07/10/2010 03:37:50
Malaise : Un ancien député du Rdpc brise la glace
Dans son essai «Député de brousse», Ferdinand Ndinda Ndinda met en évidence les insuffisances du système parlementaire camerounais.
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Malgré sa dénomination «Palais de verre», la vie au sein de l'hémicycle de Ngoa-Ekellé n'est pas toujours connue du grand public. En dehors des lois qui y sont votées à longueur de sessions parlementaires, l'opinion publique est loin d'être au faîte des réalités, pour la plupart renversantes, qui prévalent au cœur du siège de la doyenne des institutions démocratiques camerounaises. Député de la 7e législature (2002-2007), Ferdinand Ndinda Ndinda révèle dans un livre-entretien de 115 pages les dysfonctionnements du système parlementaire camerounais.

L'ex député du Dja et Lobo (région du Sud) commence par critiquer le choix de ceux qui revendiquent la qualité de représentants du peuple. Selon lui «l'Assemblée nationale[du Cameroun, ndlr] regorge de parfaits inconnus politiques qui tombent parfois du ciel, de manière tout à fait accidentelle, pour être investis la seconde d'après, comme députés de leurs partis respectifs. Il y a même des cas où des personnalités, rendues célèbres grâce à leurs démêlés avec la justice, se retrouvent au Parlement, sans avoir pris le temps de souffler ou de récupérer, après plusieurs mois passés derrière les barreaux». Pour M. Ndinda, les partis politiques doivent filtrer soigneusement tous les postulants suivant la logique d'un portrait-robot du député préalablement défini.

Cela permettra, indique-t-il, de crédibiliser la fonction représentative au Cameroun, qui accuse une perte fatale de son prestige.
Parlant des microprojets parlementaires, l'ancien député du Dja et Lobo s'étonne qu'on demande aux députés de «participer à toutes les actions de développement au même titre que le gouvernement et toutes les institutions étatiques. Quand bien même cette participation serait réduite à l'échelle de l'enveloppe très modeste allouée et qu'il ne serait en réalité question que de poser de petits actes ponctuels et symboliques, n y a-t-il pas violation du principe de séparation de pouvoirs et de rôles ?», s'interroge-t-il. Selon l' «Honorable», les fonds des microprojets devraient être voués à la logistique du député, dans le sens de couvrir sa circonscription, d'éduquer les masses, de créer un véritable cabinet parlementaire, etc. Il suggère d'ailleurs une nouvelle dénomination pour les microprojets : «Fonds d'appui à la logistique du parlementaire».

L'ex parlementaire fouine également dans les marchés publics qui appâtent de nombreux députés. Pour lui, «sur l'autel des marchés publics, à la recherche des moyens pour fonctionner et surtout pour répondre aux nombreuses demandes d'aides de ses électeurs, le député sacrifie sa dignité, son intégrité, son honorabilité, pour tout dire sa personnalité». A cause de ces «cadeaux empoisonnés», il ne peut plus contrôler efficacement l'action gouvernementale. La levée des immunités parlementaires de certains députés a en outre capté l'attention de Ndinda Ndinda. Il déplore la précipitation et les conditions dans lesquelles ces levées d'immunité ont eu lieu. «Face au manque de jurisprudence en la matière, il est urgent que les députés demandent la création d'une commission de discipline et de levée de l'immunité parlementaire (...). C'est au sein de cette commission que les demandes émises par des tierces personnes ou des institutions seront étudiées. Mais c'est en définitive en session plénière que seraient discutées et votées les résolutions proposées par la commission».

Par ailleurs, l'élu du peuple déplore la bureaucratie qui s'est emparée du personnel de l'Assemblée nationale, la rémunération à double vitesse des députés, le bicéphalisme entre le président et le secrétaire général de l'Assemblée nationale entretenu par le pouvoir exécutif, la sous représentativité des minorités, le décalage entre les députés de l'arrière-pays et leurs homologues des grandes métropoles. Mais, d'après Ferdinand Ndinda Ndinda, le défi majeur des législatures futures sont : la constitution des commissions d'enquêtes et la question de confiance au Premier ministre. Pour le préfacier de l'ouvrage, le député Joseph Mboui, l'assainissement et le renforcement de la vie parlementaire devraient figurer en bonne place parmi les grandes institutions institutionnelles du président de la République à l'occasion de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance du Cameroun.

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