17/08/2010 14:12:20
Ruée sur l'apprentissage du chinois au Cameroun
Depuis l’implantation du premier institut Confucius d’Afrique au Cameroun, les centres culturels chinois ne désemplissent pas sur tout le continent. A tel point qu’à Yaoundé, l’établissement peine à répondre à la demande. Enquête.
droitshumains-geneve.info
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Yaoundé, Mohamadou Houmfa/InfoSud - En 2007, lorsque le premier institut Confucius d’Afrique noire francophone a été créé à Yaoundé, lors de la venue du président Hu Jintao au Cameroun, les candidats ne se bousculaient pas au portillon. Destiné à promouvoir la langue et la culture chinoise et à stimuler la coopération bilatérale, ce centre culturel « accueillait quelques étudiants de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC), des enfants de cinq à sept ans, et une poignée d’hommes d’affaires", se souvient Pauline Zang Atangana, une enseignante camerounaise de chinois. Aujourd’hui, la structure a fait des émules : sept pôles ont été créés à travers le pays, regroupant près de 2’000 étudiants.

« Nous sommes submergés, affirme Pauline Zang Atangana. Aux businessmen s’ajoutent des cadres de l’administration camerounaise et d’autres professionnels du secteur privé, ainsi que des étudiants issus de diverses universités et le personnel de santé travaillant avec les équipes médicales chinoises. »

Sur les huit professeurs de mandarin de l’Institut Confucius de Yaoundé, cinq sont originaires de l’Empire du Milieu, alors que trois autres sont des Camerounais. Première femme enseignante de chinois au Cameroun, Pauline a obtenu une bourse du gouvernement de Pékin dès 1998, pour aller se former en Chine pendant deux ans.

Des bourses au service des intérêts chinois

« Depuis l’enfance je suis fasciné par les bandes dessinées et la culture orientale, mais je vais surtout m’inscrire à l’Institut Confucius, à la rentrée prochaine, pour ensuite suivre des études de médecine en Chine », confie le jeune camerounais Maurice Tchouta. Une ambition partagée par de nombreux autres diplômés. Chaque année, l’Etat chinois octroie un nombre réduit de bourses d’études, surtout destinées aux élèves du centre culturel et à ceux de l’IRIC, dont plus de la moitié ont choisi le mandarin comme langue étrangère, au détriment de l’allemand, du français, de l’anglais ou de l’arabe.

Les boursiers doivent toutefois s’engager à retourner au Cameroun après leur formation - qui varie entre 3 et 4 ans - pour être mis à la disposition de l’Institut Confucius. Durant l’année académique 2009-2010, la République Populaire a financé 32 bourses d’études supérieures, dont 10 du niveau baccalauréat et 22 en post universitaire. Dans des filières qui concernent de près ou de loin les intérêts chinois en Afrique Centrale, comme la médecine, l’agriculture, le génie électrique, ainsi que les télécommunications et l’informatique.

De fait, l’investissement de plus en plus massif des entreprises chinoises au Cameroun est un puissant facteur de motivation pour les locaux. « Cette année encore, les Chinois vont réaliser une dizaine de nouveaux projets au Cameroun. Pour espérer un contrat de travail avec ces entreprises, il faut sans doute parler un peu de chinois », analyse Ebénézer Djetabe, fraîchement diplômé en génie civil. Et d’ajouter : « Vu le nombre de chantiers en cours, il est clair qu’il faudra vite recruter d’autres traducteurs. Il s’agit d’une opportunité d’emploi réelle pour les jeunes. » Un argument partagé par de nombreux anciens étudiants de langue chinoise à l’institut Confucius de Yaoundé.

Désamour du français

Consciente de l’offensive linguistique chinoise, certaines organisations internationales s’activent pour promouvoir d’autres langues. Comme l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) qui implante des campus numériques francophones dans ses Etats membres. « Ces structures visent l’appropriation par les étudiants des technologies de l’information et de la communication (TIC) par le biais de formations scientifiques et techniques. Et servent aussi à assurer la diffusion du français », remarque Alexis Kwontchié, responsable du campus numérique de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) de Yaoundé.

Mais ce dernier reconnaît que nombre d’étudiants non boursiers abandonnent en cours d’année, faute de moyens : ces formations coûtent plus d’un million de francs cfa [2’100 francs suisses, NDLR]. Un désamour du français qui trouve aussi ses racines dans la politique d’immigration choisie de l’Hexagone, qui ferme de plus en plus la porte aux étudiants et jeunes diplômés. Qui se tournent naturellement vers de nouveaux débouchés, comme la Chine. Selon le site internet Sinofrance, plus de 20 millions d’étrangers apprennent aujourd’hui la langue chinoise dans le monde.

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