21/01/2016 05:24:57
Cameroun – Inertie: Les invisibles du Gouvernement
Dans la galaxie Biya, que d'aucuns appellent avec humour la « Popolie », la longévité à un poste de responsabilité tient souvent a peu de choses : travailler ou pas et faire le mort.

TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Dans le gouvernement Yang III et avant lui, beaucoup de ministres, ministres délégués ou secrétaires d'Etat donnent le sentiment d'avoir compris que pour durer, il faut se mettre peu à la tâche, ne pas prendre de risque, communiquer peu ou pas du tout.
A ceux qui leur rétorquent que le président de la République demande d'oser, de procéder à des reformes, d'être plus efficace ou de prendre des distances vis-à-vis de l'inertie, des membres du gouvernement, pour justifier leurs postures, déroulent la longue liste des ministres réputés dynamiques, qui ont été sortis sans ménagement du gouvernement, alors que l'imagerie populaire les prédestinait à une longue carrière dans « le saint des saints ».
Dans la présente somme, Mutations vous propose un kaléidoscope non exhaustif (la métaphore d'une équipe de football est adoptée) des ministres, ministres délégués et secrétaires d'Etat, qui, pour une raison ou pour une autre, passent pour des

invisibles du gouvernement. Le lecteur constatera que tous ne sont pas nécessairement inactifs, mais en fins connaisseurs du code Biya et des rouages propres à l'administration camerounaise, ils préfèrent « vivre cacher pour être heureux ». A dessein, la rédaction a intégré les ministres délégués et secrétaires d'Etat, dans ce dossier, car dans sa communication spéciale au cours du dernier conseil ministériel au palais de l'Unité, le président de la République, Paul Biya, a bien déclaré : « Il sera tout aussi nécessaire de veiller, au sein des ministères, à une meilleure organisation. Je pense à cet égard à une meilleure implication des ministres délégués et des secrétaires d'Etat ». Bonne dégustation !

Koulsoumi Alhadji Boukar : La négociatrice de l'ombre
Yaouba Abdoulaye : Le chevalier du Diamaré
Pierre Hele : L'arme de la discrétion
Dr Taïga : La carpe du Mayo-Kani
Nana Aboubakar Djalloh : 20 ans dans l'ombre
Marie Rose Dibong : Tant d'expériences gâchées
Dooh Jérôme Penbaga : Le geôlier discret
Zacharie Perevet : Le code Biya comme livre de chevet
Pauline Irène Nguene : Le social n'aime pas le bruit ?
Bello Bouba Maïgari : Comme un touriste égaré
Ernest Gbwaboubou : S'effacer pour durer

Koulsoumi Alhadji Boukar : La négociatrice de l'ombre
Koulsoumi Alhadji Boukar, secrétaire d'Etat auprès du ministre des Forêts et de la Faune (Minfof) a tout de suite annoncé la couleur lors de son entrée au gouvernement le 09 décembre 2011. Faire preuve de «beaucoup de retenue, attitude qui caractérise les femmes d'obédience musulmane, tout en agissant et en soutenant le Minfof, Ngole Philip Ngwese». C'est donc à dessein que cette dame originaire du département de la Vina dans l'Adamaoua évolue, dans l'ombre. Celle que les collaborateurs qualifient d'intransigeante, s'est engouffrée dans la transaction dans le domaine forestier. Ce vocable qui donne la possibilité aux opérateurs économiques indélicats frappés d'amendes de payer des frais pour l'infraction commise plutôt que d'aller devant les tribunaux.
L'arrangement à l'amiable avec les opérateurs économiques est un pan dans lequel cet inspecteur des régies financières se sent à l'aise. Dans la mesure où l'amélioration des recettes de l'Etat a toujours été son terrain de chasse. Déjà lorsqu'elle était tour à tour inspecteur vérificateur, inspecteur provincial, chef de brigade des enquêtes fiscales, avant d'atterrir à la division des affaires économiques à la présidence de la République. D'après les dires des employés du Minfof, depuis l'arrivée de Koulsoumi Alhadji Boukar (48 ans- plus jeune membre du gouvernement) au ministère des Forêts, les recouvrements au titre des ventes aux enchères publiques des bois saisis et au titre des amendes, ont connu un bond en avant. Ces recettes sont passées de 200 millions de Fcfa en 2009 à 3 milliards en 2015. Cette diplômée de l'Ecole nationale d'administration et de la magistrature (Enam), loin des projecteurs seraient pourtant redouté des forestiers «ils disent qu'avec elle, il vaut mieux éviter d'essayer de la convaincre quand on est en infraction, elle est rigoureuse. Il faut se préparer à payer ses amendes», raconte un agent du Minfof.

