16/06/2010 21:56:24
"Le Cameroun est adulte"
En 1968, Marie-Hélène Ngoa revient au Cameroun avec le projet de participer à la construction d'un pays qui vient d'acquérir son indépendance. Plus de 40 ans après, sa détermination reste entière... Parcours.
France24
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Marie-Hélène Ngoa n’est pas une Camerounaise comme les autres. D’origine française, cette femme de 69 ans a été élue maire d'Akono, dans le centre du pays, en juillet 2007. Et devenue la première femme blanche à occuper ce poste en Afrique subsaharienne.

Rien ne prédestinait cette Valenciennoise à s'installer dans cette commune de quelque 18 000 habitants. En 1960, quand le Cameroun oriental se libère du joug français, Marie-Hélène est étudiante en mathématiques appliquées dans le Nord de la France. "Les étudiants camerounais étaient très nombreux en France durant les années 1960, se souvient-elle. Leur formation était financée avec largesse par le nouvel État. Ils étaient très enthousiastes à l'idée de 'rentrer au pays' pour participer à sa construction".

"J’ai embrassé cet enthousiasme en embrassant un Camerounais", poursuit-elle. La rencontre a lieu en 1963 et se scelle par un mariage trois ans plus tard. Le couple décide d'aller vivre au Cameroun. C'est chose faite en 1970. Quarante ans après, Marie-Hélène vit toujours là-bas. Même le décès de son mari, en 1975, n’a rien changé à ce projet de vie.

Car la maître de conférences en informatique s'est rapidement intégrée à la société locale, par sa famille mais aussi son travail qui lui permet d'apporter sa pierre à l'édifice de la jeune République. "J’ai formé les premiers informaticiens camerounais", précise-t-elle avec une pointe de fierté. Elle conçoit également des programmes en informatique et supervise l’informatisation de l'université catholique d'Afrique centrale dès 1994.

"Beaucoup de Camerounais formés s'exilent"

Aujourd'hui, la Franco-Camerounaise reste très critique sur l'exploitation du savoir-faire et des forces vives du pays. "Des Camerounais formés, et plus que compétents, existent dans tous les domaines, souligne-t-elle. Malheureusement, beaucoup d’entre eux sont 'exilés', apportant leurs compétences à d’autres pays dont la France." Et de souligner que les experts étrangers sont généralement cinq à dix fois plus payés que leurs homologues camerounais.

Un constat qui la rend amère sur les rapports entre sa terre d'origine et son pays d'adoption. Après toutes ses années d'indépendance, le "Cameroun est adulte", affirme-t-elle. "Pourquoi alors faire encore appel à des experts étrangers, souvent français, dans les ministères ? interroge-t-elle. Même le président de la République a un conseiller français."

L'engagement de la Franco-Camerounaise pour faire avancer le Cameroun est loin d'être altéré pour autant. Depuis les années 1990, Marie-Hélène Ngoa est active à Akono, le village d’origine de son époux. C’est à cette époque que s'éveille la femme politique qui sommeille en elle. Elle lance l’association Amitié-partage avec Akono pour lutter contre la pauvreté, et s'entoure d'une équipe. Une étape qui la conduira, après un premier échec aux élections de 2002, aux commandes de la mairie. Grâce au soutien du jeune électorat, elle est élue en juillet 2007.

"Où est l'État ?"

Le défi est de taille. Akono est l’une des villes les plus pauvres du pays : aucune activité propre, des caisses qui se remplissent grâce aux quelques taxes provenant des commerçants, et des dettes qui se comptent en millions d'euros. Pourtant, les idées pullulent : un bassin de natation, une cité communale avec des logements. Mais l'argent manque. "Où est l'État ?" lance Marie-Hélène Ngoa.

Ces dernières décennies, divers programmes gouvernementaux pour lutter contre la pauvreté ont été lancés. Sans détour, elle déplore le gâchis de ces "ressources si nombreuses" : "Je pense à l’éducation, où le taux de scolarisation est élevé mais il manque de structures et d’enseignants aussi. Alors, on opère un saupoudrage, en créant vite un collège par ci, un lycée par là ... Mais sans tables, ni chaises, ni bureaux, ni tableaux ! vitupère-t-elle. Concernant les transports presque exclusivement privés, ils sont trop coûteux pour nos populations qui n'ont pas d'autres choix que la marche."

Elle ne manque pas d'égratigner le pouvoir au passage. "Mais l’aide accordée remplit beaucoup de poches avant d’arriver aux populations. Et tout le monde le sait !" lâche-t-elle.

Trois ans après l’annulation d’une grande partie de sa dette, le pays a eu recours en début d'année à un nouvel emprunt de 144 millions de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI).

Au pouvoir depuis 1982, le président Paul Biya a fait l'objet d'une plainte, début février, pour "recel de détournement de fonds publics" dans l'affaire dites des "biens mal acquis". En août dernier, les médias français n'ont pas manqué de pointer le montant dépensé pendant ses trois semaines de vacances à La Baule - évalué à 80 000 euros.

Mais Madame le maire continue de faire avancer Akono, avec ses propres moyens. Un partenariat devrait voir le jour cette année avec la ville de Rhinau, en Alsace. Histoire de ne pas complètement couper les ponts avec la France.

Ségolène ALLEMANDOU

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