07/10/2010 04:05:55
Attentats au Nigeria : L'enquête de tous les dangers
C'est dire que l'enquête que mènent les SSS est pleine de dangers pour la stabilité du pays si, pour des intérêts inavoués, le clan Babanguida était mis sur le banc des accusés. Les contradictions au sein du parti au pouvoir doivent pouvoir se régler de façon civilisée...
Afrique Actu
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Le 1er octobre 2010, alors que les festivités de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance de la république fédérale du Nigeria battaient leur plein, deux déflagrations se sont fait entendre à Abuja. Il s'agissait en fait d'un double attentat à la voiture piégée. L'attaque a fait douze morts et une quarantaine de blessés. L'enquête diligentée par les autorités a rapidement permis d'arrêter neuf suspects.

Du coup, tous les regards se sont tournés prioritairement vers le MEND (Mouvement de l'émancipation du Delta du Niger), une formation rebelle qui trouble la quiétude dans la zone pétrolière du Nigeria.

D'ailleurs, Henry Okah, un ex-dirigeant du mouvement, a été arrêté en Afrique du Sud puisque Abuja assure que les suspects pris dans sa nasse ne sont pas des éléments du MEND, mais ont tous des liens avec Okah.

Mais depuis lundi 4 octobre 2010, cette enquête qu'on croyait une affaire sécuritaire est en train de prendre des allures politiques, notamment avec l'interpellation et l'audition de Raymond Dokpesi, magnat de la presse et surtout directeur de campagne d'Ibrahim Babanguida, l'ex-chef de l'Etat, qui entend cette fois briguer démocratiquement la magistrature suprême de son pays.

Selon les Services de sécurité de l'Etat (SSS), Dokpesi a été auditionné et libéré une première fois lundi et une seconde fois mardi parce que des SMS (Short message service) ont été découverts dans le téléphone d'un des suspects. Il semble qu'un des messages demandait si Dokpesi avait versé « le solde » tandis qu'un second concernerait l'organisation d'un rendez-vous au QG (quartier général) de campagne de Babanguida.

Il faut savoir qu'Ibrahim Babanguida est un challenger du président Goodluck Jonathan. Et dans quelques semaines, tous deux s'affronteront lors des primaires devant désigner le candidat que le PDP (Parti démocratique du peuple) présentera à la présidentielle.

Du coup, le camp Babanguida, qui voit dans l'audition de son directeur de campagne une forme d'intimidation, voire une chasse aux sorcières, accuse Goodluck Jonathan « d'instrumentaliser un problème sécuritaire à des fins politiques ».

Déjà que la bataille interne s'annonce serrée pour la désignation du porte-étendard du PDP, beaucoup voient dans les ennuis policiers de Dokpesi une volonté du successeur de Yar'adua de faire le vide autour de Babanguida et donc de l'affaiblir.

Dans tous les cas, rien n'est impossible puisque nous sommes en politique où, hélas, aucune manœuvre n'est de trop pour écarter un rival coriace, quitte à instrumentaliser certaines institutions républicaines pour parvenir à ses fins.

Cependant, s'il est avéré que ces textos ont été échangés, c'est tout à fait normal que Dokpesi ait été entendu. On ne peut pas le laisser parce que tout bonnement il serait le directeur de campagne d'un prétendant à l'investiture du PDP pour briguer la magistrature suprême. Par contre, il est impérieux que l'enquête se déroule dans les règles de l'art en respectant les droits de la défense.

Mais l'un dans l'autre, le Nigeria, ce colosse aux pieds d'argile, gagnerait à mieux traiter ce dossier, et dans la plus grande transparence qui soit. Car tout tripatouillage pourrait avoir des conséquences imprévisibles et très fâcheuses dans une fédération où, très souvent, pour un rien, des gens sont prompts à en venir aux mains et même n'hésitent pas à trucider des compatriotes.

C'est dire que l'enquête que mènent les SSS est pleine de dangers pour la stabilité du pays si, pour des intérêts inavoués, le clan Babanguida était mis sur le banc des accusés. Les contradictions au sein du parti au pouvoir doivent pouvoir se régler de façon civilisée. Ce serait le comble si le pays venait à basculer dans le chaos à cause des rivalités au sein du PDP.

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE