21/08/2010 00:15:19
Embrouilles et compagnie
La Fécafoot aurait-elle des choses à expliquer qu’une journée entière ne lui suffirait certainement pas, tellement notre football – à l’image du Cameroun - marche à différents niveaux sur la tête...
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Cette fois, c’était une bonne fuite : les médias espagnols ont tapé dans le mille en donnant avant tout le monde le nom du futur sélectionneur des Lions indomptables (Javier Clemente) et la durée de son contrat (deux ans). Les autorités camerounaises, habituées à jouer à la cachoterie avec ce dossier de recrutement d’un entraîneur national de football et qui s’étaient plu à diffuser des communiqués pour dénoncer l’activisme médiatique d’un Lothar Matthaüs par exemple, n’avaient d’autre choix que de confirmer sur le tard l’information révélée par nos confrères ibériques. La Fédération camerounaise de football (Fécafoot), en accord avec la tutelle, s’empresse d’organiser ensuite une conférence de presse ce jour, pour expliquer «le processus ayant conduit au recrutement d’un nouvel entraîneur sélectionneur des Lions indomptables». C’est du jamais vu : une conférence de presse d’explication, avant certainement une autre de présentation en fin de semaine prochaine du nouveau boss de l’encadrement technique de l’équipe nationale de football!
La Fécafoot aurait-elle des choses à expliquer qu’une journée entière ne lui suffirait certainement pas, tellement notre football – à l’image du Cameroun - marche à différents niveaux sur la tête. La conférence de presse d’explication se tient d’ailleurs peu de temps avant une réunion extraordinaire du bureau exécutif fédéral dont l’une des missions est d’adopter les textes portant réorganisation de la direction technique nationale et règlement intérieur des équipes nationales.

On pourrait ajouter que, le même jour, sera clôturé un séminaire organisé par le ministère des Sports et de l’Education physique à l’intention des présidents de fédérations sportives nationales, où il est notamment rappelé ou enseigné à ces derniers les méthodes de fonctionnement et de gestion d’une organisation sportive, les techniques de programmation des activités... Autant dire que la grosse décision qu’on attendait a été prise alors que le chantier de la réorganisation interne de certaines structures de notre football, telles que la Dtn ou l’organigramme des sélections nationales, était encore en cours. Il y a au moins dol sur les procédés !
Il faut pourtant reconnaître à l’exécutif actuel de la Fécafoot d’avoir déjà fait énormément bouger les choses dans une maison qui s’encroûtait dans des méthodes moyenâgeuses de gestion, dans le sous-sol poussiéreux du vétuste stade Ahmadou Ahidjo. Il a quelque peu secoué ses propres procédures administratives et relifté ses compétitions, a réussi à attirer des partenaires et sponsors qui lui donnent les moyens de son ambition et d’une réelle autonomie. Malgré quelques ratés spectaculaires en cours de route, la fédération a ainsi maintenu le cap d’une réelle modernisation. Seulement, si elle a mauvaise presse aujourd’hui, elle ne l’a pas volée : c’est dû autant aux mauvais résultats des Lions indomptables qu’à ses propres choix stratégiques et politiques difficilement défendables ; et aussi à une communication régulièrement brouillée.

Quelle belle explication la fédé, sous le contrôle et une harmonieuse collaboration de sa tutelle, pourra-t-elle donner aujourd’hui pour convaincre les Camerounais de la pertinence de continuer à puiser dans leur pauvre argent pour payer un entraîneur expatrié des Lions indomptables ? Le petit orgueil qui pouvait jaillir du torse de nos décideurs, du fait qu’en se tournant vers l’Espagne ils démontrent qu’ils peuvent s’affranchir de nos anciens maîtres français, est vite noyé par la diffusion de cette nouvelle par les médias étrangers, une preuve comme une autre que ces décideurs sont loin de maîtriser tout le processus qui a abouti au recrutement de Javier Clemente.

Après avoir caché de manière absurde la liste des joueurs convoqués pour le dernier match amical des Lions indomptables, après avoir sanctionné clandestinement certains joueurs de l’équipe nationale en liaison avec les événements de la Coupe du monde 2010, après avoir étonnamment mis deux mois pour trouver un successeur à Paul Le Guen, après avoir manqué d’audace et de préférence nationale pour confier l’encadrement technique de la sélection à un digne fils du Cameroun à l’heure où s’ouvre un nouveau cycle de la vie des Lions indomptables, après avoir été grillées dans l’annonce du choix qu’elles ont finalement arrêté, les autorités du football camerounais auraient sans doute gagné, au lieu de répondre à une demande d’explications publique qui ne leur a pas été servie, à renforcer leurs prières pour que les Lions indomptables retrouvent rapidement l’esprit de vainqueurs. Car seuls les résultats, qui sont l’arbre qui cache souvent la forêt, mieux que les beaux discours et les explications de textes, permettent souvent d’oublier les nombreux impairs de la classe dirigeante du sport-roi camerounais.

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