16/09/2010 06:07:29
Regard : Les obligations de l'Etat
Les chiffres qui sont avancés dans le principal texte ci contre ont de quoi faire réfléchir plus d’un décideur dans ce pays : pour la formation des enfants au niveau de la base, les manuels scolaires auront coûté pour l’année dernière ,12 milliards de francs au contribuable camerounais.
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Quand on y ajoute le cycle secondaire, le Cameroun aura déboursé en 2009 pour les comptes des éditeurs occidentaux, 45 milliards de nos francs. Les prévisions avancent le chiffre de 80 milliards pour les deux prochaines années. Amadou Waziri que l’Oif a dépêché à Yaoundé pour la représenter au conseil d’administration du Ceper, n’est pas passé par quatre chemins pour dire qu’en Europe, aucun éditeur étranger ne peut entrer dans le marché du manuel scolaire, celui-ci revient exclusivement aux nationaux. Cela se passe pourtant dans ces pays à économie de marché, où la concurrence est de règle et le protectionnisme honni.

Comment donc expliquer que nos Etats africains aient abandonné l’édition du livre et des manuels scolaires entre les mains des éditeurs étrangers ? On peut tenter deux explications : la première relève des pressions dont les dirigeants africains sont l’objet. Pour ne citer que le cas de la France dont les multinationales ont la main mise sur la production des manuels scolaires dans notre pays. De puissants groupes tels que Dassault, Matra, Lagardère, Bouygues ont, dans la politique des concentrations, intégré dans leur empire la plus part des maisons d’édition qui font dans le livre scolaire et l’édition générale. Ces mêmes grands groupes ont de gros intérêts dans nos pays ; ils traitent directement avec les chefs d’Etat, desquels ils obtiennent des assurances de ne jamais être absents de la manne des manuels scolaires. La deuxième explication trouve son fondement dans la cupidité des hauts responsables locaux. Pour des commissions obscures qu’ils perçoivent, ils favorisent de succulents marchés vers les éditeurs occidentaux.

Toutes ces explications à elles seules ne suffisent pas pour que l’Etat abandonne la production des outils qui forment sa jeunesse, façonnent son esprit entre les mains des étrangers. La prise en main totale de la production des manuels scolaires par les nationaux a des effets induits au plan économique et pour l’emploi. La France, dans ce domaine, est un vrai modèle qu’il faudrait suivre. Que serait devenus par exemple Louis Hachette ou Pierre Larousse sans leur prise en main par l’Etat français ? Pas grand-chose sûrement. En ce 19è siècle naissant, le ministère de l’Instruction passait toutes les commandes des ouvrages scolaires par millions d’exemplaires à cet éditeur inventif qui deviendra en quelques années une vraie pieuvre de l’édition. Il en sera de même pour Pierre Larousse avec ses lexiques qui ne tarderont pas à devenir l’unique référence dans le domaine des mots et de l’orthographe.

En créant le Ceper, l’Unesco avait compris son utilité et son caractère irremplaçable dans un pays en développement comme le Cameroun. Cette structure fait partie des instruments de souveraineté dont le Cameroun ne devrait en aucun cas, céder par un quelconque chantage de la Banque mondiale ou du Fmi, en sacrifiant le Ceper sur l’hôtel de la privatisation; on ne privatise pas l’éducation d’un peuple; elle fait partie des devoirs d’un Etat et de son pouvoir régalien. C’est certainement pour ces deux motifs que la Francophonie, qui n’a pas pour mission de souscrire des actions dans des initiatives privées, avait exceptionnellement acheté quelques actions pour sauver le Ceper. L’Oif sortant maintenant, il faudra que l’Etat reprenne ses responsabilités pour que le Ceper de nouveau opérationnel, aide l’Etat à assumer ses missions régaliennes face à sa jeunesse.

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