AfroShonen, la couverture d'un numéro a soulevé une polémique. On y trouvait trois jeunes, deux noirs et une blanches, et à l'intérieur, une histoire d'amour interculturelle « Lovely Secret ». « Beaucoup de gens se sont indignés de voir une femme blanche mise en avant », regrette Bindzi. « Nous, au contraire, nous voulons faire évoluer les mentalités, promouvoir le multiculturalisme ».
La tâche parait noble, mais le parcours reste semé d'embuches

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