15/11/2010 12:52:42
Présidentielle : Paul Biya et le dossier du remaniement
Une sourde attente relative aux mouvements des personnels gouvernementaux travaille les milieux de pouvoir depuis de longs mois.
Nouvelle Expression
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Mais, l’opération espérée et redoutée est encadrée par un certain réalisme politique et instruite des leçons de l’histoire. Décryptage.Telle est cette étonnante fièvre politique : après avoir vu son mercure monter jusqu’à son paroxysme, le thermomètre semble indiquer, depuis quelques semaines, une baisse de température sur la scène. 

Il est pourtant hasardeux d’en déduire que les symptômes de cette expectative bien camerounaise ont totalement disparu : toujours aussi repérables, les luttes de positionnement dont se soutient une attente diffuse de redistribution des cartes sur l’échiquier gouvernemental en l’occurrence, traversent de leur souffle parfois ravageur, des colonnes de journaux où s’écrivent des appels notoirement pressants à un remaniement, sur fond de lynchages médiatiques. Dans l’air, et dans les allées du pouvoir circule l’idée d’un « gouvernement de campagne » en droite ligne de l’élection présidentielle prévue pour l’année prochaine. Maitre incontesté du jeu politique, juge absolu des opportunités politiques, que peut faire le président de la République ? Deux grilles de lecture sont, de ce point de vue, suggestives.

D’abord, un certain réalisme politique

A moins d’une année de l’échéance attendue, il n’est pas sûr qu’un jeu de chaises musicales au sein de l’équipe gouvernementale soit porteur d’une efficacité certaine dans la conduite des dossiers sur lesquels le « candidat naturel » du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) va construire son bilan du septennat finissant. 

Le pays est bien connu pour les passages de témoin entre membres du gouvernement qui tendent assez souvent à paralyser l’action gouvernementale autant d’ailleurs que l’ambiance d’attente des remaniements. La République s’est si souvent aussi montrée riche des élites gouvernementales dont la capacité d’adaptation aux fonctions nouvelles et le potentiel d’appropriation des dossiers découverts ne relèvent pas de l’évidence. De longs mois d’acclimatation ont, dans de nombreux cas, été nécessaires à l’acquisition de nouvelles habilités et de compétences inédites. Or, il est de plus en plus clair que, même au prix de bricolages hâtifs dans certains domaines, le président de la République entend sauver un septennat auquel les sceptiques peinent à trouver un relief significatif, tandis que le déjà candidat espère en capitaliser les acquis, base de sa future campagne électorale. 

Et, en la matière, la maîtrise des articulations du budget de l’Etat et des réalisations dont il est le socle dans chaque département ministériel opère comme une boussole jugée précieuse. On imagine mal le chef de l’Etat prenant le risque d’une reconfiguration de l’équipe gouvernementale aux résultats hypothétiques.

Second pôle de lecture : les leçons de l’histoire 

Dans cette perspective, il est judicieux de relire le sens des remaniements ministériels en contexte préélectoral, s’agissant notamment des scrutins présidentiels depuis la restauration du multipartisme tout au moins. On notera ainsi qu’avant l’élection présidentielle du 11 octobre 1992, le président avait opéré deux types de retouches de l’équipe gouvernementale : le 9 avril 1992, il effectuait un remaniement, pour tenir compte des leçons des législatives du mois de mars de la même année ; tandis que le 30 août et le 4 septembre, il était amené à « gérer » la démission de M. Garga Haman Adji-, ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative jusqu’au 27 août-, en désignant d’abord M. Hamadjoda Adjoudji comme ministre de la Fonction publique par intérim, et plus tard en nommant M. Sali Daïrou comme patron de ce département ministériel.

 

Tout autre allait se révéler la conjoncture préélectorale autour de l’élection présidentielle d’octobre 1997. Sous le signe d’une prise en compte tardive – ou différée - des résultats des élections municipales du 21 janvier 1996, M. Paul Biya consentit un remaniement ministériel le 19 septembre 1996. Si l’on excepte les significatives parenthèses marquées par la démission, le 20 avril 1997, de Titus Edzoa, alors ministre de la Santé publique, et de son remplacement à ce poste par Charles Etoundi, le 21 avril, le président de la République opta pour la stabilité de l’équipe gouvernementale.

Sept ans plus tard, intervint l’élection présidentielle d’octobre 2004. Un mouvement des personnels gouvernementaux dont cette échéance était proche eut lieu le 24 août 2002. A cette occasion, la redistribution des cartes apparaissait nettement comme adossée sur les résultats des législatives et municipales couplées du 30 juin 2002. Toutefois, le président Biya décida d’un réaménagement gouvernemental le 23 avril 2004. L’amplitude des mouvements - cinq ministères seulement furent touchés - montra bien qu’il s’agissait d’un acte visant à régler quelques urgences précises, devenues difficilement supportables pour le chef de l’Etat. Notable fut par exemple l’arrivée au gouvernement, à cette date, de Siegfried David Etame Massoma, ancien gouverneur de province à la retraite, héritant du portefeuille de la Jeunesse et des Sports, en lieu et place de Pierre Ismaël Bidoung Mkpatt dont le landerneau politique bruissait des frasques.

Cette rapide revue des occurrences de remaniements tend à révéler, chez le président Biya, le peu de consistance d’une tradition de « gouvernement de campagne » implacablement adossée sur les élections présidentielles. Elle n’invalide pas pour autant, de manière décisive, des opérations ciblées, que pourraient susciter une variété de situations. Il pourrait notamment s’agir de sanctionner des bévues imputables à des membres du gouvernement, appelant leur révocation et leur remplacement. De ce point de vue, les paris restent ouverts.

 

Valentin Siméon Zinga

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