Yaouba Abdoulaye : Le chevalier du Diamaré
Posté sur le site internet du ministère de l'Economie, de la Planification et  de l'Aménagement du territoire (Minepat), le curriculum vitae (Cv) du ministre délégué au Minpladat (du 22 septembre 2006 au 07 septembre 2007), puis au Minepat (07 septembre 2007 à ce jour) fait exactement 11 pages. A la lecture du document, cet ingénieur agroéconomiste passe pour un bourreau du travail, même s'il n'est pas familier des objectifs des cameras.
Au chapitre « expérience professionnelle au gouvernement », Yaouba Abdoulaye (59 ans) explique son « dynamisme » par sa participation « active » aux conseils de cabinets, aux conférences budgétaires, aux conférences interministérielles, ses tournées et visites à l'intérieur et à l'extérieur du pays, sa participation à trois conseils ministériels au Cameroun.
Ce chevalier du mérite camerounais (2001), qui ne cache pas sa proximité avec le vice-Premier ministre Amadou Ali, se vante également de sa « veille intellectuelle et technologique permanente » au sein du Minepat. Il dit avoir régulièrement formulé à la hiérarchie des propositions visant à améliorer le fonctionnement et l'efficacité du Minepat et son impact sur le développement du Cameroun.
Président du Comité de pilotage de la stratégie de développement du secteur rural depuis 2006, Yaouba Abdoulaye, dont la dernière note professionnelle (mentionnée dans le Cv) est de 19/20, brandit, comme un trophée, sa « meilleure connaissance des hommes et de la bureaucratie camerounaise ainsi que des forces et faiblesses des administrations, des circuits de prise et de mise en œuvre des décisions ». Au Minepat, les fonctionnaires qui trouvent le coordonnateur du bureau exécutif du Conseil des élites du Diamaré  « débonnaire » et « désinvolte » le savent-ils seulement ?

Pierre Hele : L'arme de la discrétion
Pierre Hele fait son entrée au gouvernement comme ministre de l'Urbanisme et de l'Habitat, après y avoir séjourné, entre novembre 1979 et février 1984, comme vice-ministre des Finances puis comme ministre de l'Éducation nationale entre février et juillet 1984. Cet ancien militant de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), passé au Rdpc, est aujourd'hui le ministre de l'Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (Minepded).  Le tout premier chef de ce département ministériel. Un ministère très peu connu des Camerounais, comme le reconnaît un chef de service. Aussi peu connu que son ministre. Heureusement il y a eu la campagne (foireuse) contre les emballages plastiques non biodégradables. « C'est cette campagne là qui nous a révélé aux Camerounais mais jusqu'ici beaucoup ignorent même encore à quoi sert vraiment notre ministère », se désole une source dans ce département ministériel.
Si à l'extérieur son action est peu visible, en interne, le natif du département du Mayo Kani dans la région de l'Extrême-Nord semble être, à en croire quelques collaborateurs, au service de son personnel. « Il se soucie de tout le monde, que se soit des agents des services centraux ou des services déconcentrés. Il y a une mobilité du personnel. Le ministre fait confiance à la jeunesse», relève une source interne au ministère. L'exécution presque complète de son budget est aussi une preuve, au sens d'un chef de service de ce département ministériel, que Pierre Hele est un homme d'action plutôt que de parole.
Administrateur civil diplômé de l'École nationale d'administration et de magistrature (Enam), Pierre Helé est présenté comme un homme austère. « C'est d'ailleurs pour cela que c'est difficile pour moi de vous parler de lui en tant que homme », confie un chef de service au Minepded. Toutefois, ce dernier est sûr d'une chose,« il a le tempérament que le président de la République aime. C'est un homme discret et réservé», croit savoir un collaborateur.

