21/10/2010 04:57:52
Le football Camerounais pris en otage
Se jouera ou ne se jouera pas la coupe du Cameroun? C’est la question qu’on est en droit de se poser aujourd’hui.
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Fovu club, un des finalistes, se serait retiré. Racine Club refuserait de remplacer l’équipe démissionnaire. Astres manifeste son impatience. Le début  du championnat de première et deuxième division reporté une fois de plus. Telle est la situation alarmante d’un football qui se meurt petit à petit depuis des années. Le temps est venu de dire trop c’est trop. La Fécafoot  se trouve dans une impasse totale puisqu’elle a fait de la finale de la coupe du Cameroun, la compétition qui clôture la fin de saison et maintenant marque aussi le début d’une nouvelle saison footballistique.  C’est pourquoi la fin de l’édition 2009-2010 qui traîne bloque le démarrage de la saison 2010-2011.
Cette finale 2009-2010, bien qu’annoncée plusieurs fois ne s’est pas encore tenue et la date exacte de la rencontre n’est pas connue non plus. On fonctionne avec le «Ça pourrait se jouer le ... sans date fixe».
La raison la plus connue de ce blocage est qu’il faut arrimée la date du match avec l’agenda du Chef de l’État Paul Biya. Ce qui est une bonne chose en soi.
Car quoi de plus normal que de voir le premier sportif du pays assister à la clôture de la saison de football et de remettre le trophée de dame coupe à l’équipe gagnante? D’autant plus que c’est l’occasion pour le chef de l’état de communier avec ses compatriotes à travers cette activité devenue par la tradition une religion au Cameroun.
Hélas, loin d’être une simple fête de fin de saison sportive, la programmation de cette activité, qu’on espèrerait apolitique,  est devenue au fil des ans un véritable cauchemar, pour ne pas dire un casse tête tant pour la Fécafoot  qui doit lancer la nouvelle saison en indiquant une date précise, que pour les 2 équipes finalistes qui n’arrêtent pas de s’entraîner ou à faire des aller-retour à Yaoundé sans date fixe et à leur frais puisqu’on fonctionne en mode « Ça se peut qu’on joue le… ». Mais il y a aussi la situation financière des 14 équipes
du championnat nationale qui n’arrêtent pas de s’entraîner et qui pour certaines ont déjà nolisé des bus pour le déplacement de la première journée du championnat.
Il y a pire encore, la saison footballistique 2010-2011, qui devrait commencer la semaine dernière a été reportée. Le comité d’urgence de la Fécafoot décide que  MTN Elite One du 16 octobre 2010 est reporté au 13 novembre et MTN Elite Two du 23 octobre 2010 est renvoyé au 20 novembre. Tout cela à condition que la finale de la coupe du Cameroun se soit tenue d’ici là. Si non elle pourra être encore reportée. C’est d’ailleurs pour cette raison que la Fécafoot  avance cette date au conditionnel sur son site web. Pour le moment tout est au point
mort.

Une Fécafoot  impuissante devant la présidence de la république
Tout ce que la Fécafoot  connaît et communique aux équipes finalistes, c’est le tenez-vous prêtes comme des pompiers en attente d’alerte. La finale peut se joueur à tout moment. C’est d’ailleurs au rythme de cette chanson que dansent les équipes finalistes chaque année, sans que rien ne change. Tenez, les finalistes de cette édition 2009-2010 de la coupe du Cameroun sont connus depuis juin. Pourquoi dans un pays organisé comme le nôtre on ne parvient jamais à programmer un évènement comme la finale de la coupe du football à une date fixe?
Alors que les finalistes sont connus depuis plusieurs mois? Voici comment la Fécafoot l’annonce sur son site web : « La Finale de la Coupe du Cameroun se jouera soit le 24, soit le 31 octobre 2010 ».

Normalement quand on fait les choses et gère un projet comme les règles de l’art l’exigent, dans le cas de cette coupe du Cameroun qui a dépassé sa 50ème édition et qui est un projet simple pour son caractère répétitif, on a un « open date » et un « closing date ».   Les différentes dates sont pour ainsi dire connues et consignées dans un calendrier des actions et tâches, ce qu’on appelle en terme technique activités, sont bien déterminées à l’avance. Parmi ces activités à compléter, il y a la finale qui est d’ailleurs une des plus importantes. Elle se
doit donc d’être connue car elle garantie le succès annuel.
La gestion d’un tel projet, nécessite la prise en compte de certaines variables environnementales et  circonstancielles connues, à cause du caractère répétitif de la coupe, chaque année, qui permettront tout au long du projet, de gérer les imprévus et surtout d’amoindrir les risques. C’est la loi de la logique événementielle dans ce cas ci. Si X ne marche pas alors Y, si non Z. On peut aussi parler de plan B. A titre d’exemple simple on peut citer le report d’un match pour la raison X. La pluie ou une situation de résultat contesté par exemple. La fécafoot  a bien prévu tout cela puisque certains matches éliminatoires prévus samedi ou dimanche peuvent se jouer ou rejouer le mercredi suivant afin que soit respecté le calendrier des étapes du projet coupe du
Cameroun.
Par contre, il appert que dans le cas de l’évènement final, rien ne semble être prévue pour parier à l’absence du chef de l’État, pourtant variable circonstancielle déterminante pour la dimension succès du projet coupe du
Cameroun.   Et c’est ici que le côté politique, une variable sous-jacente à la dimension succès prend en otage le football. Puisque c’est la présidence de la république qui communique la date de la finale à la Fécafoot,  qui de son côté alerte les équipes finalistes. Cette action est indépendante de la gestion. Le politique dans ce cas gère l’aspect marketing de la personne du chef d’État et non le succès du projet coupe du Cameroun mené par la Fécafoot.  Dans la mesure où, le trophée pourrait être remis par une autre personnalité de l’État
Camerounais que le chef de l’État. Et cela s’est déjà fait dans le passé. Mais en année préélectorale, il faut exploiter tout l’espace médiatique.
Du coup on se demande, quand la FIFA parle de politisation du football, en voilà un exemple patent. Mais hélas, la personnalisation, l’ensauvagement et la danse carcan autour de l’être suprême créateur et craint par tous ses tshinda font que personne autour de l’homme Dieu qu’est Paul Biya n’ose penser à une délégation de représentation à la finale au premier Ministre, voire même à un de nos chefs traditionnels, Lamido ou Sultan en l’honneur du football camerounais. Et pourquoi pas la première Dame? Peut-être qu’on devrait songer à la coupe du président comme la coupe du Roi en Espagne.
Une chose est certaine, cette situation n’honore pas le football camerounais. Privé de toutes compétitions africaines, il est en mode hibernation pendant que le championnat a démarré partout en Afrique. Raison de plus pour que le match éliminatoire pour la CAN 2012 tenue à Garoua le 9 octobre dernier tourne à l’avantage des visiteurs qui avaient dans leur rang plusieurs joueurs locaux du TP Mazembe finaliste encore cette année de la ligue des champions africains. Un terrain impraticable en situation de pluie, une vaccination surprenante sans
tenir compte des réactions aux vaccins pour des joueurs qui ont passés 90% de leur vie loin de la malaria. Et la température dans tout cela! Quelle catastrophe managériale sans sanctions aucunes?
Si, la raison principale du déplacement du deuxième match éliminatoire de la CAN 2010 tel que évoquée par le Ministère soit que la Stade Ahmadou Ahidjo était en préparatif pour la finale de la coupe du Cameroun, force est de constater que cette finale est toujours attendue.
Or ce déplacement coup de tête sans évaluation du risque environnementale de projet, a coûté deux points au Cameroun et place les Lions dans une situation pas souhaitable mais bien connue. «On aime cela car on joue mieux» diraient certains, mais, comme le dit aissi bien l’adage, « à force de jouer avec le feu, on finit par se brûler ».  Et c’est vrai, car en 2006, alors qu’on se battait pour une place pour le mondial Allemand, on s’est fait damer le pion au finish alors qu’un maigre petit point de plus nous aurait qualifié. L’année dernière, il a fallu que nos faiseurs de bonheur, comme on les appelle dans les rues du pays, se donnent à 500% pour arracher une qualification pour le Mondial Afrique du Sud. Tout cela avec le prix à payer, soit un salaire exagéré que nous a coûté l’embouche de Paul Mairie Le Guen, sorte de Jésus Christ le sauveur, présenté comme choix de l’autre Paul, à savoir le président Paul Biya lui-même, venu nous sauver. Comme quoi quand cela va bien c’est Paul Biya. Quand cela va mal, on assiste à un silence radio.
Qui a donc endossé la dégelée du mondial 2010? Personne. Aucune action, ni brainstorming pour apprendre de nos erreurs et mieux préparer le futur. Même Milla qui annonça vouloir faire des révélations compromettantes sur la gestion du football camerounais est vite rappelé à l’ordre. Il a été soumis à une réconciliation rapide avec le président de la Fécafoot. Le coach est parti. Un nouveau est arrivé. La page du chaos Sud Africain est tournée. On repart comme si une séance d’évaluation ne devait rien donner.
Voilà que la Fécafoot  pour punir et finir d’enfoncer le football Cameroun, présente un nouvel entraîneur que personne n’attendait, et qui plus est aurait déjà tenu des propos pas très acceptables à l’endroit de notre fierté nationale qu’est  le capitaine Samuel Eto’o Fils. Ce qui est encore incompréhensible pour les camerounais, qui paient ce coach, c’est la non publication des termes de son contrat. Pourtant cela devrait être public pour dédouaner tout le monde en cas de non respect de contrat.
Que Iya Mohammed, président de la Fécafoot  et Michel Zoah, Ministre du sport et de l’éducation physique s’offusquent de l’attitude de Javier Clemente et le somme de présenter un plan pour les 12 prochains mois est plutôt surprenant et dégoûtant. Pourquoi sommes-nous toujours à l’école d’apprentissage? La Fécafoot,
fort de l’expérience du passé, notamment  avec le cas de certains coaches «Feyman » comme celui qui nous avait coûté en son temps 6 mois d’avance de salaire sans jamais entraîner l’équipe du Cameroun, et qui démissionna après ces 6 mois, devrait se mettre sur ses gardes. Hélas. Ce qui choque c’est que parfois on a l’impression qu’ils font cela par exprès. Mais à regarder de plus prêt, on peut plutot croire qu’on ne comprend
pas bien le management. Rien n’est anticipé. D’autant plus que sur quelle base et avec quel réseau auraient-ils recruté Clemente? Quand on sous-traite une fonction, comme entraîner l’équipe nationale, qui engage tant de millions, on prend d’abord connaissance des capacités du sous-traitant et de son plan d’affaire avant de lui accorder un contrat. Sur quel plan de match proposé par ce dernier a-t-il été recruté? Pour lui demander après seulement 2 mois d’exercice, de présenter un plan pour les 12 mois à venir. On s’attendrait, dans une gestion transparente, dans le pire des cas qu’il fasse un ajustement de sa feuille de route et non qu'il en présente une. Il semble, et vous serez d’accord, que son plan devrait être même à la base de son recrutement. C’est le
Cameroun et le Cameroun c’est le Cameroun ! Trop ce n’est jamais assez, comme me disait encore au téléphone ce matin un journaliste camerounais bien connu.
Et comme dans la célèbre fable La cigale et la fourmi de La Fontaine, voilà que la fourmi ayant chanté tout l’été  que « certains cadres des lions ne sont pas bannis » entonne maintenant une autre chanson alors qu’approche la période des récoltes. La cloche de midi moins le quart  sonne désormais. Il leur faut réveiller les ouailles avant qu’il ne soit tard. Et si tel n’est pas le cas, comment expliquer qu’une délégation qu’on dit conduite par Roger Albert Milla soit dépêchée rapidement en Europe pour négocier le retour dans l’équipe nationale de certains joueurs dits cadres et surtout non « bencheur » dans leur club respectif? C’est tout simplement étrange dans la mesure où quand on n’est pas bannis d’un groupe, on répond tout simplement à une convocation, comme
d’habitude, pour rejoindre le staff qu’on connaît bien. Pourquoi donc négocier un retour?

