13/07/2010 17:28:28
France-Afrique : des noces d'or sur fond de doute
Contestée de l'intérieur, mise à mal par la démission d'Alain Joyandet, la politique africaine de la France cherche toujours sa boussole
La croix
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Cinquante ans après l’indépendance concédée à ses ex-colonies, où en est la politique de la France en Afrique ? Alors que Nicolas Sarkozy recevait mardi 13 juillet les chefs d’État invités pour le 14-Juillet, la France se trouve, pour la première fois depuis 1960, sans ministre en charge de la coopération.

Interlocuteur habituel des gouvernants du grand continent, «la Coop», héritière du ministère des colonies, resta longtemps doté de sa propre administration, avant de se muer en ministère délégué, puis en simple secrétaire d’État – c’est-à-dire un ministre et une poignée de conseillers – rattaché au ministère des affaires étrangères. Dernier titulaire de la fonction, Alain Joyandet a démissionné le 4 juillet dernier et ses missions ont été transférées à Bernard Kouchner.

Un mois plus tôt au sommet Afrique-France de Nice, la maigreur de la représentation du ministère des affaires étrangères avait été remarquée. En revanche, l’Élysée était là au grand complet – y compris le secrétaire général Claude Guéant, les conseillers «Afrique» officiels et l’avocat Robert Bourgi, fils spirituel de Jacques Foccart et conseiller officieux du président.

L'Afrique n'est pas un sujet de préoccupation pour Nicolas Sarkozy
«Le Quai d’Orsay ne pèse plus rien dans les affaires africaines», a lancé l’écrivain Jean-Christophe Rufin, ambassadeur de France depuis trois ans au Sénégal, qui s’est épanché dans des interviews très critiques envers Bernard Kouchner, accusé d’avoir «réorganisé le ministère des affaires étrangères à la manière d’une organisation non gouvernementale».

«Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, a rétorqué Bernard Kouchner, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, que pour le Rwanda», qui a repris fin 2009 des relations diplomatiques avec la France. Le ministre s’est aussi déclaré «fier» de ce que la France avait fait après les changements de régime en Mauritanie, au Niger et à Madagascar. Trois pays où Paris a d’abord condamné formellement les coups d’État avant de reprendre langue très rapidement avec les nouveaux dirigeants en les incitant à organiser un scrutin présidentiel.

La France se trouve partie prenante de crises de régime interminables, qu’elle a renoncé à chercher à régler par elle-même, à Madagascar comme en Côte d’Ivoire où la force Licorne est déployée depuis 2002. Et elle sait les menaces d’instabilité qui guettent plusieurs bastions de son ancien pré carré, comme le Sénégal, le Burkina Faso et le Cameroun.

Relation «décomplexée»
Pour autant, on ne ressent pas que l’Afrique soit, pour Nicolas Sarkozy, un sujet de préoccupation comme il le fut pour les présidents qui se sont succédé depuis 1960. Il a engagé des réformes maintes fois repoussées, comme la révision des accords de défense liant la France à ses anciennes colonies, la réduction du nombre de bases militaires sur le continent, ou encore l’alignement des pensions de retraite des anciens combattants africains.

Mais, à l’instar de ses prédécesseurs, il a maintenu le soutien inconditionnel à des régimes antidémocratiques, au Tchad, au Congo ou au Gabon. On est loin de la «rupture» annoncée, que Nicolas Sarkozy ne fut pas le premier à promettre.

Comment l’ancien maître peut-il célébrer l’émancipation de ses ex-sujets sans prêter le flanc à la critique ? La Belgique a répondu à ce casse-tête diplomatique en envoyant le roi Albert II aux festivités en République démocratique du Congo sans qu’il prononce un seul mot publiquement.

Faute de pouvoir se multiplier, le président français a préféré organiser une «réunion de famille» lors des cérémonies du 14 juillet. «Je sais bien tout ce que la notion même de «relations privilégiées», de «relations spéciales», charrie de soupçons et de fantasmes, a-t-il déclaré à ses homologues africains. Moi, je crois que notre amitié mérite mieux que ces stéréotypes. La meilleure réponse est que nous assumions ensemble, sans complexe et sans arrière-pensées, cette relation spéciale.»

«Décomplexée», la France fête ses noces d’or avec l’Afrique sans grands moyens – la mission du Cinquantenaire, confiée à Jacques Toubon, dispose d’un budget très limité. «Si on n’avait rien fait, les gens auraient dit que je me moquais de l’Afrique. Si on s’en occupe, ils nous traitent de néocolonialistes», avait d’avance répondu Nicolas Sarkozy. Une chose est sûre: ce cinquantenaire ne sera pas celui de la remise en question de la relation France-Afrique dans ce qu’elle a d’immuable, pour le meilleur et pour le pire.

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