02/07/2009 12:38:36
Entrevue : "Ce que Andze Tsoungui m'a dit sur Paul Biya"
Il fait partie des trois commissaires de police ayant défrayé la chronique en 2006. Accusés de chantage et de confiscation des biens de deux jeunes Françaises, ils seront révoqués. Le commissaire Albert Léopold Ebéné avait alors choisi le chemin de l’exil.
Le Messager
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Accompagné de son épouse enceinte et de ses deux enfants, il quitte le Cameroun le 24 septembre 2006 par voie terrestre, pour d’après lui, épargner leurs vies menacées. Dans une interview exclusive accordée au Messager, il refait surface et dit sa détermination à chasser Paul Biya du palais d’Etoudi en 2011. Albert Léopold Ebéné parle également de ses confidences avec l’ex-vice premier ministre Gilbert Andzé Tsoungui et la conférence de lancement de sa candidature prévue le 9 juillet prochain, en terre parisienne.

Pourquoi avoir choisi de quitter le Cameroun alors que certaines tractations de coulisses annonçaient votre réhabilitation dans le corps de la police ?

Le lobby homosexuel installé au pouvoir, qui tenait à tout prix à légaliser et à contraindre la jeunesse à cette pratique au Cameroun avait vu en moi, un jeune commissaire efficace qui, bien que refusant de baisser sa culotte pour une ascension professionnelle, n’avait pas hésité à démanteler leur stratégie. Pour éviter des rébellions similaires, ils ont programmé de me sacrifier pour que je serve d’exemple. A propos de l’homosexualité, l’histoire me donne raison ; ce que je décriais il y a quelques années est devenu une évidence aujourd’hui. Le texte sur le mariage des gays, est dans les tiroirs en ce moment à l’Assemblée nationale. Paul Biya, fils de catéchiste, est en passe de légaliser l’homosexualité au Cameroun. Céline Metzeger, lesbienne, est venue au Cameroun sur invitation dudit lobby. Je compte débattre de ce sujet dans la prochaine campagne électorale. Débat au cours duquel les Camerounais auront le choix entre ceux qui veulent légaliser l’homosexualité au forceps et ceux qui veulent protéger la jeunesse.

Le président Paul Biya a procédé lundi à un réaménagement du gouvernement. Quelles lectures vous inspirent les changements opérés?

Les Camerounais doivent comprendre aujourd’hui que tout ce que je leur avais dit sur l’homosexualité, sur le rôle de Mebe Ngo’o dans le dispositif de Biya n’était que vérité. Ce qu’ils ignorent par contre, c’est que le gouvernement qu’ils attendaient depuis a pris assez de temps parce que le président Paul Biya recherchait une occasion à travers laquelle Mebe Ngo’o allait s’illustrer pour faire taire les nombreuses critiques dues à son incompétence et continuer à le pousser doucement mais sûrement vers Etoudi. Le grand meeting qu’il a présidé ces jours-ci à l’école nationale supérieure de police de Yaoundé a été pour le président, un rebond à saisir. Je pense aussi en ce moment au scénario de simulacre de coup d’Etat que Paul Biya pourra organiser dans les tout prochains jours pour installer Mebe Ngo’o au pouvoir. C’est une des nombreuses hypothèses que je savais, à l’époque où j’officiais aux renseignements généraux et qu’elle pourrait être utilisée à un moment ou à un autre.
En effet, Paul Biya devrait simuler une évacuation sanitaire précipitée et un proche avec l’aide d’une partie de l’armée prendrait le pouvoir. A la lecture de ce gouvernement, il ne fait aucun doute que ce dossier que je connais secret et dans les tiroirs est en branle. Paul Biya a peur de vivre ce qu’il a fait vivre au président Ahmadou Ahidjo. C’est pourquoi il tient à céder le pouvoir à une de ses fabrications au même moment qu’il fait des promesses aux autres. Les promesses du chef de l’Etat Biya n’engagent que ceux qui y croient.

On vous annonce comme candidat à la présidentielle de 2011, pour challenger le chef de l’Etat Paul Biya. Est-ce vrai ?

L’exil m’a permis de conforter et de mûrir mes idées et mon projet politique pour le Cameroun. J’ai découvert le bien-être des populations des pays développés. Je me suis frotté à leurs dirigeants et j’ai compris que notre malheur vient de ceux qui sont à la tête de notre pays. Le moment est venu de penser à l’épanouissement total de nos populations. En plus, je connais tous les mécanismes de conservation du pouvoir de M. Biya que je suis déterminé à neutraliser avec ma candidature à la présidence de la République.

Qu’est ce qui peut bien motiver votre candidature ?

J’ai décidé d’être candidat parce que j’ai un projet politique original à proposer au peuple camerounais. Je voudrais précipiter le départ à la retraite de Paul Biya, afin d’éviter aux Camerounais l’incertitude et la peur qui pourront les animer si Biya venait à mourir au pouvoir comme c’est le cas actuellement au Gabon. J’ai la certitude de battre Biya aux prochaines élections, même dans ce qu’il considère être ses bastions, surtout dans son propre village à Mvomeka.

Quel est votre plan de campagne et votre programme ?

Il y a actuellement une urgence : rétablir l’ordre républicain en dotant le Cameroun d’institutions fortes qui seront à l’abri des manipulations des différents hommes politiques. Notre programme politique s’articule autour de cent huit points que nous soumettrons à l’approbation du peuple.

Il y a actuellement, un débat au Cameroun sur l’enrichissement illicite du président de la République. Pour avoir travaillé dans les services secrets du Cameroun, quelle lecture faites-vous de la fortune, du président Biya ?

Selon les lois de la République, le supposé chef de l’Etat Paul Biya est un prisonnier ambulant. Quand on voit ce qu’il a fait jusqu’ici pour se maintenir au pouvoir, et si à cela s’ajoute la mauvaise gestion des personnes et des biens de la nation qui ne respecte en aucun cas les normes républicaines, l’on comprend qu’il y a tellement de choses à redire. Il est incontestable que Paul Biya a une fortune colossale à l’extérieur du Cameroun. A la différence des autres présidents, il a dissimulé ses avoirs sous des prête – noms. Un ex-gestionnaire de ses comptes est aujourd’hui en prison. Il s’agit de Titus Edzoa. Tous ceux qui sont interpellés dans l’Opération Epervier ou qui le seront plus tard, ont une histoire de complicité soit avec Paul Biya, ou avec sa famille directe. Je peux citer dans la foulée des gens comme : Emmanuel Gérard Ondo Ndong que j’ai personnellement entendu dans mes services ; Gilles Roger Belinga qui a pour complice le neveu de Biya ; l’ancien caissier principal de la Sic et collaborateur direct du D.g ; le ministre Urbain Olanguena Awono on le sait, détenait la caisse où se servait à volonté la première Dame du Cameroun. Quant à Gervais Mendo Zé, l’enquête que j’ai menée avec le divisionnaire Ewane Mbouta Adolph m’a permis de comprendre la ruine de la Crtv et les raisons pour lesquelles cet ex-Dg ne sera jamais inquiété.

Après Bongo, Sassou et Obiang, Biya mérite-t-il d’être poursuivi ?

Sans aucun doute ! Cela devrait servir de leçon pour le futur Camerounais qui voudrait aspirer à la Magistrature suprême. Nous savons que le président Paul Biya s’accroche et préfère mourir au pouvoir dans le but de se soustraire aux inévitables poursuites judiciaires. Cela le préoccupe tellement. Il est tout à fait conscient de l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de sa tête. Dans cette lutte pour sa survie, le peuple camerounais est loin d’être sa préoccupation. Le peuple camerounais souffre le martyr. C’est une injustice que nous comptons bientôt réparer. Quelqu’un qui n’a jamais eu faim ne peut en aucun cas comprendre les difficultés qu’éprouve un peuple. Bien plus, Biya est très éloigné de son peuple. Il vit plus à l’étranger que dans son pays. Au palais de l’Unité, il ne reçoit que les bourgeois. Jamais, il n’a daigné répondre à un courrier à lui adressé par le bas peuple. Il se fiche de tout le monde car il se sait protégé à l’extérieur. Mais jusqu’à quand ?

Comment appréciez-vous l’Opération Epervier et les différentes arrestations ?

