11/08/2010 13:33:08
Les enfants de la rue écrivent Paul Biya
A travers « Le cri muet », un roman publié aux éditions Clé par Guillaume Nana, ils interpellent le président de la République sur leurs conditions de vie.
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 Ouvre  ta fenêtre et regarde dans la rue ! N'entends-tu pas ces grands cris qui montent dans la rue ? Pourquoi ne viens-tu pas voir de tes yeux comment nous vivons et de quoi nous souffrons ?

"Nous marchons sur la corde raide... Nous sommes seuls, jusqu'à ce que l'heure soit venue de mourir, seuls… "  C'est sur ces mots chargés d'émotion que s'achève la lettre des enfants de la rue adressée au président Paul Biya. Elle a été publiée aux éditions Clé par l'écrivain et enseignant Guillaume Nana sous l'intitulé « Le cri muet ». La lettre court sur 120 pages. 

Dans cette correspondance, les « nanga-boko » interpellent le chef de l'Etat sur leurs conditions de vie. « La misère est notre lot quotidien. La rue est notre école. Dans notre lutte pour la survie, nous nous battons, chargés d'une chaîne invisible. Toi qui peux, pense à nous », supplient-ils. Et de poursuivre : « Ne laisse pas le cordon de sécurité se refermer autour de toi. N'attends pas que tes conseillers te fassent des rapports. Ouvre ta fenêtre et regarde dans la rue ! »

Guillaume Nana  attire l'attention  des pouvoirs publics sur leur responsabilité vis-à-vis de cette couche vulnérable.  Patouki, le jeune homme de 15 ans qui porte ce message, a passé le clair de son temps à errer d'une ville à une autre. Il ne sait ni lire, ni écrire.  En a-t-il jamais eu l'occasion ?  Pour rédiger cette missive, il s'est fait aider par Wanlibélé, un vieillard solitaire. Originaire de Padama dans le Nord-Cameroun, Patouki quitte son village après le décès de ses parents. Son village est si pauvre qu'il se demande comment des hommes ont eu l'idée d'y naître et surtout d'y vivre. A 7 ans, il s'installe chez une tante. Mais, cette dernière lui fait subir des atrocités  insupportables.  Bastonné, privé de repas et d'école, il s'enfuit pour « Goro-City ». Là-bas, personne ne l'attend. Et le « nanga-boko » passe la nuit à la belle étoile, se nourrit dans la poubelle. Faut-il rebrousser chemin? A l'aveuglette, il débarque à Yaoundé, où il croit pouvoir mettre un terme à ses souffrances. Très rapidement, il se lie d'amitié avec  Gadourou, Yérima, Touloum, Bouba Kapo et Tamba. Mais, la vie à Yaoundé est difficile et la  désillusion est grande. Quand ils ont faim, les gamins mendient. Ils volent aussi.  Parfois, ils ingurgitent de l'alcool  pour oublier leurs misères. Au quotidien, ils subissent les railleries de la société. Ils sont traqués par les forces de l'ordre. C'est dans ces conditions déplorables que Bouba, l'un d'eux, se blesse à la plante des pieds et trouve la mort, faute de soins.

« Le cri muet » est la troisième ?uvre littéraire de Guillaume Nana. En 2005, il a publié  « Grains de poussière » et « André-Marie Talla ». Son ?uvre est un cri de détresse, un plaidoyer pour les sans voix, un appel à la solidarité avec ceux qui souffrent, mais aussi et surtout, une mise en garde !

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