16/07/2010 15:28:46
Huit morts dans un nouveau conflit communautaire au Nigéria
Des renforts ont été déployés pour rétablir l'ordre à Wukari, dans l'état de Taraba, et des responsables religieux ont immédiatement appelé à la tolérance
Journal du Cameroun
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Huit morts et une quarantaine de blessés
Les affrontements ont éclaté mardi à Wukari, dans l'ouest de l’Etat nigérian du Taraba, une région essentiellement chrétienne. La présence des troupes fédérales a très vite ramené le calme. Depuis la prise effective du pouvoir par Goodluck Jonathan qui succédait à Umaru Yar’Adua décédé, le pouvoir central au Nigéria a prévenu les activistes contre toute agitation à caractère communautaire ou religieux. Selon un responsable de la police locale, un groupe de jeunes chrétiens a détruit une mosquée en chantier dans l'enceinte d'un commissariat de police, et en réponse, de jeunes musulmans s'en sont pris à une église voisine.

L’incident a dégénéré en affrontements qui ont opposé des groupes des deux communautés de la ville. Pour l’heure, le bilan fait état de huit morts et une quarantaine de blessés. Les hautes autorités religieuses du Nigéria crient à la manipulation de certains groupes par le pouvoir. La plus haute autorité musulmane du Nigeria, le Sultan Muhammad Saad Abubakar, a appelé à l'entente entre les chrétiens et les musulmans. J'exhorte les musulmans et les chrétiens du Nigeria à œuvrer pour l'harmonie et la tolérance religieuse et à rejeter les actes qui portent atteinte à paix et à la bonne entente entre les communautés, a-t-il proclamé lors d'un discours. Les autorités chrétiennes ont un discours similaire. Ce sont probablement des gens qui ont d'autres intentions et qui exploitent le problème de la mosquée en construction à Wukari, a indiqué L'archevêque catholique d'Abuja, John Onaiyekan, qui inscrit pour sa part, ces affrontements comme tous les autres dans le cadre des luttes de pouvoir locale.

Un problème économique de fond
L'Etat de Taraba où ont eu lieu ces affrontements est frontalier de celui du Plateau (centre), dont la capitale Jos a été le théâtre à plusieurs reprises de violents affrontements communautaires. Lors de deux crises cette année, en janvier puis en mars, jusqu'à 1500 personnes auraient été tuées, selon les décomptes d'organisations non gouvernementales. Certains experts confirment le fait que le motif religieux reste un prétexte pour le soulèvement des conflits.

Tout comme l’Etat du plateau, celui de Taraba où ont éclaté ces dernières violences se situent dans la ceinture centrale du pays où se rencontrent le Sud, majoritairement chrétien, et le Nord, majoritairement musulman. Cette zone possède en outre des intérêts économiques importants, comme une forte production agricole, des mines d’étain et des emplois dans la fonction publique. Tout cela a poussé de nombreux Nigérians qui vivaient en zone rurale à migrer vers cette zone, ce qui à long terme crée aujourd’hui des conflits fonciers. Marc-Antoine Pérouse de Montclos est spécialiste des conflits africains et partage cette vision des conflits au Nigéria. Ce n’est pas un conflit religieux. Dans ces affrontements communautaires, la religion est un étendard. Pour le cas de Jos, il s’agit plutôt de disputes pour l’accès à la terre sous une bannière religieuse avait-il dit dans une interview (Afrik.com, 25 janvier 2010).

Selon lui, Les violences ont en réalité des ressorts économiques. Cette partie du Nigéria est composée de natifs (indigènes), dont font partie plusieurs groupes ethniques en majorité chrétiens, et des groupes qui sont venus s’installer et constitués principalement de Haoussas musulmans. Entre les deux, les tensions sont permanentes et vont au-delà des questions religieuses.

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