27/09/2010 13:45:34
Faut-t-il avoir peur d'une attaque de pirates Douala ?
Les combattants qui écument la presqu’île camerounaise utilisent les mêmes camps et les mêmes armes.
Quotidien le Jour
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http://www.quotidienlejour.com/images/originalphotos/bakassi_freedom_fighter_781.jpgDepuis le 11 août 2009, date à laquelle les principaux chefs des Bakassi Freedom Fighters ont décidé de déposer les armes, c’est la confusion générale dans les rangs des combattants qui harcèlent les positions de l’armée camerounaise dans la presqu’île de Bakassi.

Avant cette reddition décidée unilatéralement par le « commandant » Ebi Dari et le « général » A. G. Basuo, au moins quatre chefs rebelles reconnus portaient officiellement la voix des groupuscules intégristes Efik, Ibibio et Iyaw, sous la bannière du Niger Delta Defence and Security Council (Nddsc). Il s’agissait alors des « généraux » Basuo et Atikpee et des commandants Ebi Dari et Bassey. Dari et Basuo étaient particulièrement actifs, à travers plusieurs actes de piraterie.

La fin du leadership de Dari et Basuo marque un tournant dans l’histoire des Bakassi Freedom Fighters (Bff), responsables de la quasi-totalité des actes de piraterie et des prises d’otages. Entre août et décembre 2009, les Bff sont passés sous le contrôle de trois chefs : Jerry Owei, Jorro et Smart. Jusqu’à ce qu’un « camp boy », réputé violent, se hisse à la tête du groupe. M. Pereiwei, nouveau chef des Bff, oriente son groupe vers les chalutiers, affirmant dans des correspondances anonymes que « les Black boys », comme ils aiment à désigner les éléments du Bataillon d’intervention rapide (Bir), ont envahi Bakassi. De temps à autres, les groupes satellites des Bff que sont les Ijaw Youth Movement, Ijaw Youth Council, Ibibio Fighters, Bakassi Warriors et Delta Lords Movement, frappent les chalutiers et exigent les paiements de l’impôt de sécurité auprès de certaines compagnies pétrolières opérant de part et d’autre des zones pétrolifères du Delta du Niger.

L’autre pôle d’activité des combattants porte sur la garde des otages et le transport des armes individuelles et collectives. Dans les pêcheries, les combattants assurent la liaison avec leurs complices déguisés en pêcheurs. Ils recrutent aussi les volontaires qui sont placés auprès des chefs, en vue des opérations au Cameroun, au Nigeria et en Guinée équatoriale. A Bakassi, les groupes « rebelles » sont réduits à la seule personnalité des chefs ; les mêmes troupes prêtant leurs services aux seigneurs de la guerre.

Denis Nkwebo

 

Douala sous la menace des pirates

Un plan de riposte est examiné par les différents corps de la sécurité.

Dix jours après l’attaque de trois bateaux au large de Douala, les forces de sécurité continuent toujours de traquer les assaillants qui ont pris en otage deux marins étrangers, dont un Croate et un Philippin. A l’heure qu’il est, aucune information n’a filtré des tractations en cours, visant à nouer « des contacts sérieux » avec les preneurs d’otages.

Tout juste a-t-on appris qu’un plan de riposte en cas de nouvelles attaques, est en cours d’élaboration. Au cours d’une réunion de sécurité tenue à la suite de l’incident du 12 septembre à la bouée de base, dans la zone de mouillage, les responsables de la gendarmerie, de la police, de l’armée, de la direction générale de la Recherche extérieure et de l’administration en ont pris la décision.

Même si aucune confidence n’a filtré sur le dispositif opérationnel à déployer pour mettre Douala à l’abri des pirates de mer, les insuffisances de certaines unités de la sécurité ont été évoquées, à en croire plusieurs sources concordantes. Vendredi 17 septembre, la police a donné l’assaut dans le quartier chaud de Mambanda à Bonaberi. Officiellement, des rafles ont été opérées « pour débusquer des malfaiteurs ». Mais la moisson a été maigre : plus de 500 personnes contrôlées, aucun bandit arrêté. Que cherchait donc la police ? « Des personnes ayant éventuellement un rapport avec les actes récents de piraterie au large de Douala ». Notre source précise qu’il y a probablement eu des fuites dans la préparation de cette opération. Aussi quelques suspects ont-ils eu le temps de s’enfuir.

Complicités
En effet, les services de sécurité ont été informés ces dernières semaines de l’activité suspecte de certains ressortissants nigérians à Youpwé, Bonaberi et Manoka. Le 26 août 2010, deux moteurs de pirogues ont été dérobés dans un conteneur en zone portuaire, et cachés dans la mangrove à Youpwé. Les deux engins ont été retrouvés le 28 août grâce à une filature montée par le commandant de la brigade du Port sud. Or, il se trouve que parmi les malfrats figurent deux Nigérians, Lucky Kpelo et Charly Badom, suspectés d’avoir des liens avec les pirates de Bakassi. Les pirates de mer bénéficient donc de complicités sur la partie continentale, le long de la côte.

