16/07/2010 07:53:23
Difficile Union africaine
Les cérémonies du cinquantenaire des indépendances africaines n'enthousiasment ni le continent noir ni la France. Le dernier sommet des chefs d'État qui s'est tenu, le 1er juin, à Nice, est totalement passé inaperçu : la plupart des dossiers communs faisaient l'objet de désaccords si profonds qu'il valait mieux, pour tous, ne pas en parler.
Ouest France
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Le « dossier » Omar al-Bachir, par exemple, le sulfureux président du Soudan qui, malgré une condamnation pour « crimes de guerre » par la Cour de justice internationale de La Haye, continue de susciter la solidarité d'un bonne partie de ses pairs africains.

Le «  dossier » Laurent Gbagbo, président de la Côte d'Ivoire, qui, malgré les bons offices du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, continue de repousser des élections qui auraient dû se tenir en... 2005 !

Sans compter Madagascar où la France est dans l'incapacité à servir de médiateur pour résoudre sa crise constitutionnelle.

On pourrait continuer ainsi la liste des problèmes qui minent les relations entre Paris et ses anciennes colonies. D'autant que la France, en cette année anniversaire, n'a pas honoré sa promesse « onusienne » de contribuer, à hauteur de 0,7 % de son produit national brut, au « développement des pays du Sud ». Pourquoi en sommes-nous encore là alors que se dessine, en creux, un redécollage économique de l'Afrique (1) ?

En réalité, aucun des États africains ne maîtrise son économie. Depuis longtemps, soumis au régime drastique de la Banque mondiale ou du FMI, puis maintenant aux pressions de pays asiatiques qui ne ménagent pas leur peine pour écouler leurs produits et investir à long terme, les capitales africaines sont littéralement dépendantes.

Pas de marge de manoeuvre pour décider souverainement, pas d'État de droit crédible pour susciter la confiance des peuples. La démographie galope, la corruption et la misère continuent de prospérer.

La seule solution ne peut venir que de l'Union africaine. Hasard du calendrier, il se trouve qu'il y a exactement cinquante ans, Léopold Sédar Senghor, le premier président du Sénégal, avait déjà averti : « Le destin de l'Afrique passe par la création des États-Unis d'Afrique. » Alpha Oumar Konaré, président de cette Union jusqu'en 2009, avait, à sa manière, suggéré à ses « frères africains » de se remettre à l'ouvrage. Mais il fut obligé de démissionner, faute d'avoir pu dégager les solidarités et les audaces nécessaires pour tenter l'aventure, chacun préférant garder son pouvoir plutôt que de le partager.

Pied de nez à cette tragédie des indépendances, le seul pays qui a dit « non » à De Gaulle, lors de ce fameux « référendum sur l'autodétermination », c'est-à-dire la Guinée de Sékou Touré vient, pour la première fois depuis un demi-siècle, de voter démocratiquement.

Un signe qui en dit long sur les méandres et les incohérences de la politique africaine comme de celle de la France avec ses anciennes colonies.

 

(1) Selon le document annuel publié, le 8 juillet, par le FMI, son taux de croissance est de plus de 3 % tandis qu'il est de 1,4 % en France (2,4 % tous pays industrialisés confondus).

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