Je doute fort bien que l’Opération Epervier soit menée sincèrement, telle qu’elle devrait l’être. Je suis l’un des tout premiers commissaires en charge des grandes arrestations du 21 février 2006. C’est à ce titre que je tiens tout d’abord à informer les Camerounais que Biya n’est en rien l’instigateur de cette opération mains propres. L’homme est resté fidèle à sa logique d’individu complaisant et permissif durant 27 ans de règne. Les listes dont il est question sont venues des Etats-Unis envoyées par le président Bush qui voulait démanteler les réseaux de financement de Al Qaïda à travers le monde. Les services secrets américains (Cia et Fbi) ont été surpris d’identifier un groupe d’individus hyper fortunés originaires d’un petit pays d’Afrique qui passe son temps à demander de l’aide.

Lorsque Biya reçoit la liste des mains de l’ambassadeur américain en fin 2005, il soustrait un certain nombre de noms de personnes qui lui sont très proches puis confie la liste à Jean-Marie Atangana Mebara, ci-devant Secrétaire général à la présidence de la République, qui à son tour fait la même chose. Il ne restera sur la liste que les noms des personnes n’ayant pas de parrain au cœur du pouvoir. A ce que je sache, si arrestations il doit avoir, les chambres privées du palais d’Etoudi ne seront pas épargnées.

Est-ce à dire qu’il y a d’autres détourneurs encore en liberté ?

Oui ! Les vrais pilleurs de la République se promènent librement dans les rues du Cameroun. Et même, ceux que vous croyez être en prison sortent de temps à autre pour rendre visite à des particuliers ou passer des nuits dans leurs résidences. Ceci fait partie de la stratégie de Biya pour apaiser lesdits prisonniers afin d’éviter un déballage qui pourra à n’en point douter le compromettre. Au même moment, il se joue du peuple en lui faisant croire qu’il sévit. Ainsi, il prépare habilement les prochaines échéances électorales.

Pensez-vous que le président Paul Biya doit aussi être une cible de l’Opération Epervier ?

Bien évidemment ! J’ai géré de grands dossiers d’Etat. S’il y a un nom qui est revenu régulièrement dans les transferts d’argent, c’est celui de Biya et de son ex-directeur de Cabinet civil, le fameux sous-préfet (Alain Edgar Mebe Ngo’o).

Vous avez été un proche de Gilbert Andzé Tsoungui, ancien vice-Premier ministre, qui vous considérait comme son fils adoptif. Quel genre de collaborateur était-il pour Biya ?

Par respect pour sa mémoire, j’aimerais éviter de polémiquer. Cependant, je ne peux m’empêcher de dire que ce grand commis d’Etat avait de l’amour pour le peuple camerounais et pensait que les Camerounais méritaient plus que ce qu’ils reçoivent. Permettez-moi d’apporter une précision : Andzé Tsoungui n’a jamais milité pour le parti au pouvoir, le Rdpc. Il a toujours évité d’apparaître aux réunions publiques de ce parti.

Avait-il des regrets ? Si oui, qu’est-ce qu’il vous a dit sur Biya ?

Des regrets, il m’en a confiés plusieurs. Pour l’instant, je ne peux évoquer qu’un seul. Celui du ministre des Forces armées qu’il était le 08 avril 1984, deux jours après la tentative du coup d’Etat manqué qu’il avait réussi à mater.

Alors que Paul Biya se trouvait encore dans sa cachette, des officiers supérieurs de l’armée dirigée par certains généraux avisés vinrent vers lui pour lui proposer de devenir chef d’Etat parce que celui pour qui ils se battaient (Paul Biya) ressemblait à tout, sauf à un président de la République, et ne garantissait pas au peuple camerounais un épanouissement véritable. Une ébauche de discours lui fût proposée avant la prise du pouvoir. Par profond respect pour les institutions, il décline l’offre et ordonna que le Président Biya, qui aurait pu être arrêté, sortît de sa cachette afin d’être réinstallé au pouvoir. Il pensa plus tard qu’en déclinant cette offre des officiers supérieurs de notre armée, il s’était soucié moins des intérêts du peuple et n’avait pas su lire l’avenir.

Souley ONOHIOLO

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