28/10/2010 01:34:13
Confirmation: L'Afrique mère de l'humanité
Une équipe franco-libyenne dirigée par Michel Brunet vient de découvrir des ossements de singes anthropoïdes datant de 39 millions d’années en Libye
La Croix
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Depuis la découverte de Toumaï, pré-humain âgé de 7 millions d’années, au Tchad en 2001, on savait que Michel Brunet, professeur au Collège de France, et son équipe se focalisaient sur la Libye. À la suite d’un accord entre les présidents Chirac et Kadhafi, il a pu mener des campagnes de fouilles de 2006 à 2009.

Aujourd’hui, en collaboration avec Jean-Jacques Jaeger, professeur (université de Poitiers-CNRS), spécialiste des singes asiatiques de l’éocène (– 50 à – 34 millions d’années) et le professeur Mustafa Salem de l’université de Tripoli, il publie dans la revue Nature un article montrant la présence de primates anthropoïdes datant de – 39 millions d’années en Libye. Cette découverte renforce l’hypothèse de l’origine asiatique des anthropoïdes africains. Parmi eux, un groupe serait celui de nos ancêtres les plus lointains.

Qu’ont découvert les paléontologues ?
La découverte a été réalisée au centre de la Libye, dans le désert de Dur At-Talah («le long relief avec des arbres »), le long d’une falaise de 150 km de long, autrefois située dans une zone fluvio-deltaïque, riche en coquilles d’huîtres et en dents de requins, jusqu’où s’exerçait l’effet des marées.

Au cours des quatre expéditions, de nombreux os, dents et mâchoires fossiles de vertébrés aquatiques et continentaux ont été dégagés. Notamment des restes de crocodiles, tortues, proboscidiens (éléphant) primitifs semi-aquatiques et géants. À côté, dans plusieurs « petites lentilles de sédiments », ont été mis au jour des micromammifères (rongeurs).

« Plusieurs tonnes de sédiments ont été extraites, tamisées à l’eau avec des tamis de 1 mm de maillage, puis triées au microscope, grain par grain, explique Michel Brunet. Seulement 22 dents de primates ont été collectées, prouvant ainsi la rareté des fossiles de primates », poursuit-il. Parmi cette communauté d’anthropoïdes, adultes et de très petite taille, pesant entre 130 et 500 grammes, les spécialistes ont distingué trois groupes, dont celui des oligopithécidés dont l’homme descendrait.

Quel changement par rapport aux connaissances antérieures ?
Auparavant, on avait découvert des primates âgés d’environ 37 millions d’années en Algérie (Bir-El-Ater) et en Égypte (désert du Fayoum) et l’Afrique était considérée comme le berceau des primates anthropoïdes.

« Cette découverte d’une faune anthropoïde africaine plus ancienne, déjà diversifiée et incluant un proche parent, Afrotarsius libycus, d’une famille asiatique d’anthropoïdes primitifs considérée comme le groupe souche de tous les anthropoïdes ultérieurs, bouleverse nos conceptions des premières étapes de l’histoire des anthropoïdes africains », explique Jean-Jacques Jaeger.

Elle renforce l’hypothèse d’une origine asiatique et d’une migration ancienne vers l’Afrique de ces anthropoïdes, mais laisse un certain nombre de points irrésolus, poursuit le spécialiste plus habitué aux fossiles de Chine, de Birmanie, de Thaïlande et d’Inde.

Quelles perspectives apporte cette découverte ?
Parmi ces points obscurs, la date précise de cette migration et sa nature. Deux hypothèses priment. Soit un ancêtre commun unique est arrivé au moins 5 à 7 millions d’années plus tôt en Afrique pour permettre une telle diversification et de telles spécialisations.

Soit une faune d’anthropoïdes déjà diversifiée en trois groupes distincts a migré peu de temps avant l’époque de la formation des dépôts sédimentaires de Dur At-Talah. Pour répondre à cette question, des recherches supplémentaires sont prévues en Afrique dans des couches de terrain âgées de – 50 à – 40 millions d’années.

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