02/07/2010 18:14:31
Cameroun: La retraite ? Jamais !
Ils ont atteint l’âge de la retraite, mais n’ont toujours pas fait leurs cartons. Le phénomène a atteint des proportions telles que, à sa nomination à la primature le 30 juin 2009, Philémon Yang avait reçu comme instruction du président Paul Biya de régler en priorité la question de la mise à la retraite des hauts fonctionnaires ayant atteint la limite d’âge.
Jeune Afrique
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Certains fonctionnaires aimeraient travailler plus longtemps. Parfois, ils font de leur mieux pour repousser leur départ à la retraite.

Ils ont atteint l’âge de la retraite, mais n’ont toujours pas fait leurs cartons. Le phénomène a atteint des proportions telles que, à sa nomination à la primature le 30 juin 2009, Philémon Yang avait reçu comme instruction du président Paul Biya de régler en priorité la question de la mise à la retraite des hauts fonctionnaires ayant atteint la limite d’âge. En octobre 2009, le Premier ministre ordonnait à chaque ministère d’enclencher la procédure. Pas grand-chose n’a été fait.

Les plus de 60 ans, qui ne représentent que 5,5 % de la population, occupent des postes que leur envient les jeunes – 51 % des Camerounais ont moins de 25 ans –, lesquels piaffent d’impatience dans l’antichambre des postes stratégiques occupés par des seniors accrochés à leurs privilèges. Même si leurs salaires ne sont plus versés dès l’âge légal atteint, ils ont accès à des budgets qui leur servent aussi à subvenir à leurs besoins personnels.

Rallonges infinies

La loi prévoit que les fonctionnaires et agents de l’État, selon leur catégorie, partent à la retraite à 50, 55 ou 65 ans (pour les universitaires, par exemple). Certains obtiennent cependant des rallonges. Ce fut le cas en 2008, quand plusieurs membres de la Cour suprême ont obtenu un an de rab : pour Alexis Dipanda Mouelle, le président de cette institution, la prolongation a expiré le 25 mai 2009, tandis que celle du procureur général, Martin Rissouk A Moulong, a pris fin le 11 mars 2009. Le Conseil supérieur de la magistrature, seule instance compétente pour intervenir dans la gestion des carrières des juges, ne s’est pas réuni depuis juillet 2008.

Autres cas, ceux de la haute fonction publique : directeurs, secrétaires généraux et directeurs généraux, notamment. Eux ne quittent leur poste qu’à la suite de la nomination de leur remplaçant, ce qui peut prendre une éternité.

Au sein des forces de défense, le phénomène est encore plus marqué. En cinquante ans d’indépendance, aucun général d’armée n’a jamais fait valoir ses droits à la retraite. Ceux qui manquent à l’appel, comme Blaise Benae Mpecke, Abdoulaye Oumarou Garoua ou Paul Yakana Guebama, sont décédés. Vingt autres généraux, parfois septuagénaires, sont toujours en activité. Une loi votée en 2001 a fait passer l’âge de départ à la retraite de 57 à 61 ans pour les militaires de ce rang. Pierre Semengue, « le plus ancien au grade le plus élevé », aura 75 ans le 28 juillet prochain.

Formalités administratives

Dans un pays où le système de sécurité sociale ne couvre pas les dépenses de santé, la retraite fait peur. Paul Edoa, ancien professeur des lycées, vient de soigner une cataracte grâce au soutien financier de ses enfants. À la retraite depuis un an, il n’a pas encore perçu la moindre pension. « Je vais reprendre le travail dans un collège privé à la rentrée prochaine. » Comme lui, de nombreux anciens fonctionnaires se sont remis à travailler pour retrouver du pouvoir d’achat.

Les retraités du secteur public mettent des mois, voire des années, pour boucler les formalités administratives et percevoir enfin leurs droits. En cause : l’ignorance des procédures, le manque d’informations, mais parfois aussi la vénalité de certains fonctionnaires. Pour un salaire de fin de carrière de 250 000 F CFA par mois (380 euros), un enseignant peut espérer une pension de 300 000 F CFA par trimestre. La baisse de 70 % des salaires, décidée en 1993, et la réduction des réversions qui en découle ont créé un malaise qui persiste encore aujourd’hui. Les syndicats demandent au gouvernement de porter l’âge minimum de la retraite à 60 ans pour que les salariés puissent cotiser plus longtemps, explique Jean Marc Bikoko, de la Centrale syndicale du secteur public.

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