28/09/2010 13:39:52
Opinion: Paul Biya penserait déjà à sa place dans l'histoire
Le président Paul Biya serait très préoccupé par son avenir, de ce que l'histoire retiendra de lui, de ce qu'il aura fait du pouvoir reçu sans effort en 1982. Qu'il soit, depuis quelques années, un abonné assidu des assemblées
annuelles des Nations Unies n'est que très normal. Peu importe comment il voit son avenir, il sait parfaitement qu'il sera plus ou moins brillant selon l'état dans lequel il quittera la politique.
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Le président Paul Biya serait très préoccupé par son avenir, de ce que l'histoire retiendra de lui, de ce qu'il aura fait du pouvoir reçu sans effort en 1982. Qu'il soit, depuis quelques années, un abonné assidu des assemblées
annuelles des Nations Unies n'est que très normal. Peu importe comment il voit son avenir, il sait parfaitement qu'il sera plus ou moins brillant selon l'état dans lequel il quittera la politique.

Les tueries de février 2008 sont une tâche de sang mais surtout noire à son bilan qu'il ne parviendra à laver. La corruption endémique érigée en système et mise à jour par l'opération Épervier et qui a envoyé en prison plusieurs des ministres nommés sciemment par lui-même, les coûts exorbitants de ses multiples voyages privés à l'étranger, les tentatives de poursuites pour des présumés détournements de fonds publics introduites contre lui, les multiples coupures d'eau, d'électricité, la santé et la misère quotidienne de ses citoyens, le Cameroun passé de pays intermédiaire à PPTE sont autant de cas qui vont anéantir l'image qu'il voudrait se refaire comme on l'a vu avec les célébrations du cinquantenaire de l'indépendance dont les activités étaient conçues presque
uniquement autour du culte de sa personne.

Ainsi, qu'il soit subitement plus actif à la veille de quitter le pouvoir qu'il ne l'a été au début de son accession à la magistrature suprême en 1982 où il n'assistait presque à aucune rencontre internationale, il demeure néanmoins
essentiel pour lui de dissiper dans la mesure du possible la détestable image qu'il a laissé de la diplomatie camerounaise et aussi l'image pas encore tout à fait laver du Cameroun vu, sous son règne, comme un des pays les plus corrompus au monde.

De plus, il est difficile de voir comment il aurait pu se faire plus convaincant dans son discours aux Nations Unis dans lequel il remet la faute aux bailleurs de fonds. En fait, le Chef de l'Était croirait que l'échec du   développement du continent Africain est aussi la responsabilité de l'Occident. Pourtant le Ghana, la Tunisie ou le Maroc se trouvent bien en Afrique. Que le Maroc viennent aujourd'hui nous assister pour l'eau semble normal pour lui.

Même s'il y aurait une part de vérité dans ce qu'a dit le Président Biya dans son speech devant les Nations Unis, il serait tout de même intéressant qu'il fasse un bilan de ses propres 30 ans de règne sans partage devant le peuple camerounais. C'est lui l'élu du peuple et c'est donc lui qui doit rendre compte aux citoyens au Cameroun et non à l'étranger.

Et s'il est permis aux camerounais aujourd'hui de faire un bilan des 30 années de pouvoir du renouveau, ils diraient simplement quel gâchis ! Au premier rang, si cela a pris moins de 4 mois pour modifier la Constitution dans son article 6, alinéa 2 nouveau stipulant désormais que le "Président de la République, élu pour sept ans, est rééligible", pourquoi cela prendrait tant d'années pour faire appliquer certains projets de lois, le Sénat, la déclaration des biens des élus ou la question de la double citoyenneté?

Voila, à 90 jours de la fin de l'année, l'Assemblée nationale ne débat pas encore de l'article 31 du code de la nationalité camerounaise qui devrait être modifié pour reconnaître la double citoyenneté au Cameroun. Pourtant le chef de l'État l'avait promis pour cette année 2010 dans son discours de fin d'année 2009. Et on sait comment la section RDPC de France s'en était d'ailleurs ventée oubliant que dans le passé, plusieurs memoranda sur ce sujet ont déjà été soumis au président Biya sans suite.

Même si la délégation interministérielle qui a fait le tour du monde il y a quelques mois avait juré que tout était prêt, et qu'il ne restait plus qu'une volonté politique, rien ne semble indiquer pour le moment que le chef de l'état
dira qu'il a tenu parole en annonçant la double citoyenneté dans son discours cette fin d'année 2010.  À moins d'un coup de tête. Va-t-il tenir parole? Rien n'est pour le moment assuré. Car si le passé est garant de l'avenir, on est en droit de se demander où est le Sénat qu'on attend depuis 1996? Qu'avons-nous fait de l'application de la loi sur la déclaration des biens des élus? Aucun élu camerounais ne déclare ses biens avant de prendre fonction. Autant de promesses non tenues.

Il y a aussi l'intérêt subitement manifeste pour la tenue cette année coûte que coûte du Comice agro pastoral que la ville d'Ébolowa attend depuis 1988. Ce projet, plus politique qu'agricole, permet de mettre à nu le manque d'intérêt que le président Biya a eu pour sa province natale pendant tout son règne. Ce Comice permettra de bitumer 5 kilomètres de route. De construire un hôtel de niveau international qui s'achèvera peut être 6 mois après l'évènement.
Possibilité d'y délocaliser sans doute une agence de la banque centrale et peut être d'y avoir un jour l'université Équatoriale si cher au professeur Jacques Fame Ndongo. Oui c'est bien beau tout cela. Mais peut-on en déduire que la région de l'Est attendra aussi 20 ans pour son comice politique!

Non. Monsieur le président, il faut une vision pour notre pays. Il faut un plan comme notre fameux plan quinquennat. Car il avait l'avantage de tracer les bases de développement durable pour les prochains 5 ans. À la fin on faisait un bilan quantifiable de nos réalisations. Et aussi il permettait d'apprendre de nos
erreurs. Aujourd'hui on navigue à vu et à coup de tête, à coup de feuille de route sans lendemain. Et on peut très bien comprendre le Ministre des finances qui hésiterait encore à débloquer une bonne partie de 40 milliards alloués au comice agro pastoral d'Ébolowa. Pour quelqu'un qui a travaillé dans une institution où on fonctionne par projet bien ciblé et qu'on rend compte, il est normale que ses actions frustrent les 10 ministres impliqués dans le comité du Comice en leur demandant tout simplement de bien faire leur devoir en présentant
un pro forma de facture pour activer le déblocage d'argent.

On peut saluer la relance de la diplomatie Camerounais et surtout le fait qu'on ai compris finalement que la politique de la chaise vide a trop nuit à notre pays jadis bien perçu et avantagé par son bilinguisme et surtout la
qualité de ses diplomates, de ses fils dans les instances internationales. Le règne de monsieur le Président Biya est caractérisé par la mauvaise gouvernance qui a vu la faillite de la Caisse d'épargne postale, la Camair, la
Cameroon Bank, la BICIC, l'ONCPB, le CENEMA, la CNR autant que le Comice agropastoral dans l'esprit de rencontre agricole et non politique. Et maintenant celle des Lions indomptables.

Et c'est parlant justement de éléments de mauvaise gouvernance que le Président Obama, dans son discours, et s'adressant surtout aux dictateurs africains, a reconnu que la tricherie lors des élections, la modification de la constitution pour s'éterniser au pouvoir, le muselage des opposants et de la société civile sont des éléments qui contribuent durablement aux sous développement. "We see leaders abolishing term limits.  We see crackdowns on civil society.  We see corruption smothering entrepreneurship and good governance.  We see democratic
reforms deferred indefinitely"
, a soutenu M. Obama.  Parions que Monsieur Biya a trouvé le temps très long durant ce speech musclé du premier président noir des États-Unis.

Malgré ses efforts de fin de parcours politique, rien n'indique que la population va subitement croire Monsieur Biya. Il y a eu tellement de mensonges et de promesses brisées depuis 1982 que le président aurait bien du mal à convaincre ceux qui ne veulent même plus entendre ses explications et qui souhaitent qu'il cède son fauteuil coûte que coûte en 2011, voire même avant.
 
Martin Stéphane Fongang

www.icicemac.com

Martin Stéphane Fongang

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE