02/07/2009 12:29:39
Réaménagement : Un air de « realpolitik » sur fond de jeu de chaises musicales
La disgrâce d’un Inoni relativement affaibli, ainsi que le marquage politique de Marafa sur la place de Garoua, apparaissent comme  des indicateurs significatifs des actes du président de la République.
La Nouvelle Expression
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A qui s’adresse le message de fond du réaménagement gouvernemental effectué le 30 juin 2009 ? Chez ce Chef de l’Etat qui traîne la réputation de ne pas se conduire selon les logiques du hasard, la question n’est dénuée d’intérêt.

Depuis de longs mois, la scène politique camerounaise était traversée par une expectative à propos d’une redistribution des cartes sur l’échiquier gouvernemental notamment. Mais le président de la République a décidé d’une reconsidération des postes, des fonctions et des profils à quelques jours seulement de son départ pour la France – de fiables indiscrétions prévoient un déplacement avant la fin de cette semaine- dans le cadre d’une visite officielle. Comme s’il tenait  à réaffirmer une évidence politique : il reste la maître du jeu. Un message qui pourrait avoir quelque résonance en direction de cette France où certaines figures de l’establishment camerounais sont réputées avoir  des soutiens... Est-ce une simple coïncidence  si le jeu politique sur la place de Garoua est promis à d’insondables développements, avec le retour au gouvernement de Issa Tchiroma Bakari – qui sait apparemment mieux que beaucoup que certaines figures du régime ne pensent qu’à l’échéance de 2011- et le  maintien au gouvernement  à son rang de Bello Bouba Maïgari ?
Seul maître à bord du bateau Cameroun donc, qui  n’a pas dérogé,  jusqu’aux derniers jours du bail de Ephraïm Inoni à l’immeuble étoile, à un rituel : l’ancien Premier ministre a été reçu au palais de l’Unité vendredi 27 juin par le président de la République. Rendez-vous hebdomadaire, audience ordinaire, consacrée aux grands dossiers d’actualité si l’on en croit des sources informées. Mais conjoncture tout à fait exceptionnelle  à plus d’un titre.  Le  « Chef du gouvernement » n’avait pu effectuer une mission de promotion de l’image du Cameroun à  Bruxelles. Faute d’une autorisation de Paul Biya, selon des avis informés. Pour des raisons liées à un sommet extraordinaire de la Cemac -dont le calendrier peinait à se construire- à en croire quelques membres de son entourage. Et d’un.

Et de deux,  dès samedi 28 juin, Paul Biya avait des idées fort avancées sur le réaménagement du gouvernement. Croustillante indiscrétion : le sort de René Sadi  faisait  encore l’objet de quelques hésitations. Il s’agissait de trancher une alternative : soit sortir entièrement l’alors secrétaire général adjoint de la présidence du circuit gouvernemental, soit alors l’y maintenir à des fonctions dont les contours n’étaient pas encore arrêtés.
 
Ritualisation des audiences
 
Depuis le 30 juin, on sait désormais que M. Sadi est venu enrichir les effectifs des ministres chargés de mission à la présidence de la République. Plume du chef de l’Etat, à la loyauté et à la réserve éprouvés, il est, secret de Polichinelle,  inscrit sur les orbites les plus prisées de la galaxie Biya. De cette posture,  le toujours secrétaire général du comité  central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, qui laisse percevoir une ferme intention de moderniser le parti au pouvoir,  peut en dérouter plus d’un observateur.  Et prendre de cours quelques contempteurs  sur  un certain échéancier politique.  Plus qu’une indication...
Cela dit, le mouvement qui touche à l’entourage présidentiel, - et qui, fait notable, épargne Laurent Esso, ministre d’Etat, secrétaire général de la présidence de la République- touche un autre désormais ex- secrétaire général adjoint de la présidence : Philémon Yang. Le magistrat, passé par la diplomatie, instruit du style Biya, cumule déjà, par son itinéraire,  de précieux atouts pour les fonctions de Premier ministre. Il y a plus : sa trajectoire aux affaires qui lui épargne un certain « complexe de second » à la tête d’une équipe gouvernementale où il ne compte aucun ancien « patron ». De ce point de vue, il dispose de coudées que l’on espère franches,  pour la coordination  efficace   des activités gouvernementales. Cette donnée cristallise d’autant plus l’attention  que  les observateurs peu distraits savaient que le gouvernement souffrait, pour une bonne part, d’une forme d’indiscipline matinée d’inertie, qui avait fini par fragiliser- bien qu’il ne le reconnût point ouvertement- Ephraïm Inoni, ancien secrétaire d’Etat aux Finances, ex-secrétaire général adjoint à la présidence sous Amadou Ali et Marafa Hamidou Yaya, devenus respectivement  vice Premier ministre, ministre de la Justice, et ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation. Pour autant, on s’apercevait aussi que le règne de Ephraïm Inoni semblait à bout de souffle. La ritualisation des audiences accordées à d’insaisissables  «  investisseurs » aux promesses aussi mirobolantes qu’aériennes, donnait la mesure de son engagement sur des chantiers aussi complexes que celui de l’économie. Encore soulignait-on, meza voce, dans les allées du gouvernement, la propension  à un tourisme de luxe – dont les joyeusetés étaient étendues aux membres de la famille et du clan- à des fora à l’occasion de missions dont beaucoup peinent à déceler les retombées concrètes au-delà des annonces souvent enthousiastes.
 
Déception à Etoudi
 
Dans cette conjoncture, les solutions préconisées par un comité ad hoc mis en place par le Premier ministre pour faire face à la crise financière planétaire qui n’a pas épargné le Cameroun, ont achevé de mettre un bémol sur l’optimisme des partisans de Ephraim Inoni, jamais à court d’arguments pour mettre en saillis le « volontarisme » de leur champion. Et cela, d’autant que les préconisations du Comité, endossées par le locataire de l’immeuble étoile, et acheminées à Etoudi, avaient froidement été jugées peu ambitieuses ; au point que la copie fut retournée au Premier ministre. Bien avant cet épisode, une partie de l’opinion trouvait curieux le maintien en fonction d’un Premier ministre dont le nom avait été cité dans l’affaire « Albatros », une des affaires les plus en vue jusque là de l’«opération épervier », en dépit du fait que Ephraïm Inoni n’avait été entendu par la police que comme témoin, et que  la justice n’avait pas prononcé de sentence à son endroit. ( Lire article de David Nouwou).

Ces derniers mois, l’impression de déception à Etoudi était telle qu’on disait même le président à la recherche d’un nouveau profil de Premier ministre. On avançait le nom de Zaccaheus Fornjimdam, happé par les serres de l’opération épervier – sans que forcément Ephraïm Inoni y vît quelque inconvénient, à défaut de saluer ouvertement la tournure des évènements, et l’audience que le président de la République accorda plus ou moins discrètement au gouverneur de la région du Littoral, Faï Yengo Françis, fit l’objet de « fuites ». Comme s’il s’agissait d’ébruiter une consultation qui eût pu mettre fin à un règne à l’immeuble étoile. Mais le ciel s’étant éclairci, on se demande si le nouveau locataire détient toutes les clés de son bail.

Valentin Siméon Zinga

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