14/09/2010 04:06:22
Choléra : 417 décès, 2 cas suspects à Yaoundé et 3 à Douala
Un nouveau bilan établi par les autorités sanitaires du Cameroun lundi au sujet de l'épidémie de choléra déclarée le 6 mai dans la région de l'Extrême-Nord et propagée dans le Nord fait état de 417 décès en quatre mois sur un total de 6239 malades, avec des cas suspects signalés à Yaoundé, la capitale du pays, et Douala, la métropole économique.
Xinhua
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"Ce week-end du ramadan, nous avons eu trois cas suspects à Douala et deux cas à Yaoundé, des cas de diarrhée qui pourraient ressembler à une forme de choléra. Pour l'instant, les selles ont été prélevées et nous attendons le diagnostic du Centre Pasteur du Cameroun", a déclaré lundi soir à la presse le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, au terme d'une réunion dans son cabinet.

Les cas de Yaoundé, respectivement une femme d'une quarantaine d'années et un homme, ont été signalés au Centre hospitalier universitaire (CHU) et à l'hôpital de la garnison militaire. L'un et l'autre font l'objet d'une prise en charge médicale gratuite. Ceux de Douala quant à eux ont été recueillis à l'hôpital de district de santé de Deido.

Dans l'ensemble, il s'agit d'habitants de ces villes, donc rien à voir avec la catastrophe des régions septentrionales camerounaises. C'est que, explique le ministre Mama Fouda qui n'hésite pas à parler d' "alertes", "le choléra est endémique au Cameroun. Il existe et a toujours existé à Yaoundé et à Douala, comme dans l'Extrême-Nord ". Une situation due " soit aux conditions atmosphériques, c'est-à-dire qu'il pleut beaucoup, soit à un environnement insalubre".

"Nous sommes dans une zone endémique et nous pouvons donc l'avoir le choléra à tout moment. Il peut y avoir des porteurs sains qui ne font pas la maladie et d'autres qui font la maladie", a-t-il poursuivi lors d'une réunion du comité de crise créé pour la gestion de l'épidémie déclarée dans les régions de l'Extrême-Nord et du Nord.

Ce sont notamment "les grandes zones endémiques de choléra au Cameroun", auxquelles s'ajoutent le Littoral et un peu l'Ouest, a précisé le ministre de la Santé publique qui a relevé que "malgré tout ce que nous pouvons faire ici, si chacun n'organise pas son environnement, nous allons toujours avoir le choléra dans notre pays ".

Soulignant que "toute diarrhée n'est pas le choléra, mais le choléra est une forme de diarrhée ", M. Mama Fouda a tout de même recommandé qu'" en cas de diarrhée, il faut trouver toute solution pour rapidement éviter la déshydratation et si ça continuait, se rendre dans la formation sanitaire la plus proche où une prise antibiotique sera administrée".

Comme au début de l'épidémie dans l'Extrême-Nord, il a préconisé aux populations les mesures d'hygiène qui consistent à se laver les mains, à laver les fruits, les aliments, à bien les cuire et, à l'endroit des populations se trouvant dans des zones sans eau potable, à décanter cette eau, c'est-à-dire par exemple à bien la bouillir avant toute consommation.

Sur les 6239 malades déclarés lundi matin dans les régions septentrionales, 5692 sont annoncés guéris et rentrés dans leurs domiciles au terme de leurs soins dans des centres de traitements créés pour la circonstance au sein des formations sanitaires publiques.

Pour stopper la propagation de l'épidémie, les autorités camerounaises ont entrepris une campagne de sensibilisation nationale. Mais, le ministre de la Santé publique a reconnu des limites dans l'efficacité de cette opération. "Des échos qui nous parviennent, il semble apparaître que nous ne faisons pas encore ce que nous devons faire", a-t-il dit faisant allusion à des actions plus percutantes pour mieux atteindre les cibles.

Il a relevé dans la foulée le constat d'une légère désorganisation dans certaines formations sanitaires. Résultat : en dehors du Nord où il est fait état d'une stabilisation de l'épidémie, l'embrasement se poursuit dans l'Extrême-Nord qui enregistre encore tous les jours une centaine de malades et des décès. Pourtant, un spécialiste camerounais de la médecine abordé par Xinhua a estimé sous couvert d'anonymat qu'il suffit de trois mois pour venir à bout de cette crise.

Au 7 septembre, 5460 cas étaient déclarés avec 367 décès dans l'Extrême-Nord, soit une létalité de 6,93%, contre 4464 cas et 327 décès quatre jours auparavant. 21 sur 28 districts de santé étaient touchés. Parmi les patients, 27 étrangers dont deux ressortissants du Tchad et 25 du Nigéria, deux pays voisins du Cameroun qui enregistraient lundi respectivement 1040 cas dont 65 décès et 11.359 cas dont 614 décès.

Dans la région voisine du Nord, le bilan provisoire annonçait 11 cas et 5 décès, soit une létalité de 6,5%. "Les principaux facteurs qui expliqueraient cette propension à l'embrasement sont : le relief montagneux qui accentue les problèmes d'accès à l'eau potable, de déplacement pour accéder aux soins et d'utilisation des latrines (...) ", avait souligné le ministère de la Santé publique.

Selon cette administration qui bénéficie du soutien de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour combattre l'épidémie, à ces principaux déterminants s'ajoutent la promiscuité, le type d'habitat, la recrudescence des pluies entraînant le drainage des eaux usées par les matières fécales et la pollution des nappes phréatiques, sans oublier la pauvreté ambiante .

Représentante de l'OMS au Cameroun, Charlotte Faty-Ndiaye a annoncé à Xinhua une présence sur le terrain depuis le début de l'épidémie. "Nous apportons du soutien dans le cadre de la prise en charge, de la coordination des activités, dans les différents relais que sont la logistique, la communication et la collecte des données ", a-t-elle indiqué.

"Nous avons eu à mettre à la disposition du pays 5 kits choléra. Un kit peut prendre en charge 1.000 patients et nous espérons pouvoir assurer une prise en charge dans les zones de l'Extrême-Nord et du Nord du Cameroun", a poursuivi la responsable onusienne.

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