04/12/2010 17:38:43
WikiLeaks: La fin de la Françafrique réjouit Washington
La fin de la Françafrique, annoncée par Nicolas Sarkozy peu après son investiture, a été plus que bien accueillie par les Etats-Unis. Ce pour une raison simple: Washington tentait de se glisser dans la place laissée par Paris, d’après des documents diplomatiques confidentiels, révélés par WikiLeaks, et publiés samedi par Le Monde.
JDD
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"La nature imprévisible et parfois violente des événements en Afrique peut parfois tenter, voire obliger, les Français à agir de manière moins vertueuse qu’ils ne le voudraient". Cet extrait d’un télégramme américain de 2009, résume, en des termes qui restent très diplomatiques, la vision qu’a Washington de la Françafrique. Plusieurs documents confidentiels de ce type, mis au jour par WikiLeaks et publiés samedi par Le Monde , révèlent que les Etats-Unis ont en effet pris acte du virage voulu par Nicolas Sarkozy, qui avait annoncé sa volonté d’en finir avec la mainmise de la France sur ses ex-colonies africaines.

Washington se frottait même les mains sans ambiguïté, dans un télégramme de 2008: "Cette nouvelle politique peut donner aux Etats-Unis des occasions d’étendre leur influence en Afrique sans rencontrer de résistance ni d’interférence de la France". D’après les diplomates américains, les initiatives des Etats-Unis en Afrique sont bien perçues par la France. Les documents diplomatiques citent deux exemples de ces initiatives: Africom, le commandement militaire pour l’Afrique, et le programme de lutte contre le terrorisme au Sahara. D’après les Etats-Unis, "les Français accueillent favorablement l’extension de la présence américaine en Afrique comme moyen de contrebalancer l’expansion régionale de la Chine".

Sarkozy a "surestimé ses capacités"

Mais, si "avec Sarkozy le temps des tapes dans le dos est révolu", expliquait Bruno Joubert, le conseiller ès Afrique à l’Elysée en 2009, les Etats-Unis semblent douter, dans les documents de WikiLeaks, de la rupture sarkozienne. Les Américains estiment que dans "sa hâte", le président français "a sous-estimé la hardiesse du défi et surestimé ses capacités". Dans un télégramme de 2008, les diplomates de Washington considèrent que "tuer la Françafrique est plus facile à dire qu’à faire".

Néanmoins, à l’Elysée, à l’époque, un vent de rupture avec l’ "Afrique de papa" se faisait sentir. Les accords avec l’Afrique, signés dans les années 1960, sont jugés "obsolètes" par les diplomates de la présidence. Rémy Maréchaux, conseiller "Afrique", a estimé que "les accords avec le Cameroun et le Gabon contiennent des dispositions absurdes, obligeant la France, sur demande, d’intervenir en cas de troubles dans ces pays". Il a ajouté que, dans ces accords secrets entre Paris et quelques pays d’Afrique, figuraient des clauses "ridicules", comme celle accordant à la France le monopole des ressources naturelles de certains Etats.

Un revirement qui, d’après les télégrammes publiés par Le Monde, ne fait pas l’unanimité à l’Elysée. Le diplomate Romain Serman a jugé le discours de Dakar, qui proclamait haut et fort la fin de la Françafrique en juillet 2007, "trop provoquant et insuffisamment diplomatique". Derrière les discours tranchés, la réalité diplomatique est plus nuancée: "Notre travail consiste à nous assurer que cette séparation inévitable ne rompe pas complètement le lien", expliquait, toujours dans les documents de WikiLeaks, un responsable du ministère de la Défense français aux Américains.

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