26/08/2010 12:25:47
Ce qui se cache derrière le retour de Fidel
Après avoir été absent de la scène publique pendant près de quatre ans, le vieux dictateur multiplie les apparitions. L’éditorialiste Andres Oppenheimer tente d’en décrypter les raisons.
courrierinternational
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

http://www.courrierinternational.com/files/imagecache/article/illustrations/article/2010/08/1033/2508-Castro.jpgLa perplexité règne chez tous ceux qui suivent l’actualité cubaine et qui voudraient savoir ce que Fidel Castro est en train de tramer.

Depuis le mois dernier, où il a fait sa première apparition publique depuis quatre ans, le dictateur cubain officiellement à la retraite, qui a fêté ses 84 ans le 13 août, n’a cessé de se montrer en public et de monopoliser les gros titres. S’affirmant totalement guéri de la maladie intestinale qui l’avait contraint en 2006 à déléguer la présidence à son frère, le général Raúl Castro, Fidel a fait plus d’une dizaine de sorties en public depuis qu’il a été photographié, le 7 juillet, lors d’une visite au Centre national de recherche scientifique.

Chercherait-il à saper l’image de son frère, ou au contraire à l’aider ? Il existe au moins cinq théories autour de ce retour inopiné de Fidel sous les projecteurs.

Théorie n° 1
Il le fait pour envoyer un message fort aux Cubains, y compris à son frère Raúl, selon lequel il ne faut pas dévier de l’orthodoxie communiste au moment où les problèmes économiques de l’île incitent beaucoup de Cubains à envisager des réformes économiques libérales.

Théorie n° 2
Fidel Castro fait son retour sur la scène publique pour manifester son soutien à son frère et pour envoyer un message à la frange la plus intransigeante du Parti communiste cubain afin qu’elle soutienne les réformes économiques limitées proposées par Raúl. “En se rendant aussi visible, Fidel envoie un message à la ligne la plus dure du Parti : ‘Je suis lucide, je tiens la barre, je suis au courant de ce qui se passe dans le monde, et je refuse qu’on fasse quoi que ce soit contre Raúl’”, estime le dissident cubain Guillermo Fariñas, en convalescence chez lui à Santa Clara après une grève de la faim de 135 jours.

Théorie n° 3
Il cherche à attirer l’attention de la presse internationale pour éclipser la nouvelle de la mort du prisonnier politique Orlando Zapata Tamayo et les manifestations de dissidents qui ont suivi. Jusqu’à la réapparition du Líder Máximo, le traitement journalistique international de Cuba se résumait à la mort de Zapata Tamayo et aux manifestations. Désormais, la presse ne parle plus que de Fidel.

Théorie n° 4
Il cherche à attirer l’attention de la presse internationale pour la détourner du récent accord passé entre le régime cubain et l’Eglise catholique en vue de la libération de cinquante-deux prisonniers politiques, dont vingt et un ont été relâchés (ou plutôt forcés à l’exil). En plus de chercher à détourner l’attention mondiale des dissidents, Fidel Castro s’efforce aussi de détourner l’attention des Cubains, pour éviter qu’ils n’interprètent les récentes libérations de prisonniers politiques comme un signe d’affaiblissement du gouvernement, ce qui risquerait d’encourager les opposants pacifiques à intensifier leurs manifestations.

Théorie n° 5
C’est une question d’ego. Fidel Castro, grand champion du narcissisme-léninisme, ne supportait plus de jouer le rôle d’éditorialiste invisible sur les questions internationales auquel il était cantonné depuis quatre ans. Il sent aujourd’hui que sa santé s’est améliorée, et il n’a pu s’empêcher de faire un grand retour retentissant.

A mon avis, il y a sans doute du vrai dans chacune des cinq théories, mais je crois que l’hypothèse la plus proche de la réalité est une combinaison des trois dernières. Ce n’est pas une coïncidence si la première apparition publique de Fidel Castro a eu lieu le 7 juillet, le jour même de l’annonce par l’Eglise cubaine de l’accord conclu avec le régime sur la libération de prisonniers politiques. Il n’y a pas de hasard non plus dans la date de la première réapparition de Fidel à la télévision cubaine – le 12 juillet –, quelques heures à peine avant que le premier groupe de détenus libérés n’arrive en Espagne et ne commence à raconter au monde entier les horreurs des prisons cubaines.

Andrés Oppenheimer

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE