16/09/2010 20:26:34
Le sommet de l'UE tourne au clash sur les Roms
Devant la presse, le président français s'en est durement pris aux déclarations de Mme Reding. "La totalité des chefs d'Etat et de gouvernement ont été choqués par les propos outranciers" de la commissaire à la Justice, a dit M. Sarkozy
Le Point
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Le sommet de l'UE tourne au clash sur les Roms

Le sommet des dirigeants de l'UE jeudi à Bruxelles a tourné au clash entre Paris et Bruxelles avec de franches explications sur les Roms entre le président français Nicolas Sarkozy, qui maintient sa politique de renvois, et la Commission européenne.

"Il y a eu un échange très violent entre le président de la Commission (José Manuel Barroso) et le président français", a raconté aux journalistes le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov.

Au cours de la conférence de presse de clôture du sommet, le président de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, a tenté de ramener chacun à la raison, en rappelant qu'il était "essentiel" que les relations entre les Etats et la Commission européenne soient empreintes de "respect" mutuel.

Présent au côté de M. Van Rompuy, M. Barroso n'a pas voulu confirmer ou infirmer son accrochage avec le président français, mais, visant implicitement la France, il a rappelé que "la discrimination des minorités ethniques est inacceptable".

Bruxelles a menacé cette semaine Paris de poursuites en justice pour non-respect de la législation européenne sur la liberté de circulation des citoyens européens à propos des conditions de renvois de France de centaines de Roms roumains et bulgares, qu'elle soupçonne d'être "discriminatoires".

L'exécutif européen doit décider dans deux semaines d'entamer ou non une procédure d'infraction. Sur le fond, la Roumanie a "salué" jeudi son initiative.

Dans un signe d'apaisement, M. Barroso a reconnu que sa commissaire à la Justice et aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, avait dérapé en comparant les renvois de Roms de France aux déportations de la Seconde Guerre mondiale.

"C'est vrai que dans la passion des débats, nous avons entendu des commentaires exagérés", a-t-il admis.

Mme Reding "l'a reconnu elle-même hier, d'autres devraient penser à faire de même", a-t-il ajouté dans une allusion à certaines déclarations de responsables français à l'encontre de la Commission.

Le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, avait provoqué la colère de l'exécutif européen lundi en venant à Bruxelles la critiquer très sévèrement au sujet des Roms. M. Sarkozy a jugé que M. Lellouche avait eu tort.

Le chef de l'Etat a démenti avoir eu une explication orageuse avec M. Barroso pendant un déjeuner de travail. Mais, outre M. Borissov, plusieurs participants au sommet ont affirmé l'inverse.

Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a parlé d'un échange "mâle et viril". "Les éclats de voix étaient si forts qu'on entendait tout à l'autre bout du couloir", a raconté un diplomate européen.

Plus diplomatique, Mme Merkel a évoqué une "discussion franche". "Le déjeuner s'est bien passé, pour ce qui est de la qualité des plats", a-t-elle ajouté.

Devant la presse, le président français s'en est durement pris aux déclarations de Mme Reding. "La totalité des chefs d'Etat et de gouvernement ont été choqués par les propos outranciers" de la commissaire à la Justice, a dit M. Sarkozy.

M. Juncker, originaire du même pays que Mme Reding, a lui-même jugé "excessif" le parallèle de la commissaire. Mais, ajoutant à l'atmosphère tendue de la réunion, il a aussi dénoncé les critiques émises contre le Luxembourg la veille par M. Sarkozy: "il n'est pas convenable de charger" le pays d'origine d'une commissaire.

Depuis le début de la semaine le torchon brûle entre Paris et Bruxelles, avec une crise d'une intensité inédite en Europe sur la question des Roms.

La franche explication entre Paris et Bruxelles a éclipsé les autres sujets de la réunion : un vaste accord de libre-échange entre l'UE et la Corée du Sud, et l'intention affichée de l'Europe de réduire ses droits de douane en faveur du Pakistan pour aider le pays à se relever après les récentes inondations.

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