Un haut responsable militaire qui confirme la thèse des complicités locales se demande comment des assaillants auraient pu quitter la zone de mouillage, et replier sur la péninsule de Bakassi actuellement bouclée par les patrouilles du Bataillon d’intervention rapide. D’autres sources sécuritaires font remarquer que les attaques de Douala se sont déroulées « sous le nez de la base navale, la brigade maritime, les forces de surface ». Le Bataillon spécial amphibie et le Bataillon des fusiliers marins ne participent plus à la sécurisation de la côte. Le Jour a par ailleurs appris que la surveillance en préparation va bénéficier de l’appui des forces navales américaines, françaises et belges, qui vont débarquer sur les côtes camerounaises dans les prochaines semaines.

Denis Nkwebo

Chronologie des attaques de pirates

22 septembre 2010 :
Attaque du site Addax Okwori (Oml 126), situé à 25 milles nautiques, au sud de la Bony River, à 2 h du matin. Le supply Bourbon Alexandre a été victime des pirates et 3 français ont été enlevés (6 otages au total) La barge Jascon) aurait également été attaquée

12 septembre 2010
 Attaque au large de Douala ; six marins enlevés

25 juillet 2010
 Le Bir visé par des pirates. Plusieurs assaillants sont tués.

4 juillet 2010
Libération des otages Russes et lituanien

16 mai 2010
Deux Russes et un Lituanien capturés

29 mars 2010
Raid armé sur la localité de Bamuso

27 mars 2010
Capture d’un Ghanéen et un Camerounais à bord du Mv Seagull

17 février 2010
 Les Bff attaquent Malabo

19 décembre 2009
Les pirates tuent un gendarme à Bakassi

7 octobre 2009 
Attaque du chalutier Kelly Daniel près de Mandalè, un mort et plusieurs blessés

14 mars 2009
 Capture de quatre personnes à bord d’un bateau de Tide Water, sous-traitant de Pecten

6 juillet 2009
Enlèvement de six Chinois à bord d’un chalutier, attaque du chimiquier Siehem Peace, avec capture de six personnes dont trois Russes, deux Philippins et un Indien

11 août 2009
Ebi Dari et A. G. Basuo, les chefs des Bakassi Freedom Fighters (Bff), déposent les armes

12 janvier 2009 
Présence signalée du chef des Bff, Ebi Dari à Limbe

16 novembre 2008
Attaque de plusieurs chalutiers en haute mer

14 novembre 2008
Attaque d’un poste militaire camerounais, pas de victimes humaines

29 octobre 2008 
Enlèvement de 10 marins sur le Bourbon Sagitta par les Bff

28 septembre 2008
Attaque armée sur Limbe

12 novembre 2007
Massacre de 21 soldats camerounais dans le Rio Del Rey


Golfe de guinée : La France et les Etats-Unis en renfort

Les pays du golfe de Guinée se sont également concertés pour lutter contre la piraterie dans la zone.

Il y a quelques jours, Le Jour annonçait que la ville de Douala était sous la menace d’une attaque de pirates. Une menace prise avec beaucoup de sérieux par les autorités militaires, surtout que quelque temps plus tôt encore, des pirates avaient réalisé une autre prise d’otage au large de Douala. L’insécurité dans la zone, et plus largement dans le golfe de Guinée est une préoccupation depuis quelques années pour les autorités des différents pays susceptibles d’être attaqués par les pirates qui écument la zone (zone D).

En 2009, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, Sao Tomé et le Gabon ont signé des accords pour assurer la sécurité dans la zone. Le 14 septembre de cette année-là, ils ont lancé des opérations des opérations de patrouille à Malabo en Guinée équatoriale. L’une des missions essentielles de ces patrouilles était la lutte contre la piraterie.

Dans leur lutte, les pays du golfe de Guinée se sont fait accompagner par des pays occidentaux qui régulièrement ont envoyé des émissaires à Limbé, Douala et d’autres villes de la zone. Il s’agit notamment de la France ou encore des Etats-Unis d’Amérique. Des instructeurs de l’Us Navy ou de la marine nationale française se sont rendus régulièrement au Cameroun. En novembre 2008, la question de la sécurité dans le golfe de Guinée a fait l’objet d’un entretien à Yaoundé entre le président Paul Biya et le général Claude Reglat, le commandant des forces française au Gabon. «Nous avons un certain nombre de mesures qui sont prises, nous  avons un bateau de la marine nationale qui sillonne la région,  nous avons un bâtiment d'importance qui est stationné au Gabon et  qui peut étendre ses actions dans tout le golfe de Guinée», avait  déclaré le général français.  Cette rencontre intervenait quelques semaines seulement après l'enlèvement de six Français, deux Camerounais, un Sénégalais et un Tunisien au large de Bakassi.

Par le passé déjà, avant les prises d’otages et autres attaques, pour protéger leurs intérêts pétroliers, les Etats-Unis avaient mis un certain accent sur la sécurité dans le golfe de Guinée en appuyant militairement  les différents pays de la zone. Des généraux américains se sont régulièrement rendus à Yaoundé dès le début des années 2000.

Au niveau interne, après l’attaque de Limbé et les prises d’otage à Bakassi, les forces de sécurité ont été renforcées, avec l’arrivée du Bataillon d’intervention rapide (Bir).

Jules Romuald Nkonlak

Vincent Ntuda Ebodé : «Les groupes opèrent pour des raisons de pauvreté »

Le géostratège explique les nouveaux enjeux que représente le Golfe de Guinée pour les pirates, dans un contexte de multiplication des attaques terroristes.

On assiste à une multiplication des attaques maritimes et la piraterie dans le golfe de Guinée. Quels sont les facteurs qui expliquent ce phénomène ?
Le golfe de Guinée a toujours été, notamment avec le nombre d’actes de piraterie perpétrés au large du Nigéria, la région la plus concernée par les questions de piraterie maritime. Si les médias internationaux parlent du golfe d’Aden, sachez que l’essentiel des actes en terme numérique se déroulent au Nigéria, après la Somalie. Si vous ajoutez ce qui peut se passer au Cameroun, au Gabon, en Angola, c’est autre chose. Pourquoi la montée des actes ? C’est pour un nombre de raisons. Le golfe de Guinée est riche en hydrocarbures, le golfe persique est riche en hydrocarbures. La plupart du nombre d’acteurs qui interviennent aujourd’hui dans le golfe de Guinée viennent du golfe persique. Dans la plupart des cas, ils sont pourchassés là bas pour un certain nombre de raisons qui leur sont propres. Ceux qui voyaient d’un mauvais oeil les puissances occidentales dans le golfe persique sont tout aussi pourchassés dans le golfe de Guinée. Ensuite, il y a le fait qu’il y a un certain nombre de revendications politiques dans cette zone. Notamment le cas du Delta du Niger. Troisième élément, la pacification des relations entre le Cameroun et le Nigéria. Il ne faut pas croire que tout le monde est content. Enfin, la dernière raison qui est liée à la capacité des Etats à gouverner la mer, à savoir l’action des Etats en mer. Si vous prenez un Etat comme le Cameroun, ce n’est que maintenant qu’on a réorienté le Bir, pour créer une force qui peut faire face aux attaques venant de la mer. Jusque-là, nous avons été des Etats essentiellement continentaux.

Est-ce qu’on pourrait avoir une idée des groupes qui opèrent dans la région ?
Je ne peux pas dire que je les connais. Vous savez, dans la mafia, personne ne donne son nom. Ceux qui vous disent qu’ils sont les Bakassi freedom fighters, le jour où vous allez arrêter un ou deux, ils vont vous dire qu’ils ne connaissent pas ces groupes. En outre, comme il y a une compétition pour la domination médiatique, même si ce n’est pas un groupe qui pose un acte, il va dire que c’est lui. Il y a différents types de groupes. C’est la clandestinité qui les caractérise. Un même groupe peut agir  ici. Et demain il agi sous un autre nom. Pour semer les forces de sécurité ils prennent de multiples identités. Ce qui est sûr, c’est que personne ne donne sa véritable identité. D’un point de vue stratégique, certains sont là parce qu’ils sont mécontents de la présence des occidentaux.  D’autres sont là pour des raisons de pauvreté. Il y a beaucoup de raisons. Mais il y a deux principaux groupes qui opèrent dans la région.

Quels sont les mobiles avancés par ces différents mouvements ?
Lorsqu’on prend un groupe comme le Mend (Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger), ils ont clairement une revendication politique. Ils demandent une meilleure répartition des ressources. Cela pose deux problèmes en droit public. On nous a appris que les richesses appartiennent à l’Etat et jamais à un groupe. Donc à terme c’est un problème qui peut créer des conflits à l’intérieur des Etats. Secundo, il y a quelque temps, le Nigéria a accepté ce principe. Ce qui ne garantit pas une meilleure gestion des ces ressources. Le Cameroun n’est concerné que par les Bakassi freedom fighters, qui dans la psychologie camerounaise, ne sont pas des Camerounais, ce sont des Nigérians mécontents que le Cameroun ait gagné le procès et qu’on a rétrocédé Bakassi au Cameroun.

Et les actes posés par d’autres groupes ?
Ce sont essentiellement des actes de pirateries maritimes criminels.

Quelle stratégie mettre en place face à ce phénomène ?
Il faut combiner à  la fois la stratégie nationale, régionale et continentale. Il y a des choses qui peuvent être faites par les Etats. Actuellement, au niveau de l’Union africaine, on est en train de mettre sur pieds des luttes globales contre la piraterie avec l’appui de l’Union européenne et des Etats-Unis. Au niveau de la sous – région, vous avez le Cresma qui est le centre habilité à lutter contre la piraterie maritime. C’est une mutualisation des moyens par des Etats.

Boris Bertolt

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