31/08/2010 12:12:19
Facture des importations: un trou de 700 milliards à combler
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Le ministère de l’Economie a publié une étude qui donne un catalogue de mesures à mettre en œuvre pour résorber l’important déficit de la balance courante et financer conséquemment la stratégie nationale de développement.

Comment réduire substantiellement la facture des importations pour disposer des financements nécessaires à la poursuite des objectifs de croissance du Cameroun ? La question, vieille de plusieurs décennies au pays, connait un début de réponse, du moins sur le plan théorique, avec cette étude publiée sur Internet par le ministère de l’Economie (Division des analyses et des politiques économiques), sur l’ampleur du déficit et les mesures possibles de soutien à la balance de paiements au Cameroun.

Selon le Minepat, « il ressort de cette analyse que l’économie camerounaise est en perte de compétitivité et les conséquences futures sont inquiétantes notamment en ce qui concerne la capacité à court terme de couvrir ses importations, mais aussi la réalisation de son programme d’investissement. La persistance de ces déficits conduirait à une modification des sentiers de croissance tels que prévus dans les documents cadres que sont la Vision 2035 et le DSCE, et partant entraverait l’atteinte des objectifs de développement fixés ».

Cette étude dresse donc un diagnostic des importations des biens et services au Cameroun, pour constater que l’ampleur des effets de ces crises successives et des politiques peu incitatives, sur le solde commercial du pays depuis des années. Ainsi, constate ce rapport, « entre 2007 et 2008, l’excédent commercial du Cameroun (pétrole compris) se dégrade de 48% passant de 304,9 à 205,6 milliards. Pour 2009, le solde deviendrait déficitaire d’environ 700 milliards ».

Ce déficit est attribué à la baisse des recettes d’exportation des produits primaires, mais trahit la faiblesse du tissu productif camerounais, qui en cinquante ans, n’a pas pu atteindre le cap de la transformation de masse : « En ce qui concerne les exportations, leur structure est restée stable depuis 1996. Hors pétrole, la prédominance dans la composition des exportations revient aux produits bruts (caoutchouc, aluminium, banane, bois grumes, cacao, café), au détriment des produits transformés ».

Et c’est ainsi que globalement, l’important déficit de la balance commerciale induit celui de l’ensemble des transactions courantes du pays avec l’extérieur. Selon ce rapport du ministère de l’Economie, l’examen approfondi des composantes de la balance courante fait état : « d’un accroissement conséquent des sorties de devises au titre des importations des produits alimentaires ; d’une baisse des recettes d’exportation de produits bruts ; d’un déficit structurel du compte des services ; d’énormes sorties des bénéfices non réinvestis ; d’une évolution positive mais insuffisante des transferts de la diaspora.

Face à cette situation, l’adoption des mesures adéquates visant à soutenir la balance commerciale devient un impératif ». Le rapport du ministre de l’économie se veut donc un catalogue de mesures qui permettraient de résorber les différents déficits de la balance courante afin de maintenir l’économie camerounaise sur le sentier de croissance tel que tracé dans le document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) et la Vision de développement à l’horizon 2035.

Tel que décrit par les auteurs de l’étude, l’enjeu n’est pas hors de portée, au contraire. Car si on convient notamment que le déficit de la balance correspond à une insuffisance de l’épargne intérieure relativement au niveau d’investissement souhaité, on doit bien observer également, que le Cameroun pourrait très facilement se passer de certains importations, dans la mesures où il existe sur place le potentiel pour organiser la substitution par des produits locaux parfaitement équivalents, plus compétitifs, et de surcroit générateurs d’emplois et vecteurs de croissance.

Au-delà des exemples connu d’importation couteuses tels que le maïs, le poisson (78 milliards) ou encore le riz, l’étude du Minepat montre que certains cultures pérennes gagneraient à être réorientée avec une politique de transformation pouvant à tout le moins limiter la facture des importations. Ainsi, en procédant à une analyse par biens échangés, on constate, par exemple pour le caoutchouc, que le Cameroun a engrangé 30 milliards de recettes d‘exportation du caoutchouc brut, tout en dépensant 86 milliards pour l’importation de produits en caoutchouc ou semblables notamment de pneumatiques. Ainsi, le caoutchouc représente 2,6% de recettes d’exportation hors pétrole, et pèse 5,7% des dépenses d’importation. Suivant le même schéma le Cameroun dépense plus de 50 milliards par an pour importer les textiles alors que le secteur cotonnier qui représente un grand potentiel industriel et commercial local, reste à la peine.

Pareillement, le Cameroun importe à grands frais des produits faciles à fabriquer sur place, tels que les engrais chimiques (24 milliards) le produits pharmaceutiques (62,1 milliards), bitume (10 milliards), autant de choses qui contribuent à creuser le déficit et à miner l’épargne intérieure, et partant à anéantir les efforts de croissance.

Le secteur des services n’est pas reste, car observe ce document, la balance des services du Cameroun est structurellement déficitaire depuis 1996. Un déficit qui porte essentiellement sur les services de transport notamment le fret maritime dont les dépenses y relatives sont très peu compressibles, les voyages, aussi bien à titre professionnel que personnel, les services d’assurance et enfin les autres services aux entreprises qui prennent en compte entre autres les services divers aux entreprises, l’assistance technique et la location-exploitation de matériel.

Un des cas emblématiques de ces pertes en devises dans le secteur des services et celui du dragage du port de Douala : ces services jadis réalisés par le Pad avaient été attribués aux entreprises étrangères au cours des années 90, occasionnant ainsi des sorties de devises de près de 7,2 milliards F Cfa chaque année. De même, ces entreprises ont souvent eu recours au personnel et à la drague du Pad pour réaliser leurs travaux. Les deux mesures suggérées par ce rapport consisteraient à : « Rétrocéder ce service au Port autonome de Douala qui possède non seulement une partie du matériel utilisé, mais aussi le personnel qualifié pour réaliser ces travaux ; et en guise d’alternative, mettre en place une structure locale qui sera dotée du matériel et d’un personnel qualifié, capable de réaliser des activités de dragage à des coûts compétitifs ».

Des mesures parmi d’autres, spécifiées dans divers secteurs de la vie économique nationale, qui pourraient permettre de résorber ce déficit qui plombe la croissance camerounaise. Sa mise en œuvre pourrait être facilitée par le fait que toutes les ministères sectoriels impliqués ont participé à l’élaboration des mesures envisagées.

François Bambou

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