27/10/2010 04:08:01
Sarkozy plus Africain que les chefs d'État africains
Pendant ce temps, le peuple africain qui ignore tout de ces messes françafricaines, attend, lui aussi, en vain, que le ciel puisse lui ouvrir un jour un espace de démocratie, de droits et de libertés. Comme quoi, il y a plusieurs manières d’humilier un peuple, celle du peuple africain passe d’abord par ses propres dirigeants aux costumes de chefs d’État.
Mwinda
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« Au pays des aveugles, les borgnes sont rois. » Ce proverbe n’a jamais été aussi mieux appliqué que dans la relation qui lie la France à ses anciennes colonies d’Afrique francophone.

Le 3 novembre 2000, en effet, les États et gouvernements francophones adoptaient solennellement dans la capitale malienne, sous l’œil du maître de l’Élysée, Jacques CHIRAC, la « Déclaration de Bamako » sur la démocratie, les droits et les libertés.

Dix ans plus tard, sous celui d’un autre maître, Nicolas SARKOZY, les chefs d’État africains dont certains étaient déjà au pouvoir depuis plus de 20 ans, sont les mêmes à avoir répondu « présents » au dixième anniversaire de cette déclaration, cette fois-ci à Montreux (Suisse).

Les slogans retenus depuis continuent à sonner comme des versets d’une récitation parfaitement mémorisés par des élèves du primaire à qui le maître ne demande rien d’autre que de réciter sans en connaître ni le fondement ni la signification : « Francophonie et démocratie sont indissociables », « il ne saurait y avoir d’approfondissement du projet francophone sans une progression constante vers la démocratie et son incarnation dans les faits », etc.

Nicolas SARKOZY, dont l'impopularité a battu le record de tous les chefs d’État de la Ve République en France où la grogne sociale pour cause de réforme des retraites est loin de se terminer, ne peut que se retourner du côté des écoliers dociles pour redorer son blason sur la scène nationale. Soucieux de sa présidence du G20 proche, ainsi que de sa candidature pour une réélection à la présidence de la République avec tout ce que cela représente en termes de frais de campagne, le soutien psychologique, moral et financier de l’unique opinion d’amis africains qui le considèrent encore comme un grand Chef d’État du pays sauveur, s’avère indispensable.

Mais, entre le temps où la France traversait son siècle des Lumières et le temps où la démocratie n’a plus besoin que de directives du gouvernement aux parlementaires pour imposer une loi, ou de la force publique pour remettre les grévistes au travail, un certain Jean de LA FONTAINE, s’inspirant de l’amitié entre le Corbeau et le Renard, insistait sur l’intérêt de la flatterie pour la survie : « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ».

Cette leçon qui valait bien un fromage sans doute, Nicolas SARKOZY, depuis la tribune du XIIIe sommet de la Francophonie, sans bouc émissaire désigné, l’a donnée à ses élèves présents au forum : « À Copenhague, nous avons apposé notre signature sur un document qui prévoit 100 milliards à partir de 2020 pour l'Afrique et les pays les plus pauvres (...) Si on veut tenir notre parole, et il faut la tenir, à l'endroit de l'Afrique, alors il faut poser la question des financements innovants. Peu m'importe s'il faut une taxe sur les transactions financières, une taxe sur les containers de bateaux, les connexions internet... »

« Nous représentons le tiers des États membres de l'ONU. Qu'est-ce qui nous empêche de porter ensemble, devant l'Assemblée générale, la réforme indispensable des Nations-Unies pour adapter l'organisation aux réalités du XXIe siècle ? »

« Est-il normal qu'il n'y ait aucun membre permanent du Conseil de sécurité émanant de l'Afrique ?... c’est scandaleux ! » Vraiment scandaleux !

Sauf qu’il est encore plus scandaleux pour Nicolas SARKOZY qui en plaidant la cause des Africains, a manqué de préciser qui désigne ou vote les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, qui décide de la réforme de l’ONU, qui décide du maintien dans la pauvreté des pays africains ? Triste parjure !

Sauf qu’il est encore plus scandaleux d’installer en Afrique, en leur apportant un soutien indéfectible durant de longues décennies de règne sans partage, ceux-là mêmes qui n’ont jamais rien réclamé d’autre que leur maintien au pouvoir, rien des réalités du XXIe siècle qui ne s’adaptent pas à leur pouvoir à vie, rien des financements innovants qui ne cadrent pas avec leur pouvoir éternel... pour le bonheur de leurs clans respectifs. Dangereuse comédie !

De même que tout culte se termine par la bénédiction du représentant religieux, de même le XIIIe sommet de la Francophonie s’est terminé dimanche, 24 octobre 2010, par la cérémonie de clôture présidée par Doris LEUTHARD, présidente de la Confédération.

Les remerciements d’Abdou DIOUF, secrétaire général de la Francophonie, aux 40 chefs d'État et de gouvernement de l'avoir réélu pour la nième fois à son poste.

Les remerciements de Joseph KABILA, président de la RDC, pour le choix porté sur son pays pour la tenue du prochain sommet en 2012.

Fin : travaux déclarés fructueux, bilan positif comme à l’accoutumée ! Vint ensuite le tour de vérification des copies pour ceux des élèves qui ont des comptes à rendre au maître : ce travail est effectué dans les couloirs par des médias voués à la cause de la Françafrique. Le Nigérien Mahamadou DANDA a confié à propos des otages français capturés et retenus dans son pays par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) qu’il y a des contacts qui se font sur le terrain, sans préciser de quelle nature.

Le président du Mali, Amadou TOUMANI TOURÉ, a indiqué au même sujet n'avoir pas eu de mauvaise nouvelle, mais il a refusé de dire ce qui se passe même s’il promet ne pas être dans l’incapacité de résoudre ce problème.

Le Burkinabé Blaise COMPAORÉ s’est quant à lui félicité de la bonne marche de la démocratie, pas chez lui bien sûr où tout est parfait en la matière, mais au Togo où la démocratie se consolide après un processus électoral apaisé, en Côte d’Ivoire où plus rien ne semble arrêter la marche vers la tenue des élections présidentielles, en Guinée où des avancées notables sont enregistrées avec la nomination du Général Siaka SANGARE, expert de la francophonie, à la tête de la CENI.

D’autres élèves, les fidèles des fidèles à la Françafrique qui n’ont plus rien à démontrer et de leur loyauté et de leur croyance que sans le soutien de la France à leur petite personne et rien qu’à leur petite personne, leurs États n’existent tout simplement plus, ils ont soit lu à la tribune l’allocution qu’ils reviennent lire à chaque sommet, la même qu’ils iront lire à Kinshasa en 2012 (cas de Paul BIYA), soit ils se sont tu comme d’habitude (sous le crédo : l’essentiel c’est d’assister à toutes les manifestations du genre), l’enlisement au pouvoir les ayant par ailleurs transformés en êtres factices créés par leur orgueil et leur ennui (cas de Denis SASSOU NGUESSO). Dans ce dernier cas, ils n’ont tout simplement rien à dire et attendent, disciplinés et très obéissants, les directives du maître.

Pendant ce temps, le peuple africain qui ignore tout de ces messes françafricaines, attend, lui aussi, en vain, que le ciel puisse lui ouvrir un jour un espace de démocratie, de droits et de libertés. Comme quoi, il y a plusieurs manières d’humilier un peuple, celle du peuple africain passe d’abord par ses propres dirigeants aux costumes de chefs d’État.

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