10/08/2010 12:50:41
Choléra: déjà 150 morts dans l'extrême nord du Cameroun
journal du cameroun
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Des observateurs trouvent inadaptée la stratégie de riposte des autorités publiques en charge de la santé

Plus de 20 morts en deux jours

L’épidémie de choléra continue de faire des morts dans la région de l’extrême nord du Cameroun. Selon des sources officielles, de nouveaux décès ont été enregistrés jusqu’à ce lundi 9 août 2010, portant à 150 le nombre officiel des personnes mortes. Selon des observateurs sur place joints par téléphone, ce chiffre serait plus important que ça. Vous savez de nombreuses populations ici dans l’extrême nord vivent dans les zones rurales et viennent difficilement dans les hôpitaux. Lorsqu’ils décèdent on les enterre directement selon la religion musulmane, majoritaire ici nous a confié joint par téléphone Lamissa Rahman, un habitant de Maroua la principale ville de la région, qui a connu ses premiers cas officiels elle aussi.

La délégation régionale de la santé de l’extrême nord a déclaré dans cette zone urbaine, 30 cas pour 5 morts, soit un taux de décès de 17%. Le village de Bangana situé dans l’arrondissement de Guéré, dans le département du Mayo Danay, a été déclaré zone à forts risques par les autorités sanitaires. En une semaine, elle a enregistré 19 cas et 6 décès soit un taux de décès de 30%. Joseph Beti Assomo le gouverneur de cette région a convoqué une réunion de crise avec tous les acteurs impliqués dans le plan de lutte contre cette épidémie.

Le Docteur Rebecca Djaou, déléguée régionale de la santé dans l’extrême nord a déclaré que la maladie est due au non-respect des règles élémentaires d’hygiène par de nombreux ménages. Sur une population fixée par le dernier recensement général à 3 480 414 habitants, les autorités sanitaires affirment que seulement 5% d’entre eux utiliseraient effectivement des latrines et à peine 30 personnes auraient accès à l’eau potable.

Une situation qui avait été minimisée par le gouvernement

De nombreux observateurs reprochent le manque d’anticipation par les autorités en charge de la santé au cameroun. En octobre 2009 déjà, le choléra avait touché dans cette même partie du pays, 405 personnes et occasionné 65 décès. Malgré cela les autorités n’ont pas su mettre sur pied un système fiable et fort de sensibilisation des populations en vue de la prévention. Ce que dément le ministre Mama Fouda en charge de la santé publique. Nous nous réjouissons du travail collectif qui est fait par les autorités administratives, les autorités traditionnelles et nos responsables des formations sanitaires, nous pouvons dire que la situation est sous contrôle, avait-il déclaré lors d’une récente visite dans cette partie du cameroun, alors que les premiers signes de dégradation de la situation venaient de se faire sentir.

La situation semble avoir échappé au contrôle de l’Etat. De nombreux acteurs de la société civile se sont proposés d’assister le ministère de la santé face à cette grosse difficulté. La vérité c’est qu’il n’y a pas d’argent, si nous ne nous organisons pas la situation pourrait devenir incontrôlable. La maladie bénéficiant des conditions favorables n’aura aucun mal à évoluer, avait déclaré un responsable d’association dans la ville de Bogor. Face à la limitation de l’intervention de l’Etat, les populations s’organisent comme elles peuvent. A Sirak, petite ville perdue de la région de l'Extrême-Nord, l'unique école publique a été transformée en hôpital pour lutter contre le choléra.

Une mission du gouvernement attendue dans les prochains jours
Les observateurs reprochent au gouvernement face à cette maladie son attitude attentiste. La zone de l’Extrême-nord du Cameroun est fortement exposée aux maladies hydriques que sont le choléra et la dysenterie. L’accès à l’eau potable reste difficile pour une partie de la population et lorsqu’arrivent les pluies la quête vers n’importe quelle eau conduit les populations parfois à partager celle disponible avec le bétail. Le faible taux de scolarisation dans la région est aussi un handicap et le nombre de personnels médicaux ou affectés à la sensibilisation de la population reste très faible.

Selon des informations recueillies auprès des populations des localités affectées par l’épidémie, ces différents facteurs contribuent à une rapide propagation de la maladie. Les conditions précaires des populations sont les causes de la résurgence des foyers de la maladie. Les gens manquent d’eau potable et se ravitaillent dans les marigots, explique une autre habitante, commerçante à Mokolo, une des localités de cette région. Durant la saison de pluies, les mouches et autres insectes abondent, favorisant une transmission rapide. Dans les marchés, les cabarets de bière de mil rouge, ou en famille, les gens se partagent tout, une tradition qui s’avère aujourd’hui mortelle. Dans certains villages, les points d’eau et les marigots servent à ravitailler parfois tout un village.

En visite dans les régions sinistrées il y a deux mois, le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda avait pourtant remis des dons de médicaments et d’équipements dans différentes formations sanitaires. Il avait aussi prescrit que les soins soient dispensés gratuitement. De nombreux observateurs pensent que pour chasser définitivement le choléra dans l’Extrême nord du Cameroun, la seule action du ministère de la Santé publique ne suffit pas.

Il faudrait une stratégie concertée du gouvernement incluant l’éducation, l’amélioration de l’accès à l’eau et la multiplication des mesures préventives avec la collaboration permanente des collectivités concernées. Une mission du gouvernement comprenant le ministre de la santé publique et son secrétaire d’Etat, ainsi que le ministre de l’énergie et de l’eau est attendue sur place mercredi prochain.

Idriss Linge

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