01/11/2010 21:17:21
L'heure de vérité pour Barack Obama
Aux États-Unis, la question à un million de dollars n'est plus de savoir si les démocrates vont perdre les élections de mi-mandat. L'interrogation du moment : vont-ils enregistrer, mardi 2 novembre, une simple déconvenue ou une dérouillée historique ?
Le Point
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À la Chambre des représentants, la déroute du camp Obama est acquise. Les républicains devraient récupérer 50 sièges au moins, soit bien plus que les 39 dont ils ont besoin pour reprendre la majorité. Pointe à l'horizon le spectre de la défaite de 1994, lorsque les républicains avaient mobilisé l'opinion contre Bill Clinton et raflé 52 sièges, un record en 50 ans. Au Sénat, en revanche, le suspense est total. Et tous les candidats démocrates tremblent. Les républicains ont besoin de 10 sièges pour s'assurer le contrôle, mais, selon les experts, ils auront sans doute du mal à s'en adjuger plus de 9. Quant aux 37 élections pour un poste de gouverneur, une majorité devrait revenir aux républicains. 

Ce n'est pas réellement une surprise. Le parti au pouvoir perd traditionnellement des sièges aux élections de mi-mandat. Ensuite, les démocrates avaient remporté d'amples victoires aux élections de 2006 et 2008 dans des fiefs conservateurs. Et puis la situation économique - très mauvaise - ne leur est guère favorable. Résultat, trois quarts des électeurs se disent mécontents du Congrès démocrate, selon un sondage ABC-Washington Post. Et 57 % semblent tellement exaspérés par leurs élus qu'ils sont prêts, d'après une autre étude, à voter pour un candidat inexpérimenté.

Enthousiasme contre apathie

Seule une forte participation électorale des démocrates pourrait compenser la poussée républicaine. Or, jusqu'à ces dernières semaines, on ne parlait que de "l'écart d'enthousiasme" entre républicains et démocrates, les premiers sous la pression du mouvement Tea Party étant remontés à bloc et supermobilisés pour changer le Congrès alors que, chez les seconds, c'était l'apathie et le découragement. Selon le sondage ABC-Washington Post, 79 % des électeurs qui avaient voté pour John McCain en 2008 assurent qu'ils vont aller aux urnes, contre 64 % des électeurs d'Obama.

Ces derniers jours, pourtant, les démocrates semblent avoir retrouvé un brin d'énergie et ont été plus nombreux à remplir un bulletin dans les États où l'on peut voter en avance. Autre signe encourageant : samedi, à Washington, ils sont venus en foule à l'appel des deux humoristes, John Stewart et Stephen Colbert, qui avaient organisé une manifestation. Plus important encore, un tiers des électeurs restent toujours indécis, selon les sondages, alors qu'à la même période en 2008, ils n'étaient que 14 %. 

Une campagne à 4 milliards de dollars

Du coup, les deux camps, ce week-end, se sont démenés frénétiquement pour mobiliser leurs troupes, saturant les ondes de pubs télé et radio. Le président Obama a même sillonné le pays pour encourager sa base. Quant aux candidats, ils multiplient les pubs au vitriol. Alan Grayson, un démocrate de Floride, dépeint, par exemple, son adversaire, Daniel Webster, comme un fondamentaliste religieux et l'appelle "Taliban Dan". Un groupe d'intérêts républicain en Virginie-Occidentale, lui, insiste dans une pub sur l'origine libanaise de Nick Rahall, un démocrate. 

Et la campagne a battu un nouveau record en termes de dépenses. Même si beaucoup de contributions sont venues de groupes de pression anonymes de droite, les démocrates ont conservé l'avantage financier en dépensant 30 % de plus que leurs adversaires dans une centaine de scrutins à la Chambre. Au total, la campagne aura coûté près de 4 milliards de dollars, selon le Center for Responsive Politics. De quoi acheter à chaque Américain trois Big Mac et des frites chez McDo, résume CNN. 

Quant à l'avenir, il s'annonce difficile pour Barack Obama qui va devoir faire des compromis et gouverner avec une très maigre majorité, s'il garde le Sénat. Dans un sens, disent les experts, il vaudrait mieux que les démocrates perdent les deux chambres, car cela obligerait enfin les républicains à faire des efforts et à abandonner leur stratégie d'obstruction systématique. Mais ce ne sera pas forcément non plus une partie de plaisir pour les républicains, qui vont avoir à composer avec une série de candidats extrémistes issus du Tea Party et une opinion publique très anti-Congrès.

 

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