27/11/2010 15:27:36
Côte d'Ivoire : Gbagbo et Ouattara au coude-à-coude
Les deux finalistes de la présidentielle ivoirienne se disputent les partisans baoulés d'Henri Konan-Bédié. 
Figaro
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Ils se sont donné du «mon frère» et ont échangé des sourires, adoptant même à l'occasion un tutoiement presque complice. Jeudi soir, le débat télévisé entre les deux candidats à l'élection présidentielle ivoirienne, le premier jamais organisé en Afrique, a tourné à la joute courtoise. Debout, le président sortant Laurent Gbagbo et son rival Alassane Ouattara ont longuement déroulé leurs programmes, promettant de respecter les résultats.

Dans ce duel de bons élèves à l'avant-veille du second tour, qui doit se tenir dimanche, Alassane Ouattara a revêtu ses habits d'ex-président du FMI, mettant en avant ses compétences économiques et son ton docte. Laurent Gbagbo, un rien emprunté, a rétorqué avec sa bonhomie habituelle. «On cherche un président, pas un économiste. Ni de Gaulle, ni Mitterrand n'étaient des économistes», a-t-il expliqué dans l'une de ses très nombreuses références à l'ancienne puissance coloniale. Une référence aux années de l'après-indépendance, à l'époque de cette Côte d'Ivoire glorieuse et riche que les deux candidats ont promis de restaurer ? Peut-être. À Abidjan, l'image, largement fantasmée, est classique.

Vendredi, la surprise est venue d'ailleurs, lorsque le président a annoncé l'instauration d'un couvre-feu dès dimanche soir 22 heures, sans en dire plus. «Une dramatisation inutile», a estimé l'ex-premier ministre Ouattara, soudain tendu. Vendredi, ses partisans ont annoncé qu'ils ne respecteraient pas une telle mesure. «On ignore les modalités, mais cela sera en plein dépouillement des urnes et ce n'est pas fait pour aider à la transparence», s'agace un diplomate. Le premier ministre Guillaume Soro, lui, a laissé entendre que le couvre-feu pourrait être différé.

Il est vrai que les paroles apaisées du débat ne reflètent en rien la campagne des dernières semaines. Elle fut au contraire tendue, âpre et agressive, à la hauteur de l'enjeu. «Ce n'est pas qu'une élection. C'est la porte de sortie de onze ans de crise, de coups d'État et de guerre», a rappelé jeudi Laurent Gbagbo.

 

Extrême indécision 

 

«Le serpent n'est pas encore mort, ne laissez pas tomber votre bâton», a régulièrement martelé l'actuel président à ses partisans. «Tant qu'il y aura des nuages sur la Côte d'Ivoire, je serai debout. Je n'accepterai jamais» que Ouattara accède au pouvoir, a-t-il ajouté. Dans les meetings, les fans de «Laurent» ne manquent jamais de ranimer la xénophobie et les accusations sur les origines étrangères du rival. «C'est toi, Laurent Gbagbo, qui as amené la violence à la politique. C'est par un coup d'État que tu es au pouvoir», a, pour sa part, assené Alassane Ouattara, surnommé ADO.

La tension, qui a mené à des affrontements à Abidjan et dans l'ouest du pays, où un homme a trouvé la mort jeudi, est liée à l'extrême indécision du scrutin. Laurent Gbagbo, avec 38 % des voix au premier tour, contre 31 % à son adversaire, dispose d'une avance plus faible que les chiffres ne le laissent penser. La clef de la victoire est en partie entre les mains de l'ex-président Henri Konan-Bédié, alias HKB, arrivé troisième avec 26 %. Dans ce vote ethnique, Gbagbo peut compter sur l'ouest «bété» et le sud du pays, ADO triomphe dans le Nord «dioulas» et HKB dans ses fiefs baoulés au centre. Des Baoulés que les candidats encore en course ont longuement courtisés. Mais à ce jeu, ADO dispose d'un atout.

Unis depuis 2006 au sein du Rassemblement des houphéistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Bédié et Ouattara ont signé un accord de désistement mutuel. Or, contrairement aux attentes, le RHDP, alliance de circonstance entre deux vieux ennemis, a tenu. «Bédié a apporté un soutien actif à Ouattara et semble lui avoir gagné une bonne partie du vote baoulé des campagnes», assure Venance Konan, écrivain et analyste politique, lui-même baoulé. Reste le vote des nombreux jeunes urbains. «Ils sont émancipés de la culture tribale. C'est là que l'élection va se jouer», prévoit Venance Konan.

 

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