10/08/2010 12:46:32
Montée en puissance de la cybercriminalité au Cameroun
Le site web du Premier ministère piraté. Environ 20.000 étrangers déjà victimes de l’escroquerie par Internet.Les statistiques sont alarmantes. Les témoignages des victimes embarrassants. Et inquiétants.
La Nouvelle Expression
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

La cybercriminalité est devenue plus qu’une industrie au Cameroun. Entre juin 2009 et juin 2010, apprend-on, ce fléau a connu une flambée sans précédent. Faux, arnaque et escroquerie via Internet, piratage des boites E-mail, duplication de certains sites officiels, etc., les cyber-criminels ont montré et continuent à montrer de toutes les couleurs. Concernant précisément le Cameroun, les cyber-criminels sont allés jusqu’à créer un site web frauduleux (http://www.govcamonline. com /), une reproduction complète du site officiel du Premier ministère de Cameroun. «La page d’accueil avait les mêmes données. Jusqu’aux appels d’offres, en dehors des coordonnées. Quand les gens soumissionnaient pour les offres d’approvisionnement, les arnaqueurs exigent d’abord les frais y afférents. Quand ceux-ci sont versés, ils disparaissent », explique un avocat spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité. « Pour celui qui ne réside pas au Cameroun, et qui n’a pas encore vu le site du Pm, ce n’est pas évident, surtout que les numéros affichés sont ceux utilisés au Cameroun, ajoute Roland Abeng.

Les Américains plus victimes

Ils sont nombreux, ceux des étrangers qui ont été escroqués par cette voie, avant que le cabinet de cet avocat, avec le soutien de l’ambassade des Etats-Unis, réussisse à faire suspendre ce site. L’autre voie utilisée pour cette activité malhonnête, le site web www.alibaba.com, ce célèbre site où les gens exposent leurs produits, contacts et e-mails dans le monde entier. «Tout ce qui concerne le Cameroun dans ce site a été mis par les faussaires, qui n’ont rien à vendre, sauf les illusions. C’est pour cela que chaque jour, de centaines de personnes sont escroquées à l’étranger en cherchant à acheter les oiseaux ou les produits agricoles », explique Roland Abeng.

Dans la plupart des cas, ce sont les Américains qui en sont victimes. Le cas le plus pathétique est celui de Peter Osbone, un jeune Américain qui gagne une vie décente dans l’externalisation des produits de base et des produits primaires d’Afrique et l’Amérique latine pour les marchés asiatiques et européens. En avril 2010, Osborne a véritablement cru avoir réalisé l’affaire de l’année, pour l’achat de pattes de poulet du Cameroun, devant être expédiées à une entreprise au Vietnam. En fait Osborne avait deux fournisseurs (dont il a contacté par l’intermédiaire du Alibaba site web) qui devaient expédier trois et deux conteneurs de 40 pieds, respectivement au Vietnam pour une première affaire!

Le montant total de cette opération, le premier d’une série s’élève à Usd 60,000.00 (2,7 milliards Fcfa environ). Osborne est prêt à payer le montant en entier une fois qu’il a reçu le scanning des copies des connaissements de ses fournisseurs camerounais. Pour montrer sa bonne foi et l’enthousiasme, Osborne envoie un acompte de 10.000 dollars (4,5 millions) pour les fournisseurs. 3 jours plus tard, il envoie les 60.000.00 dollars restants aux fournisseurs. C’est quelques semaines qu’il découvre qu’il avait traité avec des escrocs. Comme Peter Osborne, ils sont nombreux ceux qui se font escroquer comme cela tous les jours.

20.000 étrangers frappés chaque année

L’expert parle de 20.000 étrangers « frappés » chaque année par des Camerounais ingénieux. Dans la plupart des cas, « ce sont les jeunes enfants désoeuvrés qui pratiquent cette activité », confie Aristide K, informaticien, victime déjà de cette escroquerie. A Douala, en effet, leur base se trouve à la rue Pau, précisément entre le carrefour Paris Dancing et Stamatiades. Par groupes de 5 à 10 personnes, ces pirates prennent généralement d’assaut un cyber café pendant pratiquement tout l’après-midi. Connectés à la fois au téléphone et à l’ordinateur, ils sont à la fois interprètes, producteurs, distributeurs, pharmaciens, juristes, etc.

Dans l’ensemble, ils opèrent à ciel ouvert, puisque leurs numéros de téléphone sont carrément affichés sur Alibaba.com. «Je me demande ce que le ministre des Ptt attend pour demander qu’on désactive ces numéros qui sont connus », s’étonne Roland Abeng. «Il y a des choses pratiques que le ministre des postes et télécoms peut faire », insiste-t-il. Ce dernier n’a pas d’ailleurs hésité à saisir Jean Pierre Biyiti Bi Essam par courrier en date du 26 juin pour implorer son intervention rapide. Malheureusement, aucun retour. Aucun retour formel également à notre demande d’informations envoyée il y a environ trois semaines sollicitant d’amples détails sur le sujet.

Mais, de manière informelle, nous avons reçu en guise de réponse, une copie de l’intervention du Monpostel du 30 à l’assemblée nationale. Biyiti Bi Essam fait de manière générale l’état des lieux de la situation, en reconnaissant les limites du système. « Il y a un grand risque encouru car, le cadre législatif et réglementaire actuel de notre pays ne permet pas de prévenir ou de réprimer cette nouvelle forme de délinquance, dite « délinquance cybernétique », avoue-t-il.

C’est pour cette raison qu’il a déposé un projet de loi dans ce sens. Mais, en attendant, rien à faire. Des Camerounais comme des étrangers vont continuer à se faire arnaquer tous les jours. Tout comme l’image du pays va continuer à se dégrader à cause des agissements de ces apprentis sorciers.

Hervé B.Endong

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE