02/07/2010 04:43:38
Tchad : Deby cède Ó la pression franšaise
L’affaire remonte au mois de février 2008, après que la France eut aidé le peu démocrate président tchadien, Idriss Deby Itno, à sauver son fauteuil menacé par des assauts de « rebelles ».
L'observateur Paalga
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 Des témoins ont affirmé, la main sur le cœur, avoir vu des hommes armés en uniforme enlever en plein N’Djamena le mathématicien, ancien ministre et coordinateur de l’opposition démocratique au pouvoir en place au Tchad, Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Depuis, plus rien ! Ni les multiples tentatives de ses proches, ni les démarches de ses amis et collègues auprès des autorités tchadiennes et françaises pour avoir ses traces n’ont jamais permis de connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire à coloration politique. Une Commission d’enquête a finalement conclu à sa mort. Mais là aussi, personne n’a pu clairement en donner les circonstances et situer les responsabilités dans ce qu’il faut désormais considéré comme un assassinat délibéré.

Près de deux ans et demi après, le pouvoir tchadien accepte enfin la participation d’experts internationaux au suivi de l’enquête sur l’énigmatique disparition d’Ibni. En son temps, Deby, au nom de la souveraineté nationale, avait catégoriquement refusé que des étrangers s’immiscent dans les affaires judiciaires de son pays. Il a donc fallu à la Commission d’enquête plus de vingt mois après le dépôt de son rapport pour obtenir de N’Djamena que des observateurs internationaux puissent épauler les magistrats tchadiens chargés de faire toute la lumière sur la disparition de l’opposant.

Deby a donc finalement cédé à la pression de son allié français, notamment des députés de l’Hexagone qui, fin mars, ont voté à l’unanimité une résolution appelant Paris à pousser les autorités tchadiennes à se conformer à leurs engagements vis-à-vis de la Commission d’enquête. Le ministre des Droits de l’homme du Tchad, Abderamane Djasnabaille, langage diplomatique oblige, ne reconnaît pas cela, arguant qu’il n’y a eu aucune pression, ni étrangère ni même intérieur.

Il affirme avoir examiné l’affaire avec le chef de l’Etat dans un esprit d’ouverture, de franchise et de transparence. Selon lui, Idriss Deby Itno a voulu « montrer aussi que le Tchad n’a rien à craindre et que tous attendent que la lumière soit faite sur l’affaire Ibni qui empoisonne l’environnement politique et social au Tchad ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que depuis qu’on parle de cette affaire, beaucoup d’eau a coulé sur les berges du lac Tchad, et les bourreaux du dissident ont largement eu le temps de libérer le plancher, de nettoyer tout ce qui peut encore constituer une preuve de leur culpabilité.

Cette étape passée, les experts étrangers, d’où qu’ils viennent, peuvent alors poser leurs pénates dans la capitale tchadienne. Mais pour trouver quoi ? Le président de tous les citoyens tchadiens, en acceptant d’accueillir sur son territoire de fins limiers venus d’ailleurs, doit certainement être sûr de lui. Tant qu’il sera au pouvoir, rien ne pourra filtrer sur ce qui est réellement arrivé à son opposant invétéré, à moins qu’un traître ose un jour vendre la mèche... à ses risques et périls.

Des situations comme celle qui se passe actuellement au Tchad, l’Afrique en regorge, et c’est à se demander si ce que d’autres dignitaires ont fait à l’apogée de leur gloire n’a pas créé un effet d’entraînement à travers le continent. On se rappelle le cas de l’empereur Hailé Sélassié en Ethiopie, étranglé le 25 (ou le 27) août 1975 sur ordre de son tombeur, le colonel Mengistu Hailé Mariam, qui a toujours nié son forfait. C’est à la chute du communisme en 1992 que les restes de l’empereur ont été découverts ensevelis sous le bureau du Négus rouge. Plus près de nous en Côte d’Ivoire, l’affaire Guy André Kieffer, du nom de ce journaliste franco-canadien disparu le 16 avril 2004 à Abidjan, n’a pas encore été tranchée malgré les tractations tous azimuts.

Pour revenir au Tchad, il faut dire que maintenant que la mort d’Ibni ne fait plus de doute, la France normalement doit s’expliquer clairement sur ce qui s’est réellement passé en février 2008 au pays de François Tombalbaye, surtout sur le rôle qu’elle y a joué pour sauver le pouvoir du président, sur les termes du deal passé entre Sarkozy et Deby par rapport à la libération des Français condamnés par la justice tchadienne dans l’affaire de l’Arche de Zoé.

Comme on peut aisément l’imaginer, les choses n’évoluent pas comme elles auraient du l’être. Malgré l’acceptation de N’Djamena de recevoir des enquêteurs étrangers pour fouiller dans l’affaire Ibni, le pessimisme n’est pas pour autant dissipé. Au jour d’aujourd’hui, l’enquête des magistrats tchadiens est arrêtée. Même si l’avocat de la famille de la victime se félicite d’une avancée, on ne peut pas ne pas croire avec un des fils du disparu qu’au finish les vrais coupables ne seront jamais condamnés. Gardons tout de même confiance. Le miracle peut toujours se produire…tôt ou tard.

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