08/10/2010 18:44:30
Paul Biya: Un prince tourmenté par le pouvoir absolu
En l'espace d'une semaine, le président de la République a été confronté à trois événements qui lui ont suscité la frayeur. La tourmente semble ne faire que commencer...
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Le chef de l'Etat, Paul Biya et son épouse, Chantal, de retour d'Abuja au Nigéria, ont rallié Yaoundé par route au matin du samedi 1er octobre 2010. Quelques heures avant, l'avion transportant l'illustre passager avait atterri au dirait en catastrophe à l'aéroport international de Douala, la capitale économique du Cameroun. De source officielle abondamment relayée par la Cameroon Radio And Television (Crtv), l'aéronef à bord duquel se trouvaient Paul Biya et sa suite a été orienté dans la capitale du Littoral du fait des conditions météorologiques hostiles. Des indiscrétions de proches collaborateurs du président de la République laissent cependant croire qu'en réalité des défaillances techniques en étaient la cause.

Quoiqu'il en soit, 24h avant, alors qu'il prenait par aux festivités marquant le cinquantenaire du Nigeria, les Camerounais ont suivi la peur dans le ventre la nouvelle sur les expositions survenues non loin de la place des cérémonies à Abuja. Surtout qu'avant l'annonce officielle des événements, les téléspectateurs camerounais n'avaient d'explication sur l'interruption de la retransmission en direct sur le petit écran de la parade qui avait débuté dans la ferveur. En tout cas, de bouche à oreille, on aura appris que le président nigérian Good Luck Jonathan aurait été parmi les blessés, avant que l'on apprenne les explosions qui ont fait 12 morts, ont eu lieu non loin de la place des fêtes.

Une semaine plus tôt, le prince avait vécu horrifié, d'autres événements parmi les humiliants de son long bail (28 ans) à la tête du Cameroun. Ainsi qu'on a relu l'information reprise en boucle par plusieurs sites Internet dont ceux de la Cemac (icicemac), de Camnews24, de Camer.be... Et surtout des vidéos sur YouTube. En effet, des membres du Collectif des organisations démocratiques et patriotiques des Camerounais de la diaspora (Code), dirigés par leur leader Brice Nitcheu, ont appelé au départ du chef de l'Etat de l'établissement hôtelier samedi, 25 septembre 2010.
A la réception de l'Intercontinental, toujours d'après les sources citées plus haut, Brice Nitcheu et deux de ses lieutenants ont dit être venus «pour débarquer Paul Biya». Si pour le Code le coup a été «astucieusement préparé», la sécurité rapprochée du président de la République a été prise de court. D'autant que les manifestants ont déjoué la sécurité de l'hôtel avant de s'y introduire armés de gros sacs de documents dont ils sortiront des drapeaux du Cameroun et de lourdes chaînes en symbole de la confiscation du pouvoir politique au Cameroun.

Observateurs
Pour de nombreux observateurs, ces différentes scènes en une semaine, peuvent se traduire comme le chant du signe pour celui qui donnait rendez-vous dans une vingtaine d'années aux Camerounais en juin 2004 alors que le Cameroun bruissait de rumeur sur sa mort en Suisse. Lui, en revanche, n'en a cure. Au contraire, il s'apprête à briguer un autre mandat au sommet de l'Etat. En témoignent les motions de soutien qu'il suscite à travers le pays de 2008, à la veille de la modification de la constitution et au lendemain des émeutes de la faim au terme desquelles, Paul Biya parla des «apprentis sorciers».


Officiellement âgé de 77 ans, il a débarqué à la récente 65e assemblée générale des Nations unies avec son fils, Paul Biya Junior et sa cadette Brenda Anastasie Eyinga. On dirait un monarque venant au soir de sa vie, présenté son successeur à ses pairs et congénères. S'il a plaidé pour un plan Marshall en faveur de l'Afrique, le président camerounais a laissé le monde sur sa faim à propos des Objectifs du millénaire sur le développement (Omd). Etait-ce à cause de la piètre prestation du Cameroun? On peut le croire. Toujours est-il que le pays fait pâle figure à côté du Rwanda (cinq objectifs sur huit), cité en référence par nombre de dirigeants de la planète.

Qu'importe! Paul Biya veut rester au pouvoir. Et il s'est donné les moyens pour ce faire. La dernière modification constitutionnelle lui accorde d'ailleurs davantage de pouvoir. Le Cameroun entier à travers les colonnes du Cameroon Tribune et la radio télévision d'Etat le supplie à genoux pour se représenter. Certains de ses militants et proches collaborateurs font même savoir qu'il est le seul Camerounais à pouvoir tenir le gouvernail. D'aucuns comme Jacques Fame Ndongo ont même proclamé sa divinité. Le peuple se souvient en tout cas que cet universitaire a proclamé que «nous sommes les esclaves du président Biya (...) Je dirais même que nous sommes ses créatures».
En surhomme, dieu le président de la République caresse l'espoir de son troisième septennat. Mandat de trop? Question sans réponse. Il lui faudra cependant comme c'est déjà le cas, beaucoup de force. De c?ur et de nerfs. Un peu plus qu'il n'en a eu jusqu'ici en tout cas. Car la tourmente semble ne faire que commencer.

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