30/07/2010 09:08:50
Kant a-t-il plagié un Noir, professeur en allemagne au 18è siècle ?
Je m’adresse à mes frères avec un sujet sérieux alors qu’ici, certains montrent qu’ils viennent se défouler. Je vous prie donc d’observer une petite pause dans votre récréation, de lire ces lignes et de réagir.
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Le grand Emmanuel Kant a-t-il plagié un philosophe noir ?
Je m’adresse à mes frères avec un sujet sérieux alors qu’ici, certains montrent qu’ils viennent se défouler. Je vous prie donc d’observer une petite pause dans votre récréation, de lire ces lignes et de réagir.
Camer.be m’a fait l’honneur de m’interviewer, il y a quelques jours, sur mon dernier livre, intitulé Amo Afer : un Noir, professeur d’université en Allemagne au 18ème siècle, paru chez l’Harmattan. Je voudrais me donner un peu plus de temps que dans l’interview et profite de cette occasion pour signaler qu’Amo fut un érudit de très haut niveau qui excellait en philosophie, en théologie, en physique, en mathématiques, ..., tout comme ses mentors, tels que Leibniz et Wolff.


Je commence par dire que des Noirs enseignant dans les instituts européens dans les siècles passés ou simplement écrivains sont un bon petit paquet. Pour ne citer qu’un seul, Juan Latino enseignait le latin à l’université de Cordoue au 16ème siècle. Certains de nos frères étaient compositeurs de musique et commerçaient avec de grands noms de la spécialité à leur époque.    


A propos de mon travail sur Amo, permettez-moi de recadrer les choses. Kant écrit depuis 1746 et ce n'est qu'en 1781, alors qu'il avait publié beaucoup de textes, qu'il acquiert sa renommée avec son Kritik der reinen Vernunft/Critique à la raison pure. Cet écrit a de la valeur, entre autres raisons, parce que Kant y expose ce qu'il appela sa révolution copernicienne. En fait, il veut changer notre vision de la connaissance. Jusque-là, ne serait-ce que depuis Platon, la tradition voyait dans le savoir une connivence à trois (croyance/croyance vraie/croyance vraie justifiée). Dans le Théétète, Socrate est de l’avis que la connaissance est croyance vraie justifiée. La révolution kantienne veut mettre l'homme au centre de l'expérience scientifique : il voudrait que l’on repose la connaissance sur quelque chose qui relève de notre intuition et sur les pouvoirs de l’esprit humain, c’est-à-dire d’une part, sur les formes a priori de la sensibilité (le phénomène s’inscrivant nécessairement dans un cadre spatio-temporel dont l’homme l’intuition) et d’autre part, sur la Raison et ses vertus (pouvoirs de l’esprit humain).

Sans parler explicitement de la spatio-temporalité, Amo traite de l’objet en insistant sur le fait que c’est cet objet qui porte la certitude, une certitude qui, pour lui, est condition sine qua non de la connaissance. Mais il exige que l’objet de la connaissance soit manifeste, concret, immuable, pour que l’on ne produise pas une connaissance fondée sur un objet mutant, friable, fictif, … Dans son analyse, Amo se ravise en se rappelant deux choses : le mobilisme universel professé par les Présocratiques et les limitations du corps qui perçoit l’objet. A cause de ces deux raisons, il convient que son objet est disqualifié pour porter la certitude : ce rôle incombera, selon lui, à la Raison et à ce qu’elle sait faire le mieux, la logique, car la connaissance s’exprime dans la proposition.

On le voit, les deux penseurs chantent la même chanson : la connaissance est affaire de la Raison. Par ailleurs, l’observateur peut noter que de nombreux concepts exposés dans la Critique à la Raison pure sont analysés par Amo dans son Tractatus de arte sobrie et accurate philosophandi (1738) et pour certains, on a comme du copier-coller de leurs développements par le philosophe nègre. J’en cite 3 : le distinguo entre Raison théorique et Raison pratique, la chose en soi, l’énoncé synthétique a priori. J’invite à comparer les analyses d’Amo qui se trouvent dans ma traduction de ses travaux, parue chez l’Harmattan, avec les exposés kantiens contenus dans sa Critique à la Raison pure.

Mais la tradition philosophique après Kant ne fait aucune allusion à Amo, alors que des chercheurs avaient déjà attiré l’attention sur lui dès 1746 ; alors que la plus grande encyclopédie allemande avait commencé à offrir de longues colonnes à Amo et sa pensée dès 1751 ; alors que des journaux lui consacraient de temps en temps des articles, même 30 ans après 1740, année de sa disparition des universités ; alors que Blumenbach, le père de l’anthropologie moderne, affirmait que le Noir est aussi intelligent que les autres et appuyait son argumentation sur les performances d’Amo. Je me permets de signaler que les propos de Blumenbach vont être repris aux USA par les combattants de l’égalité des races du 19ème siècle. Et Ces combattants firent bien du boucan ! 

 On trouve encore une autre parenté entre Amo et un autre grand 'révolutionneur' de notre regard sur la connaissance, j'ai nommé Popper Karl Raymund.


La question est : puisqu’Amo était déjà médiatisé, pourquoi a-t-il subitement disparu du devant de la scène ? Kant y fut-il pour quelque chose ? J’affirme que Kant ne pouvait pas signaler ses sources, lisez plutôt : « L’humanité atteint sa plus grande perfection dans la race des Blancs. Les Indiens jaunes ont déjà moins de talents. Les Nègres sont situés bien plus bas ». Kant, Géographie, Paris, 1999, IX, 315, § 4, p. 223.

 

Simon Mougnol                                                                                                                   
 



Simon Mougnol

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