29/10/2010 04:57:14
Camerounais oublié en fond de cale Brest
Seize mois qu'il est seul à bord. Treize mois sans salaire et à travailler tous les jours sur un cargo qui ne repartira probablement jamais de Brest. À 54 ans, le mécanicien camerounais, Claude Foko, a aussi laissé une famille privée de ressources au pays.
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Sa prison date de 1964, mesure 48m de long et semble tout droit sortie d'un mauvais film d'aventure. Le cargo Ebba Victor est arrivé à Brest en août2007, après une avarie moteur. Le bateau a été racheté par un Camerounais résidant en Allemagne. Il y a un an et demi, Claude Foko se porte volontaire pour le convoyer de Brest à Douala en tant que chef mécanicien. Il règle oralement les conditions de ce nouveau poste embarqué. On lui assure que l'éloignement ne sera aucunement préjudiciable à sa famille et à sa femme, enceinte de jumeaux. Pas de contrat de travail mais la parole d'un employeur qui lui inspire confiance. Mais lorsque le mécano arrive sur le cargo tanké à Brest, il se retrouve tout seul à bord. Immobilisé depuis deux ans, le bateau est en bien triste état. Personne ne le rejoint. Il s'échine malgré tout à remettre en état la machine, à installer des pièces d'occasion qui arrivent au compte-gouttes. Et ne s'inquiète pas trop lorsque la paye du quatrième mois ne tombe pas.

Mauvaise nouvelle de Douala
«J'étais parti pour trois ou quatre mois maximum. Mon épouse attendait des jumeaux.J'étais encore confiant». Mais tout s'effondre pendant l'été 2009. Il apprend par téléphone que son épouse vient de perdre ses bébés. «Je me suis aussitôt dit que c'était parce que je n'avais plus d'argent à envoyer là-bas...». Le chef mécano, avant tout chef de famille, gamberge, culpabilise. Le premier hiver est difficile sur un navire fatigué et humide, sans chauffage. Un matin, une entrée d'eau au niveau de la salle des machines, manque de l'envoyer par le fond. Le bateau est sauvé de justesse. Le bonhomme se retrouve en cale sèche pour réparer, puis revient sur le même quai. Le mécano ne s'accorde aucun jour de congés puisqu'il assure aussi le gardiennage et la surveillance des amarres. Mais Claude Foko ne se plaint jamais. Si des habitués du port ne s'étaient pas inquiétés de le voir sur le même rafiot depuis tout ce temps, il serait encore à marner en fond de cale.

Coups de main sur le quai
La solidarité a fini par s'enclencher sur le «quai patates». Les petits pêcheurs à la ligne ont commencé à lui apporter du poisson. L'association des marins de Mor Glaz vient d'éviter l'expulsion de sa famille en envoyant récemment un mandat. Le patron d'un hôtel sur le port lui offre une chambre depuis mercredi. Un ophtalmologiste qui passait par hasard devant le cargo vient de le conduire à son cabinet pour soigner ses yeux fatigués. Il vient de recevoir des lunettes. Il a même eu le droit à une consultation chez le cardiologue! Un artiste brestois vient de réaliser deux toiles mises aux enchères (*) pour subvenir à ses besoins. Mardi, le marin tenait encore le coup. Mais la nuit suivante, il apprenait que sa fille de 10 ans était hospitalisée, pour une crise de paludisme. «Les quelques euros envoyés la semaine précédente allaient-ils couvrir les frais médicaux?».

Prêts à l'embarquer
«Je ne veux pas passer mon deuxième hiver loin de ceux que j'aime et qui ont besoin de moi». Deux armateurs se sont proposés de détourner leur navire à Brest pour l'arracher à son triste sort. «Mais que deviendront mes enfants, si je rentre sans un sou à Douala?».

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