Dr Taïga : La carpe du Mayo-Kani
Il n'est pratiquement pas visible dans les médias. Pourtant, au ministère de l'Elevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia) dont il a la charge, l'on attribue certains faits d'armes au Dr Taïga. Ce fils Toupouri du département du Mayo-Kani dans la région de l'Extrême-Nord, né le 19 avril 1960 à Ngaoundéré (région de l'Adamaoua) a rendu effectif l'estampillage de la viande vendue au marché. Une mesure qui contribue à limiter la vente des bêtes abattues clandestinement.  Même le mouvement de grève des bouchers de Douala qui a sevré les ménages de la viande de bœuf les 06 et 07 janvier dernier ne change pas le sentiment des collaborateurs du Minepia qui le présentent comme celui qui a brisé le mur de silence qu'avaient dressé ses deux derniers prédécesseurs.
L'un de ses collaborateurs rappelle les activités marquantes de ce Dr vétérinaire hors échelle.  « En octobre 2014, le ministre  a co-organisé, avec l'Interprofession avicole, le tout premier salon international de l'aviculture à Yaoundé. Un évènement qui avait drainé des éleveurs du Cameroun et d'autres pays comme la Tchad, la République centrafricaine, la France, les Etats-Unis, etc. » Une autre ajoutera que  pour peaufiner cette expérience, Dr Taïga a assisté en février 2015 au Salon international de l'agriculture de Paris en France.
Au-delà du ministère, il s'est aussi fait remarqué dans une tentative de règlement d'une crise sociale à Lagdo où il se trouvait en septembre 2015, pour le démarrage officiel d'un projet piscicole. Même s'il a été boudé par des populations de Lagdo, qui lui ont brandi  des banderoles revendiquant l'implication du gouvernement dans les négociations pour la libération des leurs faits otages sur la route de Garoua Boulaï.
Pourquoi donc classer le Dr Taiga parmi les invisibles du gouvernement ? Des collaborateurs du Minepia lui trouvent chacun une excuse : « Le patron n'aime pas s'exposer ». Ou encore : « Le ministère n'a pas des moyens suffisants pour payer des espaces dans les médias », apprend-on. Des sources proches de la cellule de communication estiment plutôt que Dr Taïga communique comme il se doit. « Ses activités sont régulièrement relayées par les médias qui le désirent ».  D'autres collaborateurs du Dr Taiga pensent plutôt que sa formation d'ermite dans les écoles primaires catholiques à Ngaoundéré, à Garoua et à Douala peut aussi expliquer cette discrétion qui ne rend pas toujours hommage au travail qu'il abat.

Nana Aboubakar Djalloh : 20 ans dans l'ombre
Cela fait plus de 20 ans (1997) qu'il est dans le gouvernement. Mais très peu de Camerounais connaissent réellement Nana Aboubakar Djalloh, l'actuel ministre délégué auprès du ministre de l'Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (Minepded).  «Le Mindel» – comme on l'appelle dans ce département ministériel – est chargé d'assister le ministre dans l'élaboration, la coordination et le suivi de l'exécution de la politique nationale en matière d'environnement. «Le ministre lui confie des missions. Il les fait, c'est tout», indique une source autorisée au Minepded.
Autrement dit, Nana Aboubakar Djalloh ne fait qu'obéir aux ordres de son «boss». Mais un ministre délégué n'est-il pas chargé d'un «dossier précis» au sein d'un ministère, même si cela se fait souvent sous l'autorité d'un ministre ? «Il n'y a qu'un seul patron : c'est le ministre. Le reste, ce sont des collaborateurs», rétorque notre interlocuteur sous le couvert de l'anonymat. A croire que le Mindel est condamné à évoluer dans l'ombre du Minepded, Hele Pierre. Loin des projecteurs…
Militant de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (Undp), Dr Nana doit son long bail au gouvernement à l'alliance qui unit son parti depuis 1997 au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le parti au pouvoir. Dans l'Adamaoua, son bastion électoral, il brille par le même effacement qu'au Minepded.

Marie Rose Dibong : Tant d'expériences gâchées
Très souvent, voire toujours, à la fin de chaque séance de travail du ministre de l'Habitat et du Développement, Jean Claude Mbwentchou, c'est son secrétaire général qui répond aux questions des hommes de médias en apportant des éclairages sur tel ou tel aspect évoqué. Bien présente, mais effacée à cette phase de la cérémonie, Marie Rose Dibong ne parle pas. Elle n'est pas un meuble dans ce département ministériel. Elle est tout de même Secrétaire d'Etat chargée de l'Habitat !
Pourtant, Marie Rose Dibong  a beaucoup de choses à dire sur la question. Elle n'est pas étrangère dans ce domaine. Avant sa nomination à ce poste le 9 décembre 2011, elle avait passé un peu plus de 10 ans comme directeur général adjoint du Crédit foncier du Cameroun (Cfc). Là-bas, il est vrai qu'elle n'a pas souvent été aidée par son chef hiérarchique, qui ne lui laissait aucune marge de manœuvre ; notamment Joseph Edou, qui ne lui permettait même pas d' «inaugurer les chrysanthèmes».
Avant de déposer ses valises au Cfc, elle était conseiller technique au ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat. Un poste aussi stratégique que technique. Avec sa nomination comme secrétaire d'Etat à l'Habitat, c'est un retour à la case départ pour l'informaticienne de formation. Comment comprendre donc que celle qui a été désignée présidente de la commission pour arrêter et proposer au gouvernement les modalités d'éligibilité et de vente des 1675 premiers logements sociaux déjà disponibles à Olembé, et construits dans le cadre du projet gouvernemental de 10 000 logements à l'horizon 2015 soit désespérément aphone ? Cette discrétion constante et permanente de la Présidente du mouvement des femmes de l'Union nationale pour la Démocratie et le Progrès (Undp) ne valorise pas la gent féminine, non adepte du gender pour le gender.

Dooh Jérôme Penbaga : Le geôlier discret
Présent au gouvernement depuis le 09 décembre 2011, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Justice, chargé de l'Administration pénitentiaire est un homme dont la discrétion n'a d'égale que l'atmosphère qui règne dans le ministère où il officie. « Il faut le comprendre. Il a devant lui un ministre d'Etat et un ministre délégué. Sur le plan protocolaire, il apparait seulement en troisième position, sans compter qu'il y a un secrétaire général qui est la cheville ouvrière du ministère », tente d'expliquer un cadre du ministère de la Justice. Cela n'empêche que Dooh Jérôme Penbaga, qui a en charge un secteur sensible et important comme l'administration pénitentiaire, brille par son absence sur le terrain. Quasi inexistant sur le champ médiatique, c'est à peine si son nom et sa fonction sont connus même dans le voisinage de l'immeuble où il travaille.
Ces dernières descentes sur le terrain remontent au lendemain de sa nomination. L'ancien attaché à la présidence dont l'arrivée au secrétariat d'Etat auprès du garde des Sceaux tient plus d'une récompense électorale et d'un clin d'œil aux populations de l'arrondissement de Bali, qui ont offert au Rdpc, sa seule commune du département de la Mezam, dans le Nord-Ouest, subit, selon des sources dans son administration, l'omniprésence du ministre d'Etat qui est sa tutelle. Même la flopée de rapports des Ong opérant dans le domaine du respect des droits de l'Homme en milieu carcéral, et pas toujours en faveur du gouvernement, ne le fait pas sortir de sa réserve qui frise la léthargie. Toutes les décisions concernant son milieu de compétence sont prises ailleurs. Telle que la construction d'une nouvelle prison dans la banlieue de Yaoundé. Le litige foncier qui y a résulté ne l'a pas amené à rectifié son fonctionnement. Il en est de même des plaintes de ses collaborateurs qui vivent au quotidien, des  situations difficiles et précaires dans les prisons. La curiosité de l'histoire réside dans les prix que certains confrères de la presse nationale lui attribuent. Sur la base de quels critères ? Est-on tenté de se demander.

Zacharie Perevet : Le code Biya comme livre de chevet
Dans le répertoire des ministres les plus en vue du Cameroun, le nom de Zacharie Perevet n'y figure pas. Certains disent sans ambages que le ministre de l'Emploi et de la formation professionnelle, depuis le 8 décembre 2004, est effacé. « Où est le problème, il n'est pas une star de cinéma ou de la chanson pour être vulgaire. Que préférez-vous : un ministre très actif qui se plante tout le temps ou un ministre réservé qui travaille ?», lance, courroucé, un collaborateur de cet ingénieur agronome né vers 1957. Selon ses collaborateurs, ce  natif de Koza dans le Mayo-Tsanaga, (Extrême –Nord), où il a perdu la dernière élection municipale, est un homme très réservé.
« Il aime beaucoup son travail et tient tout le temps  des réunions ou fait des descentes sur le terrain notamment sur les travaux de construction des écoles professionnelles d'excellence issue de la collaboration Cameroun-Corée. Pour les défenseurs de ce ministre qui semble avoir bien étudié le code Biya, sa réserve ne fait pas de lui un homme amorphe. « Il sait remonter les bretelles  à ses collaborateurs loin des micros et cameras », révèle un autre cadre du Minefop. A la suite d'un énième mouvement de grève observé sur le site du projet Memve'ele en septembre dernier, cet homme à l'élocution laborieuse a sommé les responsables de l'entreprise chinoise Sinohydro, constructrice de l'ouvrage, de se conformer impérativement à la réglementation en vigueur, en matière de recrutement des nationaux. En 2011, il prescrivait aux chefs d'entreprises publiques ou privées, ainsi que les promoteurs des organismes de placement tant publics que privés de publier à travers les canaux légaux de communication les informations relatives aux postes vacants au sein de leurs structures. Des mesures qui visiblement ne sont pas appliquées.
Dans sa publication du 18 septembre dernier, un journal de la place indiquait de ce chrétien engagé a un redoutable sens de l'humour: « Lors d'une visite de travail à Kribi, et parce que redoutant son maintien au gouvernement, il a déposé sa demande d'emploi à Hevecam en lançant : dès que je suis compressé, c'est ici que je viens travailler», relate ce canard.
Sauf que dans ce département ministériel, où l'on présente le patron des lieux comme un travailleur acharné, la note administrative la plus récente affichée sur le babillard date de novembre dernier. De plus, ce mardi 19 janvier 2016, de nombreux bureaux sont déserts ou tout simplement fermés. Chose cureuse dans un« univers de bosseurs ».

Pauline Irène Nguene : Le social n'aime pas le bruit ?
Depuis le 02 octobre 2015, Pauline Irène Nguene est la patronne du ministère des Affaires sociales (Minas). Certains analystes avaient  bien accueilli le départ de son prédécesseur  Catherine  Bakang Mbock, qu'ils jugeaient assez amorphe face aux situations devant lesquelles la réaction du Minas était naturellement attendue.
Pour rehausser l'image de ce ministère dont elle a désormais  la charge, la Minas a opté pour un travail inclusif. « Elle délègue les tâches à ses collaborateurs tout en supervisant », explique une source de cette structure. «Le social ne s'évalue pas uniquement  en terme de bâtiments ou d'actions visibles. La ministre  travaille énormément sur les questions de  prévention, d'assistance et de protection des personnes socialement vulnérables», indique un cadre du Minas. Bien que peu présente sur la scène médiatique, la quinquagénaire originaire du département du Nyong-et-Kelle, région du Centre a une feuille de route bien chargée.
Au cours de ses 100 premiers jours au gouvernement, elle a mené des actions reparties en deux plans dont le structurel et le conjoncturel. Dans le premier, elle a tenu une séance de  travail pour la remobilisation du personnel en facilitant leur accès à certains droits réglementaires. Et sur le second, elle a demandé l'accélération des travaux du  Centre de réhabilitation des personnes handicapées de Maroua dans le but de doter la partie septentrionale mais aussi les pays voisins d'un véritable établissement de prise en charge des personnes en situation de handicap.
Lutter contre les fléaux sociaux dans un contexte de menace globale du terrorisme est également inscrit dans l'agenda de  la présidente du Conseil d'appui à la réalisation des contrats de partenariats (Carpa). Et à cet effet, en janvier 2015, elle a poursuivi la campagne nationale de la lutte contre ces maux lancée en 2014. Cependant, pour des observateurs, Irène Nguene, qui a été sortie de l'ombre pour la lumière le 2 octobre dernier, gagnerait à s'adapter à se départir de son passé, qui lui imposait la discrétion et le silence.

