08/09/2010 13:44:28
Cameroun: Les dessous de la bataille Amadou Ali-Marafa Hamidou Yaya
Parmi les causes du limogeage d’Emmanuel Edou du poste de délégué général à la Sûreté nationale (DGSN), figure cette mesure d’interdiction de sortie du territoire national, décidée par un juge d’instruction et mise en application par l’ex Dgsn à l’encontre de certaines personnalités de la République, dont le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa H. Yaya.
Le Messager
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Le fait est désormais certain. Parmi les causes du limogeage d’Emmanuel Edou du poste de délégué général à la Sûreté nationale (DGSN), figure cette mesure d’interdiction de sortie du territoire national, décidée par un juge d’instruction et mise en application par l’ex Dgsn à l’encontre de certaines personnalités de la République, dont le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, Marafa H. Yaya. L’affaire avait défrayé la chronique au début de l’année 2010. Le juge d’instruction Pascal Magnaguemabe, qui a en charge la plupart des dossiers de l’opération Epervier au niveau du tribunal de grande instance du Mfoundi avait alors communiqué à l’ex DGSN Emmanuel Edou, les noms de trois personnalités faisant l’objet d’enquêtes judiciaires criminelles, et interdites de sorties du territoire camerounais.

http://www.lemessager.net/show_image_NpAdvHover.php?filename=/2010/03/marafa.png&cat=3&pid=15743&cache=falseIl s’agissait des nommés Inoni Ephraim, ancien Premier ministre ; Marafa Hamidou Yaya, ministre d’Etat, ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation, et Yves Michel Fotso, ex-administrateur directeur général de l’ex-Cameroon airlines (Camair). Cette mesure se rapportait au dossier de l’affaire Albatros, du nom de l’avion présidentiel acquis en 2003 dans des conditions jusque-là mal élucidées. Ayant transpiré au sein de l’opinion publique, l’information crée une onde de choc au sein du sérail. L’émoi général finit par atteindre le palais de l’Unité. L’une des cibles de la mesure du juge Pascal Magnaguemabe, le ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya, très remonté, avait fini par s’en ouvrir directement au chef de l’Etat. C’est ainsi que sur instruction de la présidence de la République, la mesure sera rapportée. Mais le mal était déjà fait.

Rancune tenace

Si Inoni Ephraim et Yves Michel Fotso ont quant à eux quasi relativisé l’affaire (du moins officiellement), Marafa Hamidou Yaya, en bon peuhl qui pense que son honneur a été bafoué, cultive patiemment une rancune tenace. Des sources proches du Minatd affirme que ce dernier aurait décidé de faire payer au plus fort les maillons essentiels de la chaîne « de la cabale » ainsi montée contre lui, et qui visait vraisemblablement non seulement à l’humilier, mais aussi à l’écarter insidieusement du jeu politique national. Lors de la dernière session du Conseil supérieur de la magistrature que le cas Magnaguemabe aurait failli, selon des sources bien introduites, être classé parmi les dossiers disciplinaires inscrits à l’ordre du jour. Mais, son cas n’aurait pas été retenu pour « des raisons de commodité. Vous comprenez que ce juge d’instruction n’a pas agi de lui-même », explique une source proche du Palais de justice de Yaoundé.

En effet, dans les milieux judiciaires de la capitale, beaucoup affirment qu’il serait étonnant pour un magistrat aussi qualifié et aussi expérimenté comme Pascal Magnaguemabe de se risquer, dans le contexte camerounais, à signer une mesure d’interdiction de sortie du territoire national à l’encontre des personnalités de la République telles que Inoni Ephraim, Marafa Hamidou Yaya et dans une certaine mesure Yves Michel Fotso sans au préalable se référer, ou alors, sans avoir reçu de manière expresse une instruction de sa hiérarchie, le ministre de la Justice. « Ce n’est vraiment pas possible à moins d’accepter de se suicider professionnellement, commente une autre source judiciaire. Ce qui veut dire que l’actuel ministre de la Justice était bien au courant de cette mesure prise par le magistrat instructeur. On peut même pousser plus loin, en disant que c’est lui qui lui aurait demandé de prendre cette mesure. Si ce n’était pas le cas, le vice-Premier ministre, ministre de la Justice, Amadou Ali aurait demandé expressément que le juge Magnaguemabe soit traduit au conseil de discipline devant le Conseil supérieur de la magistrature. Car interdire à un ministre d’Etat encore en fonction de sortir de territoire national sans l’avis de la présidence de la République est une faute suffisamment lourde dans le contexte camerounais actuel ».

Victime naïve ?

Qu’en est-il donc du rôle joué par Emmanuel Edou dans cette affaire ? A ce niveau, un hiérarque du système en place répond : « L’ex Dgsn semble avoir été victime... de sa maladresse. Ou alors d’une certaine naïveté. Ce qui est davantage grave pour une personnalité de son rang. Comment comprendre en effet qu’il puisse recevoir une telle instruction venant d’un juge d’instruction et qu’il n’ait pas pu vérifier son applicabilité auprès de la haute hiérarchie ? De deux choses l’une. Emmanuel Edou savait que Marafa était dans le collimateur de la justice dans le cadre de l’Opération Epervier que pilote Amadou Ali, il a voulu faire appliquer la mesure du juge d’instruction, ou alors, il a voulu se venger de Marafa avec qui il semble avoir quelques démêlées du temps où il était ministre délégué au Minatd. Et cette dernière hypothèse nous semble la plus plausible. »

Seule certitude : le juge Magnaguemabe n’a jamais été sanctionné. Dans le cadre de l’Opération Epervier, il semble encore plus fort qu’avant. Cela veut dire que son patron direct Amadou Ali, le Minjustice, lui fait toujours confiance et peut lui demander de ressortir à tout moment, ou alors au moment opportun, ce dossier concernant Marafa Hamidou Yaya bien connu comme étant un concurrent politique dans le Grand nord dans la course régionale au dauphinat.

Jean Francois Channon

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