10/09/2010 13:32:05
Le consommateur africain, nouvel eldorado
La pauvreté touche encore une grande partie de la population africaine mais certains pays, comme le Sénégal (ci-dessus Dakar), comptent déjà nombre d'employés, cadres, banquiers, chefs d'entreprises.
Le Figaro
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Les entreprises misent sur la croissance démographique et l'émergence des classes moyennes du sous-continent.

Quand l'Afrique s'éveil­­le... Le continent n'attire plus seulement les investisseurs pour ses richesses minières et pétrolières, mais aussi pour son immense potentiel de consommation. Les entreprises misent sur la forte croissance, l'explosion démographique et l'émergence des classes moyennes. «En 2040, sur le milliard et demi d'habitants que comptera l'Afrique subsaharienne, il y aura 240 millions d'urbains au revenu moyen équivalent à 20 dollars par jour, soit un marché annuel de plus de 1700 milliards de dollars», explique Luc Rigouzzo, directeur général de Proparco, filiale de l'Agence française de développement (AFD).

Le rythme d'urbanisation est du jamais vu: en 1950, il n'y avait aucune ville de plus de 1 million d'habitants ; le sous-continent en compte aujourd'hui 38, dont 5 qui dépassent les 5 millions. «80% de l'investissement se fait dans le bâtiment et la construction, les cimenteries fleurissent un peu partout», ajoute Luc Rigouzzo.

Si l'Afrique, encore très dépendante de la conjoncture mondiale, n'a pas échappé à la crise, le ralentissement a été beaucoup moins marqué qu'ail­leurs. La croissance en 2009 est même restée positive à 2,5% et devrait dépasser les 5% en 2010 et 2011, talonnant les grandes économies émergentes comme le Brésil. Certes, le continent a besoin d'une forte croissance pour assurer son décollage. De plus, il n'est pas un mais multiple, composé d'une cinquantaine de pays et autant de diversités économiques.

Hausse des prix

Les émeutes de la faim la semaine dernière au Mozambique contre la hausse des prix témoignent de la pauvreté endémique qui touche encore une grande partie de la population. Mais il émerge aussi une classe moyenne, d'employés, cadres, banquiers, chefs d'entreprises… «C'est déjà une réalité dans plusieurs pays, Afrique du Sud, Kenya, Sénégal…», explique Jean-Marc Gravellini, directeur Afrique de l'AFD. Dans son ouvrage Le Temps de l'Afrique, Jean-Michel Sévérino, l'ancien directeur général de l'AFD, décrit ceux qu'on appelle les Black Diamonds en Afrique du Sud, qui représentent près de 2,6 millions, soit 12% des Noirs, qui quittent leurs «townships» pour rejoindre les quartiers plus huppés. Un peu plus loin, il cite l'exemple d'un jeune couple à Kampala, en Ouganda: Joseph, cadre, accro à son BlackBerry, et sa femme, Sandra, qui travaille dans une banque. Ils sont propriétaires, voyagent, épargnent pour leur retraite.

Les entreprises ne s'y trompent pas. Stéphane Richard, patron de France Télécom, a fixé comme objectif de doubler son chiffre d'affaires en cinq ans en Afrique et au Moyen-Orient. «Nous vendons beaucoup de recharges de 4 à 5 minutes, mais aussi de plus en plus d'abonnements Internet à 20 ou 30 euros», détaille Marc Rennard, directeur exécutif d'Orange en charge des opérations Afrique, Moyen-Orient et Asie. La réussite de l'entreprenariat africain illustre aussi la vitalité du continent, à l'image du Soudanais Mo Ibrahim, fondateur de Celtel, un opérateur télécom présent dans 14 pays ou du Nigérian Aliko Dangote, première fortune du continent, selon Forbes, avec 2,7 milliards de dollars. Agroalimentaire, ciment, textile…, son conglomérat rayonne sur plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest.

L'intégration régionale, si elle devenait effective, pourrait être un réel facteur d'accélération. Après l'accord début juillet pour la création d'un marché commun, les cinq pays d'Afrique de l'Est - Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda et Tanzanie - ont pris une longueur d'avance.

Anne Cheyvialle

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