03/08/2010 12:34:55
Contradiction: Les paradoxes de Issa Tchiroma Bakary
De deux choses l’une. Soit le ministre « cascadeur », qui croit avoir réponse à tout, ne savait pas exactement où était le prince ; et, se sentant acculé, Issa Tchiroma ne pouvait répondre que par la diversion et l’esquive pour sortir de l’embarras.
Le Messager
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« Je ne vous dirai pas où  il se trouve. Je ne sais pas quelles sont vos intentions. Tout à l’heure on parlait de coup d’Etat, je ne sais pas quelles sont vos intentions. Si je vous dis où il est, je ne sais pas de quel bord vous êtes. Ma mission c’est de protéger aussi le chef de l’Etat ». Telle est la réponse du ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, à l’adresse de Polycarpe Essomba de la chaîne de télévision Equinoxe Tv, après beaucoup d’insistance sur la question de savoir là où se trouvait le chef de l’Etat Paul Biya, que les Camerounais avaient aperçu pour la dernière fois aux côtés du président Nicolas Sarkozy, pendant les festivités de la célébration de la fête du 14 juillet !

De deux choses l’une. Soit le ministre « cascadeur », qui croit avoir réponse à tout, ne savait pas exactement où était le prince ; et, se sentant acculé, Issa Tchiroma ne pouvait répondre que par la diversion et l’esquive pour sortir de l’embarras. Soit le Mincom le savait mais le prétexte invoqué pour ne pas le dire est fallacieux. Car enfin, si Issa Tchiroma devient le « protecteur » de Paul Biya, que font les unités spéciales comme la garde présidentielle ou le BIR ? Est-ce pour lui alors une façon subtile de dire que le SED et le ministre de la Défense, sont payés à se tourner les pouces, laissant ainsi le ministre de la Communication faire leur travail.

Quelques minutes plus tôt, le ministre de la Communication indiquait pourtant à l’adresse d’Alain Belibi que : « le peuple dont le chef de l’Etat Paul Biya détient le mandat, a besoin de savoir ce que son gouvernement fait, ce que fait le chef de l’Etat ». Le fait de cacher à ce peuple les divers agendas du président ne relève-t-il pas de la mésintelligence ? Sinon, est-ce à Issa Tchiroma de procéder à la censure, en disant ce que le peuple doit savoir et ce qu’il faut lui cacher ? « Dès qu’il y a quelque chose, je dis d’abord à moi l’information et après je vous la donne. Parce que tout ce que vous dites hors de moi s’appelle la rumeur. Il n’y a que moi qui donne l’information ».

En même temps que le ministre dit ne pas détenir la mémoire infuse, en s’appropriant le monopole de l’information « vraie », Issa Tchiroma ne verse-t-il pas dans l’apologie de la pensée unique ? S’agissant de la manière par laquelle sont conduites les arrestations dans le cadre de la fameuse « Opération Epervier », le ministre de la Communication veut se donner bonne conscience en invoquant le code de procédure pénale comme : « la Bible ou le bréviaire des hommes de loi, en particulier les magistrats et les avocats ». Là aussi, Issa Tchiroma se fait prendre dans son propre piège. Les plus grandes frustrations, les cristallisations de la haine et l’essentiel des protestations des accusés et les avocats dans le cadre de cette opération, s’adossent sur les flagrantes multiples violations répétées du code de procédure pénale cité par le ministre.

De l’hypocrisie à la méprise

Réagissant sur la question du décès du fondateur du Free Media Group, Issa Tchiroma ruse et use de mauvaise foi. « J’ai aussi dit bon Dieu, parce que s’il était mort au Cameroun, qu’est ce qu’on n’allait pas dire du gouvernement ? Je pensais que le gouvernement allait être à l’abri ». Une telle attitude à l’égard d’un « compagnon », est plus qu’une insulte, mais une offense à la mémoire du disparu. On dirait même de la lâcheté... En plus de ses missions de porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma se dévoile dans le rôle d’oracle. Comme si cela ne suffisait pas, le ministre de la Communication va jusqu’à exhumer le dossier (qu’il connaît mal) de la radio (Freedom Fm) que le régime du Renouveau a empêché d’émettre.

Allant jusqu’à s’autoriser le rôle de « confesseur » qu’il ne pouvait jamais jouer auprès de Pius Njawe. « Je lui ai dit : vous avez donné le meilleur de vous-même pour l’avènement d’une presse libre et indépendante au Cameroun. Aujourd’hui, vous avez pris de l’âge, la nation vous en sait gré, vous est reconnaissante. Mais maintenant, incarnez cette fonction, cette preuve d’élévation, de transcendance... » Le journaliste n’est pas un ange social. Pius Njawe ne l’était pas. Mais il a su donner beaucoup pendant trente années de lutte et de résistance. A sa manière, il a accompli sa mission. Beaucoup, y compris l’orateur du jour, ne peuvent en dire autant.

La danse macabre du gouvernement

Comment expliquer qu’Issa Tchiroma qui reconnaît le travail abattu par l’illustre disparu, use de méprise, demandant à la famille d’écrire au Mincom, si elle avait besoin de l’assistance à l’occasion des obsèques ! Quel culot ! Quelle abomination ! Le gouvernement tente-t-il, ou alors oserait-il exécuter une danse macabre sur la dépouille du président du Free Media Group ? Issa Tchiroma attend-il la requête pour davantage jeter l’opprobre sur un combattant qui a trouvé la mort les armes à la main ? Des anciens ministres, députés, anciens commis de l’Etat et « certains rien du tout » sont décédés, le régime de Paul Biya a décrété des obsèques officielles et parfois nationales pour eux, sans que l’on attende la moindre correspondance de la famille.

Lorsque le ministre Issa Tchiroma a choisi de monter au créneau, pour présenter les condoléances à la famille éprouvée, personne de la famille, à ce que l’on sache, ne lui avait annoncé le deuil. Ses équations personnelles et l’agitation dont il fait montre sont peut-être pas sans bornes. Mais il y a des limites qu’il ne faut pas franchir. Comme le disait un de mes enseignants, il faut surtout savoir jusqu’où ne pas aller trop loin.

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