07/07/2010 19:03:35
Marilyn Douala Manga Bell : Aucun monument public ne célèbre nos héros
La présidente de Doual’Art, centre d’art contemporain, trace quelques pistes de solutions pour réparer ce déni d’histoire.
Quotidien Mutations
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Nous avons fait le tour de Douala sans trouver de monuments publics célébrant nos héros nationaux. Avons-nous effectué une mauvaise recherche?
Non. Aucun monument ne célèbre nos héros. Ce n’est pas une préoccupation des pouvoirs publics.
Comment se fait-il alors que le quartier Bonanjo à lui seul soit parcouru d’autant de monuments à la gloire des colonisateurs successifs du Cameroun?
Ils ont été érigés pendant la période coloniale par les anciennes puissances tutrices. Ces initiatives spontanées découlent de la culture des Occidentaux qui en ont l’habitude chez eux. Ici, c’est tout le contraire. Le principe de conservation de la mémoire, qui avait pourtant cours chez nous, a été annihilé par les remous de la colonisation. Il ne faut pas oublier que les missionnaires nous avaient demandé de brûler nos statuettes. Nous sommes entrés dès lors dans une culture de destruction de soi au profit de l’Ailleurs. Après l’indépendance, on aurait pu s’attendre à voir la situation évoluer. Hélas, rien n’a été fait.

Dès lors, que faire pour remédier à cette situation qui perdure?
Le nœud du problème c’est la volonté politique. Aucune initiative ne pourra réussir tant que les décideurs, que ce soit aux niveaux urbain ou national, n’inscriront la question de la vulgarisation de notre mémoire dans leurs agendas. Or, il faut que le Cameroun se regarde dans les yeux et se dise qu’il doit célébrer ses plus illustres devanciers. Ce n’est qu’à cette condition que des acteurs culturels pourront se mettre à l’ouvrage sans difficultés inutiles.

Que fait justement Doual’Art à son niveau pour réparer ce déni d’histoire?
Tout d’abord, nous avons entrepris le balisage des sites historiques de la ville de Douala. Ce qui permet au visiteur de les identifier facilement, puisque beaucoup n’ont pas d’inscription ou sont cachés par des bâtiments. C’est le cas de la tombe du pasteur Lotin’a Nsamè qui se trouve dans la cour arrière de la Native Baptist Churh à Akwa ou de l’arbre où fut pendu Rudolf Douala Manga Bell. Par ailleurs, le projet «Douala ville d’art et d’histoire» permet aux élèves de visiter les lieux de mémoire. Enfin, à l’initiative du prince Réné Douala Manga Bell, nous préparons, en lien avec la Communauté Urbaine de Douala, la construction d’un monument en l’honneur de Douala Manga Bell à Bonanjo.

Le Cameroun aurait-il des problèmes avec sa mémoire?
Assurément. Je pense que nous sommes dans une définition de la gouvernance qui n’envisage pas de stratégies quant à la préservation de la mémoire collective. Ici, les programmes scolaires occultent ou évoquent parcimonieusement nos héros. Au final, les jeunes n’acquièrent aucun repère.

Et s’il fallait désormais célébrer nos héros, par qui devrait-on commencer?
Par les plus consensuels. Notamment, les martyrs de la période allemande en lesquels les Camerounais de tout bord s’identifient: Martin Paul Samba et Douala Manga Bell par exemple.

Brice T. Sigankwť

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