Le véritable problème avec cette approche, c’est la manière de gérer une crise au sein d’une organisation. Dans une équipe, on ne peut pas avoir ni exiger des coéquipiers un même comportement ou une même attitude. On ne peut pas non plus imposer une seule attitude. Il faut plutôt des règles pour encadrer les énergies
et amener tout le monde vers le même but, voire le même objectif. Ces règles doivent être sues et acceptées  par tous ceux qui s’engagent à défendre l’hymne du pays. C’est ce qu’on appelle aussi contrat à l’embauche.

Aussi, la gestion d’une équipe prévoit la bonne compréhension de ce qu’on appelle la personnalité différente de chaque être du moment où un groupe de personne est toujours composé d’individus tous différents par leur attitude.
C’est le b.a.-ba des cours de gestion de ressources humaines que tout gestionnaire doit savoir si non doit apprendre. Même les jumeaux ne peuvent avoir le même comportement tout le temps. Il y a donc dans la vie des « Yes massa » et des « Tronc kada ». Pour dire mieux il y a des introverties et des extraverties. Le leader doit être une personne en mesure de gérer ces deux attitudes. Car le dynamisme et le succès de notre équipe nationale en dépendent et on ne peut fonctionner dynamiquement sans ces deux attitudes. Souvenez-vous de l’époque des frères Biyick. Si l’un était doux, l’autre ne se laissait pas marcher dessus. On se souvient aussi de l’apport de Roger Milla ou de Makanaki qui étaient tout sauf des moutons dans les Lions. Cependant à leur époque on a su gérer la pair Milla et Manga tout comme Tommy et Bell. Ce fût une des belles périodes du foot camerounais malgré toutes les crises. La défense du drapeau national primait toujours sur l’expression de la
personnalité sur le terrain.
Tout simplement pour dire que la situation actuelle n’est pas nouvelle. Il s’agit tout simplement d’avoir les hommes qu’il faut à la place qu’il faut pour gérer cette situation de crise comme il faut. Et cela presse, car on risque de se retrouver encore dans une situation très inconfortable. Et manquer la prochaine CAN qui se déroulera en face de chez nous serait une catastrophe tant sur le plan financier, culturel, touristique, qu’émotionnel. Et plus loin la coupe du monde 2014, risque, si le passé est garant de l’avenir ne durer que le temps des trois matches du premier tour. Souvenez-vous, nous sommes à 6 participations déjà à la coupe du monde. Le Cameroun n’a traversé le premier tour qu’une seule fois. Et c’est en 90. La seule équipe européenne que nous avons déjà battue à une coupe du monde reste la Roumanie et cela remonte aussi à 90. Ce sont là autant de questions dont on devrait être entrain de trouver des solutions aujourd’hui. Et non s’inquiéter d’une qualification pour la CAN ou de la tenue de la Coupe du Cameroun, plus de 50 ans après la première édition de 1960 de cette rencontre annuelle.

Martin Stéphane Fongang
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Martin Stéphane Fongang

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