22/09/2010 17:22:53
Passage de témoin ? : Paul Biya face un dilemme
Les images de l’arrivée de Paul Biya à l’aéroport international JFK de New York, lundi 20 septembre 2010, et largement diffusées par la CRTV, la télévision nationale, étaient plutôt émouvantes. L’attitude du chef de l’Etat camerounais, descendant assez péniblement l’échelle de coupée de l’avion qui l’a amené aux Etats-Unis l’Amérique (USA), où il prend part en ce moment à la 65è Assemblée générale des Nations-Unies, a suscité chez bien des spectateurs à la fois des craintes et un certain apitoiement.
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Les images de l’arrivée de Paul Biya à l’aéroport international JFK de New York, lundi 20 septembre 2010, et largement diffusées par la CRTV, la télévision nationale, étaient plutôt émouvantes. L’attitude du chef de l’Etat camerounais, descendant assez péniblement l’échelle de coupée de l’avion qui l’a amené aux Etats-Unis l’Amérique (USA), où il prend part en ce moment à la 65è Assemblée générale des Nations-Unies, a suscité chez bien des spectateurs à la fois des craintes et un certain apitoiement. A un moment donné, on a vu le président de la République du Cameroun, après qu’il a salué l’équipage, se retourner, puis murmurer paternellement quelques mots à un de ses gardes du corps, en l’occurrence le colonel Melingui qui le talonnait de très près ; un peu comme pour lui demander de veiller sur lui, face à la difficulté qu’il semblait visiblement éprouver à descendre sereinement la très haute échelle de coupée. Une fois au bas de la passerelle, les salutations qu’il adresse aux différentes personnalités venues l’accueillir, à savoir entre autres l’ambassadeur du Cameroun aux USA, et le représentant permanent du Cameroun à l’ONU sont brèves. Le président apparaissait assez soucieux et presque fatigué. Peut-être, est-ce le voyage ?

De toutes les façons, à le voir sur le petit écran, on aurait dit un homme épuisé par plusieurs mois de durs labeurs qu’interpellent ses hautes et délicates fonctions. Toujours vu à la télé, dans le reportage de l’envoyé spécial de la CRTV, le brassage avec les membres de la communauté camerounaise vivant aux Usa, et en particulier les vrais (ou faux ?) militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir au Cameroun, à l’hôtel Waldorf Astoria à Manhattan, ne semblait pas avoir été aussi chaleureux que d’habitude. Sauf en tout cas, la première dame Chantal Biya, qui est apparue à l’écran toujours aussi dégagée que joyeuse et spontanée, comme d’habitude.

Ouvrir un débat franc et honnête

Pourtant, selon certaines sources assez bien introduites, le chef de l’Etat qui partait de Genève en Suisse où il réside une fois de plus depuis quelques semaines, semblait bien bénéficié d’un (autre) séjour vacancier. Un temps de repos que certaine personnalité du sérail approchée par Le Messager estime « être bien mérité. Le président est un homme qui travaille beaucoup. Du moins assez pour un homme de son âge. Contrairement à ce que les gens peuvent penser. Le président Paul Biya travaille avec ardeur et intelligence depuis près de 28 ans. Et avant cela, en tant que collaborateur de son prédécesseur pendant plusieurs années. Il est normal que par moment, du fait de l’expérience acquise dans cette exaltante tâche, il puisse prendre du recul de temps à autre, aussi bien au Cameroun lorsqu’il se trouve dans son village, qu’à l’étranger où il a l’habitude de se rendre d’ailleurs depuis qu’il est dans les arcanes de la haute administration publique. Le président  peut à un moment donné, présenter quelques signes de lassitude sur le plan physique comme on peut l’avoir observé. C’est humain. Mais il reste un homme lucide à la tête de l’Etat.», tranche notre interlocuteur.

Prince vieillissant

A presque 79 ans (âge qu’il va atteindre dans 5 mois, en février 2011), le président Paul Biya est depuis longtemps entré dans le troisième âge. Certaines mauvaises langues diraient qu’il est . Seulement voilà, à cet âge là, même si on n’a pas connu le dur labeur des pauvres paysans camerounais de son âge, et dont la plupart est en voie de quitter cette terre des hommes (s’ils ne l’ont pas déjà quittée), il peut paraître assez normal que l’on commence logiquement à faiblir physiquement. Cela peut aussi, tout à fait  logiquement amener à penser à passer le témoin comme semble l’indiquer, un débat de plus en plus d’actualité, au sein du landerneau politique camerounais et dont la presse se fait de plus en plus l’écho.

« Il est temps que nous commencions tous davantage à ménager le président. A son âge, cela parait nécessaire. Cela veut dire aussi que le président lui-même commence à penser déjà à se ménager. [...] Mais aussi à envisager l’avenir du système sans lui. […] Une chose est certaine : les séjours devenus constants du chef de l’Etat à l’étranger, et principalement à Genève, où sont d’ailleurs scolarisés ses plus jeunes enfants ne sont pas toujours gratuits. Il apparaît que, de manière indéniable, le président à besoin d’être constamment assisté médicalement. A son âge, cela est inévitable. A 79 ans, tout peut arriver…Il est donc temps, je pense, qu’il puisse lui-même démocratiquement organiser au sein du parti, loin des soupçons morbides, et des ambitions malveillantes, la visibilité de sa succession. », analyse sous anonymat un politologue proche du RDPC, qui redoute que ses propos soient mal interprétés.

Implosion

Pour lui,  il est clair que beaucoup de caciques du régime refusent de parler publiquement de cette question de succession à la tête de l’Etat et à la tête du parti par égoïsme car cela signifierait la perte de leurs intérêts au sein de l’appareil politique, du gouvernement et du système dont ils se sont plus servis. Il vaut mieux pour eux, tout faire pour que le président reste là. Si possible en créant un climat malsain de suspicions tous azimuts au sein du système. « C’est pour cela que vous avez des ministres qui, lors des meetings du RDPC dans leurs fiefs d’origine, disent Mais je crois que cela doit s’arrêter, et que de manière démocratique, on ouvre dans le système gouvernant un débat interne, franc et honnête, sur la succession de Paul Biya à la tête et du RDPC et de l’Etat ».
Si de manière patente, les tenants du système refusent (pour l’instant) de parler à la fois ouvertement et publiquement de qui pourrait remplacer Paul Biya à la tête du RDPC et de l’Etat, dans un avenir proche ou lointain, c’est bien parce que le système lui-même, devenu fragile et fébrile face à un prince vieillissant, court de manière persévérante le risque d’une implosion à tout instant. Aussi, dans sa situation actuelle, usé par de longues années de pouvoir absolu, Paul Biya se trouve face à un dilemme. Il y a d’un côté, des courtisans absolus, surtout motivés par le gain quotidien des prébendes, qui tiennent à le voir s’épuiser au pouvoir jusqu’à la mort, et qui sont prêts à en découdre avec tous ceux qui ne pensent pas comme eux. De l’autre côté, il y a cette franche de plus en plus nombreuse de jeunes caciques qui ne cachent pas leurs  ambitions, et qui entendent pour des besoins de garantie de paix au Cameroun, amener l’actuel chef de l’Etat à construire et développer une visibilité dans sa succession au sommet de l’Etat et à la tête du parti au pouvoir. C’est en fait le sens des batailles meurtrières qui traversent depuis près de 10 ans le sérail politique du pays du regretté Ruben Um Nyobe. Paul Biya tranchera-t-il  et de quelle manière ? Seul l’avenir nous le dira.

Jean Francois Channon

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE