02/07/2009 19:48:49
Vincent Bolloré cherche pièces à conviction ?
LE FIL TÉLÉVISION - Un reportage du magazine d'investigation de France 3, diffusé le 13 mai dernier et consacré aux “nouveaux barbouzes”, a provoqué le courroux du groupe Bolloré. Ce dernier s'est plaint au CSA d'une vision “inexacte et partisane” de son activité en Afrique. Quelques éclaircissements.
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Preuve nous en avait déjà été faite, mais c'est désormais une certitude : Pièces à conviction aime les gros poissons. Et les remous. On ne s'en plaindra pas, c'est là l'une des vocations d'un magazine d'investigation. En allant enquêter sur les officines privées et les nouveaux barbouzes pour les besoins d'une émission diffusée le 13 mai, une équipe de quatre journalistes a mis la main dans un panier de crabes toujours sacrément frétillant, celui de la Françafrique.

Dans leur reportage, Willy Gouville, Charles-Henri Carlier, Michel Pignard et Alice Panouillot relataient les relations tumultueuses entre Progosa et le groupe Bolloré, dont les deux dirigeants, Vincent Bolloré et Jacques Dupuydauby, qui se détestent cordialement après avoir été associés. Le premier gère le port de Lomé, au Togo, le second celui d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Deux ports concurrents, dont le contrôle est fondamental pour les intérêts économiques des deux groupes sur le continent africain. Et pour lesquels les deux frères désormais ennemis se livrent une guerre sans merci, où la presse togolaise n'est pas sans jouer un rôle.

L'équipe de Pièces à conviction s'est intéressée à « une enquête fracassante » menée en 2007 par un journal de Lomé sur les « dérives supposées de Dupuydauby ». Interrogé sur la manière dont il a récupéré des documents compromettant le PDG de Progosa, l'un des journalistes auteur du dossier déclare : « Je ne dis pas que ce document ne m'est pas parvenu..., n'est pas arrivé au Togo par le fait de Bolloré. Qui d'autre aurait pu avoir ça ? C'est eux ! » Avant de poursuivre, contradictoire ou conscient d'être allé peut-être un peu trop loin : « Même si je l'ai soupçonné, ce n'est pas eux qui me l'ont donné. Ça, c'est vrai. »

Dans la foulée, les quatre journalistes de France 3 sont allés rencontrer le président de l'Association des journalistes togolais, par ailleurs dirigeant de l'un des plus grands hebdomadaires de Lomé, Augustin Assiobo, lequel dit avoir été abordé par un représentant du groupe Bolloré pour participer, moyennant finance, à une campagne de presse contre Jacques Dupuydauby. Il ajoute que de telles pratiques sont monnaie courante en Afrique, impliquant de nombreuses entreprises et de nombreux journaux.

Ce sont ces deux rencontres que n'a visiblement pas goûtées Vincent Bolloré, qui s'est fendu d'une lettre au CSA (qui ne l'a toujours pas reçue) pour se plaindre des pratiques des journalistes. Et qui a révélé en exclusivité l'existence de la missive (par ailleurs confirmée par l'AFP) ? On vous le donne en mille : Jean-Marc Morandini, lui-même employé de la maison Bolloré en tant que collaborateur au quotidien Direct Soir et à la chaîne de télévision Direct 8. Dans cette fameuse lettre, le magnat de la presse déplore que les équipes d'Elise Lucet aient « pour le moins manqué à leurs obligations en matière de déontologie et se sont, en toute connaissance de cause, prêtées à une manipulation de l'information et à une opération de désinformation ». Une allégation plutôt classique dans ces cas-là... Mais Vincent Bolloré va plus loin, et affirme qu'Augustin Assiobo a été payé par un tiers pour nuire à sa réputation.

Joint au téléphone, Lionel de Coninck, le rédacteur en chef du magazine présenté par Elice Lucet (qui n'a lui non plus toujours pas reçu le courrier) tombe des nues. « Dans le reportage, on est d'une prudence extrême, on ne dit à aucun moment que Bolloré paie des journalistes. On dit seulement que c'est une pratique généralisée en Afrique ; plusieurs journalistes nous en parlent, c'est un secret de polichinelle. La presse africaine manque tellement de moyens, le lectorat est tellement faible que, pour continuer à vivre, les titres reçoivent parfois des dons des entreprises. » Lionel de Coninck comprend d'autant moins que l'équipe a « eu plusieurs contacts avec le groupe Bolloré. Nous les avons suppliés de témoigner, ce qu'ils ont finalement accepté. Nous avons donc fait une interview de leur avocat, puis ils se sont rétractés. Ils nous ont interdit non seulement d'utiliser son image, mais aussi de diffuser son nom ». Ce que le reportage, toujours disponible en VOD sur le site de France 3, atteste. « Concernant Augustin Assiobo, je ne sais pas s'il a reçu de l'argent... [NDLR : pour médire de Bolloré, comme celui-ci l'affirme] Peut-être... Nous allons lui demander. »
A suivre...

Émilie Gavoille

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