26/06/2009 14:31:13
Guinée Conakry : Mission de divertissement ou de redressement moral ?
L’euphorie qui a suivi la prise du pouvoir par le capitaine Moussa Dadis Camara s’estompe peu à peu et fait place à l’agacement. Et cela après (seulement) 6 mois qu’il a pris les rênes du pouvoir à la suite de la mort du président Lassana Conté.
Le Pays (Quotidien Burkinabč)
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De plus en plus, il se trouve des personnes qui remettent en cause la façon de gouverner du capitaine président. On est mémoratif de la fronde des magistrats et des avocats contre la justice parallèle instaurée par la junte au pouvoir et face à laquelle Dadis Camara a finalement reculé après avoir menacé de mettre tous les magistrats à la retraite anticipée. Après les hommes en robe noire, c’est au tour des politiciens de ne pas accepter de se mettre systématiquement aux ordres du capitaine.

La preuve de leur "désobéissance" au chef a été donnée le 22 juin dernier. Ce jour-là, le chef de la junte a convié les partis politiques du pays, légalement reconnus, à un meeting au Palais du peuple, siège de l’Assemblée nationale. Mais contre toute attente, les hommes politiques ne se sont pas bousculés aux portillons pour aller écouter le capitaine. En effet, sur 81 partis et formations politiques conviés, pas même la moitié n’a daigné se déplacer. Au décompte, seuls 18 partis que l’on dit pas assez représentatifs, se sont rendus au meeting ; le reste était aux abonnés absents. Le capitaine devenu chef d’Etat a dû revoir le show qu’il comptait donner, comme à son habitude, devant un si réduit aréopage, et s’est sans doute demandé ce qui a bien pu se passer pour qu’un tel crime de lèse-majesté soit commis. Mais si cela a pu arriver, c’est d’abord par la faute du président.

C’est un truisme de dire que l’espoir suscité par l’arrivée au pouvoir de Dadis Camara s’est dangereusement effrité. Sa prédilection pour la télévision qui l’amène à envahir les écrans de la chaîne nationale finit par agacer bon nombre de ses concitoyens qui trouvent que ce n’est pas la meilleure façon de diriger un pays. On peut comprendre sa volonté de transparence et de communication, mais Dadis a malheureusement versé dans des excès et des travers comme les procès en direct ou, plus grave, l’ostentation de ses toilettes à travers la télévision nationale. Tout cela a fini par faire de l’ombre à l’image du capitaine. Aussi, à force de dire une chose et son contraire lors de ses shows cathodiques, l’intéressé a fini par se donner l’image d’une personne qui n’abandonnera pas facilement les rênes du pouvoir contrairement à ses déclarations répétées.

Cela serait un moindre mal si, dans le même temps, le quotidien du peuple avait connu une amélioration. L’insécurité demeure toujours et, pire, des hommes en tenue sont accusés de la favoriser en se livrant eux-mêmes à des pillages en règle de boutiques et magasins. Les libertés ne sont pas toutes garanties par ailleurs. Par exemple, l’ancien Premier ministre et président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFG), Cellou Dalein Diallo, a été à sa grande surprise empêché le 18 juin dernier de tenir des meetings, dans 2 villes de l’intérieur du pays, au motif que les activités des partis politiques sont suspendues. On se rappelle également que le même homme politique avait vu des militaires armés jusqu’aux dents débarquer chez lui le premier jour de l’an et fouiller son domicile de fond en comble à la recherche d’armes. Ces faits sont loin de rendre sympathique la junte et peuvent justifier la méfiance envers le capitaine. Il lui appartient de se remettre en cause, changer son fusil d’épaule pour la suite de la mission de redressement moral et d’organisation d’élections libres et transparentes qu’il s’est assignée.

Séni DABO

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