23/08/2010 14:20:23
Les occupants de l'immeuble Shell défient le Premier ministre
Dans un communiqué signé du délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna, le Premier ministre ordonnait « la fermeture au public de l’Immeuble Shell Concorde pour des raisons de sécurité».
Le Messager
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Dans un communiqué signé du délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna, le Premier ministre ordonnait « la fermeture au public de l’Immeuble Shell Concorde pour des raisons de sécurité». Selon les termes de cette instruction, les occupants de l’immeuble appartenant à l’ex-Office national de commercialisation des produits de base (ONCPB) avaient jusqu’à ce jour, 23 août 2010 pour décamper. Rendu dans ce bâtiment qui jouxte les bureaux régionaux de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) pour le Centre sis à l’avenue Kennedy, il n’en est rien. Jusqu’à hier 22 août 2010, les locataires installés au rez-de-chaussée de l’immeuble sont surpris que l’échéance soit arrivée à terme. Après un calcul rapide, Alexandre Mbah, vendeur de téléphones portables installé dans ce qui devrait tenir de parking, se rend compte qu’il y a exactement 60 jours qu’ils avaient été sommés de quitter le bâtiment. Et donc devraient avoir pris des dispositions pour libérer les lieux.

Mais comme lui, de nombreuses personnes qui tiennent des commerces dans le hall n’envisagent même pas de quitter cet endroit. « Nous savons que le gouvernement va nous faire une rallonge, car le délai de deux mois fixé était très court pour avoir une installation commerciale ailleurs », fulmine un « dépanneur » de portables. Il est rejoint par un de ses collègues qui pense que le fait qu’on soit venu lui réclamer le paiement mensuel du loyer est la preuve que le déguerpissement n’est pas pour demain. Il complète cette argumentation par le fait que la phase terminale de la construction d’une nouvelle station service est amorcée à la façade gauche du bâtiment. Ce, en toute indifférence de la décision du gouvernement.

« Où voulez vous qu’on aille ? »

Plus haut entre le premier et le huitième étage, quelques bureaux sont ouverts malgré le jour férié qu’est le dimanche. Ce sont essentiellement des locaux occupés par quelques cabinets spécialisés en divers domaines comme le droit, l’architecture et le marketing. Mais surtout de quelques titres de la presse nationale. Pour quelques-uns, l’heure est au bouclage des journaux. Ils sont également surpris de savoir que le délai d’occupation de l’immeuble Shell est « forclos. On attend voir ce que nous réserve Tsimi Evouna », se contente de dire un employé au fourneau.

Plus haut à partir du neuvième étage qui sert d’habitation, c’est l’air en colère que les occupants accueillent le reporter de Le Messager. « Où voulez-vous qu’on aille ? », interroge une dame qui vient de se rendre compte de l’objet de la visite de son interlocuteur. Sans attendre de réponse, elle renchérit : « Est-ce que le délai du gouvernement était conséquent ?». Décrivant ainsi l’état d’esprit des voisins qui vivent pourtant en plein centre ville Yaoundé sans eau courante, mais bien déterminer à y rester.

Du côté de la Communauté urbaine de Yaoundé, les responsables se contentent de dire qu’elle se trouvera dans « la pénible obligation de les amener à faire appliquer la décision » du Premier ministre. En outre, au moment de la diffusion du communiqué de Gilbert Tsimi Evouna, il était question de procéder au déguerpissement des occupants de l’immeuble Shell pour des raisons sécuritaires et des travaux de mise en conformité. Il devait s’agir selon Yimgaing Moyo, président de l’Ordre des architectes du Cameroun « de changer le dimensionnement des circulations à l’intérieur de l’immeuble. Car les normes utilisées à l’époque de sa construction sont dépassées et il faut les revoir ».

L’immeuble Shell situé en plein cœur du centre commercial de Yaoundé est occupé d’innombrables boutiques spontanées, débits d’alcool, gargotes de fortunes, des vendeurs à la criée et autres badauds. Ils retrouvent à cet endroit (dont le degré d’insalubrité se mesure à l’arrière du bâtiment) ceux qui y ont élu domicile tous les matins. Dans la cage d’escaliers, difficile d’identifier fidèlement la couleur de la peinture, tellement les couches de crasse se succèdent, s’amoncellent et se juxtaposent. Malgré ce triste tableau, personne ne veut le quitter.

Rodrigue N. TONGUE

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