29/06/2009 15:10:57
Fortune du président : Et si Paul Biya déclarait ses biens
L’affaire de la fortune du chef de l’Etat et de son entourage donne peut être l’occasion au président Biya de tout clarifier en se soumettant aux dispositions de l’article 66 de la constitution.
La Nouvelle Expression
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Depuis qu’une Ong française a rendu publique les résultats de son enquête sur la fortune président Biya et de son entourage en Europe, tout ce que le Cameroun compte de « Biyaphile » s’est mobilisée pour s’indigner.
Tout est mis à contribution pour laisser croire que le chef de l’Etat camerounais est sur la paille. D’abord la réaction des adorateurs du chef de l’Etat est parfaitement inutile. Personne ne s’imaginait qu’ils feraient autrement, et ces messages indignés sont vraisemblablement destinés à impressionner Paul Biya ou à se faire remarquer du « patron », en cette période de pré remaniement ministériel, davantage qu’à convaincre les camerounais. D’autre part, cette réaction des supporters du chef de l’Etat est une mauvaise réponse à une question qui du reste n’est pas posée.

Dire que le président Biya n’a pas de fortune n’est pas la question. Le fait est de savoir si les biens qu’il a acquis –et il y en a forcément ici et ailleurs- sont acquis avec l’argent public ou pas. Sur cet aspect des choses, bien des faits révélés par cette Ong étaient déjà connus du public, puisque relayés par plusieurs journaux locaux et internationaux. Il en va ainsi de l’affaire du financement des sectes européennes par le chef de l’Etat,  de la faillite de la Société camerounaise des banques (ou l’ancien DG, Messi Messi, mettait en cause le président Biya), ou de la proximité de dirigeants de la société pétrolière Elf avec de hauts responsables cameounais.

On veut faire croire que le chef de l’Etat camerounais est sur la paille. Ceux qui rivalisent d’inventivité dans la « biyaôlatrie », et insinuant que le chef de l’Etat camerounais est pauvre, ne lui rendent aucun service. Prétendre qu’un homme qui doit prendre sa retraite dans deux ans ne s’est pas donné les moyens de vivre décemment après avoir servi son pays, c’est le traiter d’irresponsable. Assurément, Paul Biya n’en est pas un puisqu’il a effectivement réalisé quelques investissements ici et ailleurs et acquis des biens qui lui semblaient utiles ou nécessaire pour l’avenir des siens et sa retraite éventuelle. Serait-il en effet normal qu’après plus de quarante années dans les plus hautes sphères de l’Etat dont 27 passées à la magistrature suprême avec la haute main sur les ressources du pays, Paul Biya soit incapable de s’offrir une villa ? Ce serait d’autant plus absurde que ses ministres et même des simples directeurs d’entreprises publiques se paient bien mieux que ça, sans transpirer. Au Cameroun on ne connaît pas le salaire ou tout autre traitement que la République donne au chef de l’Etat. ceux qui aujourd’hui veulent faire croire que le chef de l’Etat n’a rien, n’ont donc aucun moyen de savoir ou de prouver ce que le président Biya pouvait s’offrir ou pas sur ses propres deniers.

Article 66

La question, serait peut être ailleurs. Et si, pour trancher la polémique, Paul Biya déclarait ses biens ? Ce serait assurément une bonne solution qui permettrait de régler plusieurs problèmes à la fois. D’abord le président camerounais rassurerait ses compatriotes sur le fait qu’il n’est pas aussi fauché que certains de ses faux amis l’insinuent. Mais aussi il ferait éventuellement mentir l’Ong française en disant clairement ce qui est à lui dans la liste –et aussi ce qu’ils ont oublié de lister.

Enfin, et c’est peut être le plus important, en déclarant ses biens, Paul Biya donnerait sens à ses nombreuses proclamations sur la transparence nécessaire dans la gestion de la chose publique, et sur l’impératif pour tous, y compris le président de la République, de respecter les lois de la République. Cette déclaration des biens des dirigeants, exigence de bonne gouvernance et socle de la lutte contre la corruption introduit par la loi constitutionnelle de 1996, est ainsi libellée : « Le président de la République , le Premier ministre, les membres du gouvernement et assimilés, le président et les membres du bureau de l’Assemblée nationale, le président et les membres du bureau du Sénat, les députés, les sénateurs, tout détenteur d’un mandat électif, les secrétaires généraux des ministères et assimilés, les directeurs des administrations centrales, les directeurs généraux des entreprises publiques et para-publiques, les magistrats, les personnels des administrations chargées de l’assiette, le recouvrement et du maniement des recettes publiques, tout gestionnaire de crédits et des biens publics, doivent faire une déclaration de leurs biens et avoirs au début et à la fin de leur mandat ou de leur fonction ». Pour rappel, depuis le vote de cette loi en 1996, Paul Biya a deux fois été élu, a deux fois pris fonction sans jamais juger nécessaire de se soumettre à cette exigence constitutionnelle.

François Bambou

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