31/08/2010 21:13:49
Débat autour d'un éventuel coup d'Etat au Cameroun
Depuis que l'Ong française Ccfd a évoqué cette probabilité dans un rapport publié le 24 août dernier, la question est sur certaines lèvres au Cameroun.
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L'Ong française "Comité catholique contre l'action et pour le Développement" (Ccfd) vient de refaire parler d'elle. Après avoir évoqué dans un précédent rapport "les biens mal acquis" de Paul Biya et, dénoncé les vacances dispendieuses de Paul Biya à La Baule en France à l'été 2009, cette organisation vient de publier un document alarmant sur le Cameroun. Ce document intitulé "Aujourd’hui, quelle est la situation politique au Cameroun ?" évoque tout simplement l'éventualité d'un coup d'Etat au Cameroun. Evoquant les possibles scénarios de la succession de Paul Biya, l'Ong française écrit : "Le 3ème scenario, beaucoup moins crédible mais également cité par les observateurs est la prise de pouvoir par une alliance politique et militaire avec un appui financier de la diaspora. Il s'agirait d'acteurs politiques, militaires et économiques qui ont quitté le pays récemment et qui seraient très actifs à l'étranger. Beaucoup d'acteurs du régime, fragilisés par l'Opération Épervier, pourraient être séduits par une intervention militaire".

Il a fallu de ces simples lignes pour que le quotidien camerounais "Le Messager" - dont le fondateur Pius Njawé est récemment décédé aux Etats-Unis - titre sur "le Ccfd [qui] craint un putsch militaire" au Cameroun. Depuis lors, la question est débattue dans les médias. Ce matin, un débat a été organisé sur la question sur la chaîne de radio privée camerounaise (cette radio avait été fermée en 2008 par les autorités à la suite d'un pareil débat, ndlr). Les auditeurs ont sauté sur les ondes pour donner leurs opinions. "Il ne faut pas se cacher pour dire que ce que pense cette Ong est le souhait de plusieurs camerounais" a déclaré l'un des auditeurs alors qu'un autre préfère croire que "le Cameroun n'est pas la Guinée (Conakry) ou le Niger. Un coup d'Etat est impossible au Cameroun". "S'il y a un coup d'Etat, ça doit être contre les français car ce sont eux qui maintiennent les dictateurs au pouvoir a déclaré un autre. "Après avoir choisi Ahmadou Ahidjo, ils ont imposé Paul Biya et ils savent qui sera le prochain président" spécule un autre.

Pour Paul N., "Certains camerounais vont sans doute se réjouir s'il y a un coup d'Etat mais ces réjouissances seront de courte durée car, ce qu'il faut au Cameroun, ce n'est pas un coup d'Etat mais, une commission électorale crédible pour organiser des élections transparentes". "Pour avoir connu les risques d'une destabilisation en 1984 (coup d'Etat manqué contre Paul Biya, ndlr), les Camerounais connaissent les risques d'une telle opération et ne sont pas prêts à l'accepter. En plus, pour avoir observé les pays en guerre, les Camerounais savent qu'un coup d'Etat n'est pas une bonne chose" tente de rassurer un juriste. Dans les forums de discussion, c'est un véritable déchaînement. "Accueillons favorablement à Buéa (une ville anglophone où Paul Biya va bientôt se rendre pour célébrer le cinquantenaire de l'armée camerounaise, ndlr) toute offre d’un vaillant soldat qui viendra mettre pacifiquement un terme au règne de BIYA lors de son prochain départ pour la Suisse. Il n’y aura aucune résistance au sein de l’armée qui le souhaite de tout coeur. BIYA lui même y trouvera une belle occasion pour filer à l’anglaise, avec femme, enfants et mallettes d’argent qu’il trimballe à chacune de ses sorties" appelle un forumiste. "Faut bien se poser la question de savoir qui manipule toutes ses ONGs, et qui croient détenir la vérité camerounaise, le timing et qui lisent l’avenir politique et sécuritaire du pays. Elles nous ont tout promis, le clash, l’incivilité populaire, la rébellion, le chaos que dire... Elles seront toutes déçues. Nous sommes un peuple épris de paix et mature" condamne un autre.

La probabilité d'un coup d'Etat au Cameroun a plusieurs été évoquée cette année. Dans son rapport du 25 mai 2010, International Crisis Group, une autre Ong écrivait "Les événements en Guinée en décembre 2008, où un Etat de droit faible et la manipulation de la constitution ont servi de prétexte à de jeunes officiers pour prendre le pouvoir avec des conséquences désastreuses, invitent tous ceux qui s’intéressent au Cameroun à réfléchir". Le 24 juin 2010, dans son rapport Afrique N° 161, cette Ong enfonçait le clou. "Les forces de sécurité, pilier important du régime, sont elles aussi divisées. Quelques corps d’élite sont bien équipés et entraînés alors que les unités ordinaires, même si elles reçoivent des salaires corrects, manquent de ressources et sont très peu préparées. L’armée dans son ensemble souffre de tensions entre générations, notamment à cause du refus des vieux généraux de prendre leur retraite qui bloque la promotion des officiers plus jeunes. Des éléments des forces de sécurité sont aussi connus pour être impliqués dans des activités criminelles" peut-on lire dans ce rapport.

Le 12 juillet dernier, Enoh Meyomesse, homme politique camerounais dit avoir reçu un coup de fil anonyme pour l'informer qu'une frange de l'armée se préparait à s'emparer du pouvoir pour le lui confier. "Je suis un camarade du Lycée Leclerc. Je suis colonel dans l’armée camerounaise. Je t’appelle pour t’informer de notre choix sur ta personne...Je t’appelle pour t’informer de notre décision de renverser PB dans deux jours, c’est-à-dire le 14 juillet, pendant qu’il dépense l’argent du Cameroun à Paris" lui aurait-on déclaré dans ce coup de fil. C'est du moins le témoignage qu'il a fait dans certains médias. Lui-même n'y a vraiment pas cru. "Comment ne pas penser que par ce biais, il existe des personnes qui ont tenté de faire passer un message ?" s'interroge t-il.

Le fameux coup d'Etat n'a finalement pas eu lieu mais il reste qu'il y a comme un malaise au fur et à mesure que l'on s'approche de l'échéance de l'élection présidentielle de 2011. "Paul Biya a entièrement les clés de l'armée entre ses mains. Il ne faut rien craindre. Il n'y a qu'à voir tous les voyages qu'il effectue à l'étranger sans qu'il n'y ait le moindre bruit à Yaoundé" conclut, optimiste, un observateur.

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