Bello Bouba Maïgari : Comme un touriste égaré
En consultant le site internet du ministère du Tourisme et des Loisirs, l'internaute tombe inévitablement sur ce slogan placé à sa Une : « Le Cameroun présente une mosaïque de paysages et de cultures. Pour découvrir le continent africain, la meilleure porte d'entrée est sans nul doute le Cameroun. De l'Océan Atlantique aux confins du lac Tchad, dix régions constituent ce pays qui mérite son titre d'eldorado touristique ». Cette formule se rapproche d'autant plus de la réalité que, sans investissement particulier dans le domaine touristique local et en dépit du contexte d'insécurité, le pays est parvenu à enregistrer environ 900.000 touristes en 2015.
A la vérité, l'année écoulée a prolongé une série de contre-performances, année après année du secteur touristique camerounais qui, en dépit de l'immense potentiel dont se vante la classe dirigeante et que lui envient les plus grandes destinations touristiques de la planète, continue de contribuer à 3% (seulement !) à l'économie nationale. Selon une étude publiée il y a environ trois ans, un touriste qui passe neuf jours sur le territoire camerounais dépense en moyenne 1,2 million F Cfa. Ces dépenses incluent, entre autres : plage, voyage culturel et huit nuitées. C'est dire que, à la veille d'échéances sportives comme la Coupe d'Afrique des nations (Can) féminine de 2016 et celle masculine de 2019, le ministre du Tourisme et des Loisirs, Bello Bouba Maïgari, devrait déjà être à pied d'œuvre dans la construction ou la réhabilitation d'infrastructures qui permettraient au Cameroun de faire le maximum possible de recettes inhérentes à ce type d'événements dans le domaine du tourisme.
Malheureusement, l' « éternel ministre d'Etat » continue à tenir ce département dans un effacement inexplicable. Un peu comme si le maître des céans était un touriste égaré. Maintenu au sein du gouvernement au fil des remaniements ministériels, grâce à une plateforme gouvernementale signée avec le Rdpc en 1997, le président national de l'Undp a appris à « manger et à se taire », pensent certains de ses collaborateurs. Cela lui permet-il aussi de maintenir inerte ou presque un secteur qui devrait, en temps normal, être un gisement d'emplois et de richesses pour le pays ? Au sein de ce ministère, d'aucuns en sont même à regretter le ministre Baba Hamadou, qui, en dépit de la maigreur de l'enveloppe consacrée au Mintoul, faisait bouger des lignes.
A moyen terme, le Cameroun ambitionne d'atteindre le chiffre de 7 millions de touristes chaque année, dont 6 millions d'internes et 1 million d'étrangers. Cette ambition contenue dans le Document de stratégie pour la croissance et l'emploi (Dsce) demeure, malheureusement, une incantation, à quatre ans de 2020.

Ernest Gbwaboubou : S'effacer pour durer
Difficile de dire que depuis son installation  le 05 octobre dernier au poste de ministre des Mines, de l'Industrie, et du Développement technologique (Minmidt), Ernest Gbwaboubou a passé le temps à se tourner les pouces. Tant l'activité – quoique peu médiatisée – de ce ministre d'extraction modeste plaide pour lui. Morceaux choisies : le 04 janvier dernier le Minmidt a accordé une audience à la délégation chinoise Sinosteel Cam Sa  intéressée par le minerai de fer de la Lobe. Le 22 décembre 2015, il a signé, au nom du Cameroun, l'accord révisé de Bangui qui a institué en 1977 l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi). Le 18 décembre, il s'est entretenu avec la délégation de la société Hydromie venue lui présenter l'état d'avancement du projet de développement du barrage hydroélectrique de grand Eweng sur le fleuve Sanaga et le réseau de transport interconnecté.
Si cette énumération, loin d'être exhaustive, surprend a priori, c'est surtout parce que les actes posés par cet administrateur civil depuis son entrée au gouvernement Yang III, sont quasiment inconnus du public. Tout semble se passer comme si cet ancien directeur de l'économie sociale au ministère des Petites et Moyennes entreprises, de l'Economie sociale et de l'Artisanat, avait compris que pour faire carrière lorsqu'on est admis dans un gouvernement du Renouveau, il faut éviter les projecteurs et faire le mort. Une logique qui convient bien au caractère discret de ce fils de catéchiste. Après tout, cette stratégie a fait et continue de faire le bonheur de certains de ses collègues.
Administrateur civil, Ernest Gwaboubou a passé quatre ans au poste de directeur de l'économie au Minpmeesa (2011-2015). Il a été délégué régional de la Fonction publique pour le Centre en 2011.

Dossier réalisé par la rédaction: Nadine Guepi, Georges Alain Boyomo, Aïcha Nsangou, Adrienne Engono Moussang, Patricia Ngo Ngouem, Priscille G. Moadougou, Georges Parfait Owoundi, Mélanie Ambombo, Paulette Ndong, Yanick Yemga, Jean De Dieu Bidias



Camernews.com

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE