30/06/2010 13:33:36
«Déconfiture politique du Renouveau national»
Une «dégénérescence éthico-sportive de l’équipe nationale camerounaise de football: les chiens ne font pas les chats!» (1ère partie)
Le journal du cameroun
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 Lever ses yeux vers le ciel, pleurer toutes les larmes de son corps et crier sa rage, sont les gestes les plus fréquents qui rythment désormais la vie de nombreux Camerounais après un match des Lions. Il n’est donc pas superflu de recommander aux compatriotes de regarder les prochains matchs de notre équipe nationale avec un stock de mouchoirs à portée de main. Il semble aussi d’utilité publique d’interdire ces matchs aux cardiaques et autres grands émotifs, tellement notre équipe nationale inflige peines, désolations et douleurs, en lieu et place de la joie qu’attendent les férus du football camerounais. Mais, séchons nos larmes, rangeons nos mouchoirs et regardons les faits en face au-delà des clichés populaires et récurrents. Sortons nos cerveaux de l’hibernation de la fièvre du football, et essayons de voir où le Cameroun et les Lions auront trébuché afin, comme le dit le proverbe, de ne pas seulement voir où ils tombent en 2010.

Arriver à le faire exige de sortir la tête du sceau et d’analyser les Lions Indomptables, non comme une entité isolée du reste de la société camerounaise, mais comme une structure sociopolitique et économique à l’intérieur d’un système global ayant une logique d’ensemble impulsée du sommet de l’Etat. Dès lors, les performances de cette équipe nationale ne peuvent, pour peu qu’on veuille être sérieux et objectif, être déconnectées de l’état général de déconfiture dans lequel se trouve le Cameroun suite aux trente années de règne du Renouveau National. Les anecdotes et les clichés populaires sur le comportement de tel ou tel joueur et sur les aspects tactiques du coach ont certes toute leur place, mais ils ne sont profondément que les reflets superficiels de la dynamique de fond qui gouverne un écosystème sociopolitique et économique comme celui du Cameroun. Dès lors, ce qui est ahurissant, désolant et avilissant, est que la lecture des raisons avancées par de nombreux Camerounais pour expliquer l’échec, plonge le lecteur dans un univers où les divers, les potins, les anecdotes populaires, sans juger de leur caractère fondés ou non, prennent le dessus sur leur mise en résonance, seule capable de rendre intelligible la logique profonde d’une débâcle historique, dont la dimension sportive n’est qu’un des multiples effets d’une gouvernance politique calamiteuse.


Le Cameroun du Renouveau National et ses Lions: Deux espoirs évanouis pour les mêmes raisons
Autant les beaux jours du Cameroun comme pays africain classé parmi les meilleurs espoirs du continent africain en matières de développement, se trouvent derrière nous, autant les belles performances passées des Lions Indomptables sont condamnées par les temps présents. Le Renouveau National a tué dans l’œuf l’espoir de développement du pays, et a entraîné avec lui la descente aux enfers d’une équipe nationale camerounaise abonnée à la navigation à vue, et dont la seule politique de gestion est un changement compulsif d’entraîneurs et de ministres de tutelle. En conséquence, les multiples entraîneurs recrutés et leurs salaires faramineux, n’ont pas eu plus d’effets positifs sur les performances des Lions, que les dizaines de gouvernements du Renouveau National sur le bien-être des Camerounais.

La raison est simple: les remaniements ministériels du Renouveau National n’étant qu’une stratégie rodée pour maintenir le statu quo, le défilé de ministres du même régime au chevet des Lions n’est qu’une façon d’enrober de crème cosmétique, un fruit en état de putréfaction avancée. Le Cameroun politique et le Cameroun sportif ou plus particulièrement footballistique, sont intimement liés. Le pays ne peut être politiquement à genoux en terme de gouvernance comme c’est actuellement le cas, et miraculeusement avoir une équipe nationale bien gérée et engrangeant des résultats positifs: tout se tient et les chiens ne font pas les chats. Le constater est d’autant plus difficile que la politique et le sport sont deux domaines passionnels où l’objectivité est sans cesse contrariée par des jugements passés et des affects qui font écran entre nous et la réalité des faits présents.

En conséquence, d’un côté, les fanatiques du Renouveau National pensent que les Lions vont toujours continuer à gagner comme en 1984, sans qu’un projet sérieux soit mis en place pour l’avenir de l’équipe nationale camerounaise. De l’autre, les fanatiques des Lions Indomptables voient uniquement ce qui se passe sur le terrain, sans savoir que les résultats du terrain dépendent très souvent du travail sérieux fait en amont pour bâtir une équipe nationale. De nombreux Camerounais se retrouvent donc dans l’imparfait du présent car, au lieu de voir que Milla, Abega, Mbida, Bell ou N’kono et bien d’autres ne sont plus là en 2010 pour sauver et cacher les carences politiques d’une gouvernance globale au sein d’un pays, ils pensent que les Lions ont signé un pacte sacré avec les dieux de la victoire, au point où celle-ci ne serait plus la conséquence d’un travail bien fait en amont, mais la résultante de ce qui revient de droit au Cameroun.

Rappelons-le ici, pour avoir des résultats positifs, il faut, dans le cas d’espèce, un projet sportif, politique et éthique cohérent, clair et de long terme pour une équipe nationale. Ceci revient à se fixer des objectifs, à choisir des instruments pour les atteindre, et en confier la direction à des hommes capables de respecter ce cahier des charges par un management clair et conséquent. Ceci ne veut pas dire que les Lions ne perdront plus de matchs avec une telle organisation. Mais tout simplement que leurs défaites seront honorables et moins lamentables car purement sportives. Elles ne seront plus le résultat inévitable, comme c’est actuellement le cas, d’un vide organisationnel et d’une absence de travail en amont.

Le jeu exécrable et indigne d’une coupe du monde, qui plus est africaine, produit par les Lions, est une honte pour le continent africain. C’est d’autant plus grave que les Lions ne s’appartiennent plus totalement, mais font partie du patrimoine footballistique africain et mondial à préserver. Ils sont désormais une équipe obligée de tenir son rang, afin de respecter, tant le travail fait par les aînés, que l’honneur de tout un continent qui leur fait confiance. Ne pas le faire revient à dilapider un héritage chèrement construit par d’autres footballeurs au point de devenir un carte de visite pour de nombreux Camerounais et le Cameroun. La récurrence des mêmes problèmes au sein de l’équipe nationale camerounaise doit donc enfin convaincre les Camerounais qu’un projet de construction d’une équipe nationale, ne se limite en aucun cas à changer les ministres, à collectionner des entraîneurs et à payer les primes des joueurs.

Nous semblons oublier qu’avant ce mondial sud-africain, les espoirs camerounais, c'est-à-dire, ceux sur qui le pays compte pour prendre la relève, ont été calamiteux lors du dernier mondial des jeunes gagné par les Ghanéens. Aujourd’hui, le même Ghana est en quart de finale du mondiale quand nos joueurs confirmés ont été tout simplement minables sur toute la ligne. Cela veut dire qu’il y’ a au Ghana une politique cohérente où les jeunes qui brillent dans des compétitions de leurs classes d’âges, intègrent l’équipe nationale senior. Cette cohérence politique est elle-même liée à la gouvernance globale du pays car la démocratie ghanéenne améliore obligatoirement la performance globale d’autres structures nationales comme l’équipe nationale.

Au Cameroun, de nombreux jeunes footballeurs ont disparu de la circulation parce que, à l’instar de notre président qui s’agrippe au pouvoir comme une araignée à sa toile, des caïds ont privatisé l’équipe nationale et veulent s’y faire enterrer alors qu’ils doivent déjà être en retraite sportive. En conséquence, la Corée du Sud, le Japon, les USA, l’Australie, la Nouvelle Zélande et le Ghana, améliorent leurs performances d’un mondial à un autre, quand les Lions restent sur la performance anecdotique des années 1990. Autant plusieurs de ces pays qui, en matière de football étaient derrière le Cameroun sont en train de le doubler, autant sur le plan économique, la Corée du Sud avec laquelle nous avions le même PIB en 1980, est désormais plus développée que le triangle national. La raison est simple et claire: les uns travaillent et ça se voit. Les autres «mangent leurs pays», ça se voit aussi sur tous les plans.

Il n’est donc pas surprenant d’entendre certains Camerounais tenir des discours complètement irrationnels et incohérents pour justifier la continuité d’une illusion de pouvoir gagner sans travail et sans projets crédibles. En voici trois morceaux choisis: «C’est quand le Cameroun fait une mauvaise CAN qu’il fait très souvent un bon mondial »; «c’est parce qu’on n’a pas une pelouse digne de ce nom à Yaoundé que nos joueurs jouent très bien à l’extérieur»; «chaque fois que le Cameroun perd le premier match, il va très loin dans la compétition ». Comme quoi, la politique gagnante pour les Lions indomptables, c’est celle qui consiste à ne pas faire une bonne CAN, à ne pas posséder un bon stade et à perdre d’entrée. Répétons-le ici, un pays qui a de beaux stades, de belles pelouses et une politique sportive cohérente et sérieuse, augmente ses chances de gagner par rapport à celui qui ne possède rien de tout ça comme le Cameroun. Il faut sortir de toute urgence de ces argumentations absurdes au service de la médiocrité entretenue. Que cherchent encore des marabouts dans la délégation de l’équipe nationale camerounaise de football en plein 21ème siècle?

A suivre

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