26/07/2010 02:36:07
UA : On prend les mÍmes et on recommence
Samedi dernier s’est ouvert dans la capitale ougandaise, Kampala, le 15e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA). Ceux qui nous dirigent vont sacrifier, une nouvelle fois (du 25 au 27 juillet 2010), à la traditionnelle rencontre qui les rassemble deux fois par an, en janvier et en juillet, pour échanger sur la marche du continent, discuter des problèmes et y esquisser des solutions.
L'observateur Paalga
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Il faut dire que les assises de l’UA, actuellement présidée par le Malawite Bingu Wa Mutharika, ont commencé depuis le 19 juillet avec la 20e session ordinaire du Comité des représentants permanents de l’Union, suivie, le 22 juillet, de la 17e session ordinaire du Conseil exécutif.

Après les conférences préparatoires, place donc aux « choses sérieuses » avec le 15e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement. Cette fois-ci encore, ce sont les mêmes abonnés qui vont s’y rendre, car certains ne semblent pas concernés par ces rencontres panafricaines, à l’image du Camerounais Paul Biya, de l’Egyptien Hosni Moubarak et du Tunisien Zine el-Abidine Ben Ali.

La rencontre se tiendrait même chez eux qu’ils pousseraient l’élégance jusqu’à ne pas être là comme ce fut le cas lors du sommet sur le renforcement des capacités dans les pays postconflits qui s’est tenu à Tunis en mars 2010 avec la participation de quelques chefs d’Etat dont le Président du Faso, Blaise Compaoré, sans que, pas une seule fois, on y aperçoive ne serait-ce que l’ombre de la silhouette du président tunisien.

Il faut dire aussi que le contexte actuel n’est guère accueillant dans la capitale de l’Ouganda : en effet, la ville de Kampala, qui s’est parée de ses plus beaux atours pour la circonstance, est encore sous le choc du récent double attentat terroriste qui y a fait près de 80 morts et de nombreux blessés, et qu’on n’a pas fini de décrypter, même si, pour certains, il n’y a pas de doute que cela porte la marque du groupe islamiste somalien Al Shabaab qui l’a d’ailleurs revendiqué.

Bien sûr, il ne serait venu à l’idée de personne de changer le lieu de la réunion parce qu’il y a eu un tel drame, et la présence de la dizaine de présidents africains témoigne de leur soutien à leur homologue hôte, Yoweri Museveni, de la sérénité qu’ils veulent afficher ainsi que de la détermination dont ils veulent faire montre dans la lutte contre la violence sous toutes ses formes.

C’est dire donc si la paix et la sécurité prennent une autre ampleur lors de ce rendez-vous (2010 ayant été décrété l’Année de la paix en Afrique), au regard de cette actualité brûlante, car il y a non seulement ce qui vient de se passer, mais surtout de vieux foyers de tensions qui ont du mal à s’éteindre comme le Darfour, la Somalie, la Côte d’Ivoire pour ne citer que ceux-là, et qui annihilent tous les efforts de développement.

Comme à chaque fois, les questions brûlantes de l’heure vont prendre le dessus sur le thème général du sommet, parfois vaseux d’ailleurs quoique portant toujours sur un problème important, en l’occurrence pour ce 15e sommet : « Santé maternelle, néonatale et infantile et développement en Afrique ». Le choix de ce thème, qui tient tant à cœur à l’autre moitié du ciel africaine est d’autant plus suspect, pardon curieux, qu’il coïncide avec les récentes décisions prises par le sommet du G-8 au Canada d’accorder un soutien financier important à ces questions.

Cependant, force est de reconnaître que c’est le propre de tout sommet d’être rattrapé par les grands sujets politiques et diplomatiques. En outre, après avoir constitué un problème à N’Djamena lors du sommet de la Cen-Sad, le Soudanais Omar El-Béchir sera de nouveau, à son corps défendant, au centre de toutes les préoccupations avec le mandat d’arrêt international pour crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide lancé contre lui par la Cour pénale internationale.

Fort heureusement pour Béchir, l’UA a décidé d’ignorer la décision de la CPI, et après avoir hésité à juste raison, l’Ouganda a finalement invité l’homme fort de Khartoum.

En réalité, ces sommets se suivent et se ressemblent, en d’autres termes, on prend les mêmes et on recommence. Chacun vient faire sa petite déclaration du haut d’une tribune, rencontrer des amis, éviter les ennemis et s’en retourner chez lui sans que les choses ne bougent toujours.

Dans ce syndicat de Chefs d’Etat où les égos sont fortement disproportionnés, il est difficile de faire battre les cœurs à l’unisson. Chose confortant les contempteurs de cette instance dans l’idée qu’après plus de 40 ans d’existence, elle continue de tourner à vide.

Des institutions sous-régionales comme l’UEMOA et la CEDEAO fonctionnement mieux que l’UA, dans laquelle les principes élémentaires de coexistence pacifique et harmonieuse ne sont toujours pas respectés, en témoigne, par exemple, le fait qu’il faut encore de nos jours un visa pour aller du Gabon au Cameroun, et les charters d’immigrés qu’expédient régulièrement le Guide libyen.

Ce qui fait penser que la réussite des « Etats Unis d’Afrique » passe d’abord par celle des regroupements sous-régionaux, car on ne se lève pas du jour au lendemain pour y parvenir.

Pour l’instant, nos actes contredisent cette volonté de vivre ensemble. Et les grandes assises ne servent pas à grand-chose sinon à dilapider, en faste et cérémonie solennelle, des sous qui auraient pu servir à autre chose. Cette 15e conférence n’échappera pas à la règle et va se clôturer en laissant l’Afrique patauger dans les problèmes de sous-développement, de pauvreté, de santé et dans le déni de démocratie. Hélas.

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