16/09/2010 06:01:13
Perspectives : L'ile de Manoka dans l'attente du pétrole
L’entreprise américaine Glencore vient d’engager la société chinoise Bgp, pour des études en vue de déterminer le potentiel en ressources énergétiques de cette île, sixième commune de Douala. Les populations de cette localité longtemps oubliée dans le cadre des projets de développement, vont-elles enfin connaître un début de bien-être ?
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Manoka était en fête le 17 août dernier. Les responsables des entreprises Bgp et Glencore sont venus remercier les populations et les divinités des eaux de cet arrondissement de Douala VI. «Ils venaient dire leur reconnaissance parce que, pendant les six mois qu'ont duré les travaux, il n'y a pas eu d'accident. Généralement, des travaux comme ceux-là font des victimes», explique une autorité administrative rencontrée à Manoka. Bien que les cérémonies populaires de cette envergure soient rares à Manoka, Ange Bédel Eyoum Mouen est debout dans son coin, indifférent. Autour de lui, ses voisins s’activent. Tout le monde converge vers la sous-préfecture. «Les Chinois sont revenus, ils apportent à boire et à manger», peut-on entendre de part et d’autre. La nouvelle a fait le tour de l’île. Les Chinois sont revenus à Manoka pour remercier la communauté.

«C’est un évènement assez important car il a occasionné la venue du maire dans sa ville», ironise un natif du l’île. Interrogé sur la raison de son retrait, Ange Bedel répond par une série d’interrogations: «Je vais manger. Je vais boire. Et après, que me restera-t-il? Que reste-t-il du passage des Chinois dans notre village?». Un autre jeune renchérit : «Moi, j’accuse nos autorités. Les Chinois ont demandé ce qu’ils devaient faire pour Manoka. Ceux-ci ne leur ont demandé que de l’argent. C’est pourquoi il n’est rien resté du passage des Chinois sur notre île». Un employé d’un service déconcentré précise cependant que les Chinois ont apporté une dotation en carburant pour le fonctionnement du groupe électrogène qui alimente toute l’île. «Les Chinois donnaient 50 litres de carburant par jour. Mais le groupe n’a fonctionné effectivement que pendant 2 semaines ; et ceci, rien que pendant 6 heures par jour», explique notre source. Selon des sources concordantes, la dotation en carburant donnée par l’entreprise chinoise s’est «évaporée» dans les services municipaux. C’est en effet la mairie de Douala VIème qui gère l’approximative distribution d’électricité de l’île de Manoka.

A en croire notre source administrative, «le travail de l'entreprise chinoise Bgp a consisté à voir si l'île avait un potentiel en pétrole. Les Chinois sont donc arrivés au terme de leur travail ici, et sont repartis pour interpréter les données enregistrées sur le terrain. Si cette interprétation établit qu'il y a du pétrole dans l’île, ils reviendront pour l'exploiter», explique notre source. Même si l'on en est encore à attendre le résultat des interprétations desdites données, des avis concordants soutiennent que ces travaux ont révélé qu'il y a beaucoup de pétrole et de gaz, entre autres, à Manoka. En outre, les plus optimistes avancent que les travaux d'exploitation pourraient commencer dans les prochains mois.
«Les Chinois ont pris les noms et numéros de téléphone de certains d'entre nous. Et ceux qui ont été ainsi retenus sont les meilleurs. Ils nous ont promis de faire appel à nous dès qu'ils reviendront, et que ce serait après la fin de la saison des pluies. Le chef d’équipe des employés camerounais m'a confié que le Cameroun est bougrement riche, et spécialement notre île. Il a également dit qu'ils sont là pour au moins deux ans. Car ils ont d'autres chantiers à travers le pays», soutient un ex-employé de l'entreprise chinoise chargée de prospecter le potentiel pétrolifère de l'île de Manoka.

Prospection
L’entreprise chinoise qui a dirigé les travaux a œuvré avec une main-d'œuvre essentiellement locale. Les jeunes de l'île de Manoka, qui ont été recrutés par la Bgp, étaient repartis en deux groupes. Une équipe terrestre, et une autre marine. Le travail à terre a consisté, dans un premier temps, à construire le camp qui a abrité l'équipe chinoise pendant les six mois qu'elle a passés sur l'île. François Emile Manga Mouen, 35 ans, est un fils de Manoka. Comme d'autres, il a travaillé avec l'entreprise chinoise Bgp.
«Nous avons d’abord construit des maisons pour les Chinois. Ensuite, nous avons été chargés de faire des travaux de nettoyage, du jardinage, la cuisine et bien d'autres tâches encore. Les ouvriers avaient des statuts différents. Bien que la plupart d'entre nous aient été des temporaires, voire même des tâcherons, il y en a qui étaient sous contrat avec Bgp», raconte-t-il. Mais le plus gros du travail s'est effectué en haute mer. Les équipes les plus impliquées dans la prospection menée par l'entreprise chinoise sont celles qui ont été affectées au travail marin.

Francis Nteppe, 24 ans, est lui aussi natif de l'île de Manoka. Grâce à sa connaissance sommaire de l'anglais, il a eu le privilège d'être chef d'équipe, et un peu plus proche du chef de l'équipe chinoise. «La journée commençait à 6h50 par le Pep Talk. C'est au cours de cette petite réunion de mise au point que le programme de travail de la journée était donné. Chaque Desk Former recevait des instructions du superviseur. Nous quittions la base à 7h précises», se souvient-il. Les équipes embarquaient alors dans des zodiacs qui les menaient vers les 9 bateaux qui les attendaient en haute mer. Celui qui a été désigné comme le meilleur ouvrier camerounais de cette expédition chinoise raconte: «Nous avons travaillé au Cap Cameroun, à Toubè, à Matanda Massadi et à Moukoko, entre autres campements de l'île de Manoka. Notre tâche consistait à préparer et poser les sondes. Ce sont des petits câbles de la grosseur d'un doigt. Un dispositif électronique nous signalait à quel endroit il fallait larguer chaque câble.Il fallait être très précis. Un mauvais largage entraînait irrémédiablement qu'on recommence l'opération».
Les recherches sismiques qui viennent de se faire sur l’île de Manoka par Bgp, une entreprise chinoise, qui a travaillé pour le compte de Glencore, sont passées presque inaperçues. Selon certaines informations recueillies sur cette compagnie américaine, elle est spécialisée dans le négoce des matières premières. Elle est basée à Baar en Suisse Dans ses activités de courtage pétrolier, Glencore fut une initiatrice du mécanisme des préfinancements qui permet aux pays africains de s'endetter sur ses revenus pétroliers à venir, souvent au bénéfice des dirigeants. Marc Rich l’homme d'affaires américain qui est le fondateur de cette entreprise, a été cité dans une affaire de commissions occultes versées à Saddam Hussein.

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